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Une déferlante d'hommages à la suite du décès de Janine Sutto

Janine Sutto... (Photo Archives, La Presse)

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Janine Sutto

Photo Archives, La Presse

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Magdaline Boutros
La Presse Canadienne

«Je lui ai dit: je me couche à côté de toi et tu peux t'en aller en paix.»

Enveloppée dans la douceur et l'amour de sa fille, Janine Sutto s'est endormie une dernière fois, mardi matin.

«Je me suis couchée contre elle, collée, avec sa main dans ma main», témoigne Mireille Deyglun, quelques heures seulement après le décès de sa mère.

«Vers 4h10, j'ai approché ma joue de sa bouche et puis je n'ai pas senti de souffle, mais elle était encore toute chaude donc ça faisait quelques secondes ou quelques minutes qu'elle était partie.»

«J'ai vu partir ma soeur, j'étais là, j'ai vu partir ma mère, j'étais là. Ce sont toujours de beaux moments», raconte Mireille Deyglun d'une voix emplie de sérénité.

La comédienne de 95 ans avait été admise vendredi à l'unité des soins palliatifs. «On savait que c'était la dernière étape.» Mireille Deyglun a passé la nuit à l'hôpital, blottie contre sa mère, la berçant de ses paroles. «Elle ne pouvait plus parler, mais ses yeux m'écoutaient et me regardaient.»

Au petit matin, mardi, le journaliste Jean-François Lépine annonçait le décès de sa belle-mère, emportée par une mort naturelle.

Depuis, les témoignages de sympathie déferlent. Autant ses collègues comédiens que le grand public soulignent leur attachement à cette grande dame de théâtre qui semblait immortelle.

«Chaque fois que je la voyais, elle disait avoir l'impression d'avoir été oubliée, pas par le public, mais oubliée par la vie», se rappelle la comédienne Andrée Lachapelle.

Celle qui a mené une prolifique carrière sur scène, à la radio, au petit et au grand écran, avait touché le coeur du public avec son personnage de Berthe Lespérance, incarnée de 1970 à 1977 dans la série Symphorien.

La comédienne bénéficiait déjà d'une notoriété enviable grâce à ses participations à de nombreux feuilletons radiophoniques et à la populaire émission Les belles histoires des pays d'en haut.

«Mais quand Symphorien est arrivé, elle avait 50 ans et ça a été l'apothéose», se souvient sa fille.

Jouant dans d'innombrables pièces de théâtre, Janine Sutto ne manquait jamais une occasion d'aller à la rencontre du public. «Elle était une fervente des tournées. Elle connaissait le Québec par coeur!», lance Mme Deyglun dont le mari, Jean-François Lépine, a signé la biographie de Janine Sutto intitulée Vivre avec le destin.

Le public lui est d'ailleurs resté fidèle jusqu'à la toute fin. Et Janine Sutto le lui rendait bien. À 90 ans, elle montait encore sur les planches.

Le dramaturge Michel Tremblay se dit d'ailleurs particulièrement touché que Janine Sutto ait terminé sa carrière en jouant dans l'une de ses pièces. En 2012, l'infatigable actrice foulait la scène du Théâtre du Rond-Point à Paris, où était présentée la comédie musicale «Les Belles-Soeurs».

«Ce dont je suis très fier, c'est qu'elle ait fini sa carrière d'actrice sur la scène à Paris, la ville où elle est née, mais où elle n'avait jamais eu l'occasion de jouer», souligne Michel Tremblay.

«Elle a terminé sa carrière avec un texte québécois dans sa ville natale. C'est formidable!», ajoute-t-il.

Admirée du public, Janine Sutto jouissait également de la reconnaissance de ses pairs. Andrée Lachapelle se souvient d'une femme curieuse, enjouée et généreuse. «C'était la plus passionnée de nous tous. Elle voyait tout ce qui se faisait au théâtre. Elle était très rigoureuse, très sévère», mentionne-t-elle.

«Et quand elle aimait, c'était démesuré!», glisse-t-elle.

«Son énergie était communicative, souligne Michel Tremblay. Si on était un peu "down" et qu'on rencontrait Janine, on était sûr qu'elle allait nous remettre sur le piton.»

L'auteur ne manque d'ailleurs pas de rappeler que Janine Sutto était de toutes les premières. «Elle sortait encore plus que moi!»

Sa passion pour son métier était indiscutable. Un métier difficilement conciliable avec la vie de famille. «Je dis toujours qu'elle n'a pas été une mère comme on peut penser qu'une mère est», mentionne sa fille.

Lorsque le mari de Janine Sutto meurt d'un cancer en 1971, ses filles jumelles n'ont que 12 ans. «Elle n'avait pas beaucoup le temps d'être là. Il fallait travailler, travailler, travailler», évoque Mireille Deyglun.

Dans une entrevue livrée à l'animateur André Robitaille et diffusée à Radio-Canada l'an dernier, Janine Sutto lance d'ailleurs cette réplique crève-coeur lorsqu'elle se fait demander si elle a été une bonne mère: «Non, trop absente.»

Janine Sutto a néanmoins été un modèle pour bon nombre de parents d'enfants handicapés de l'époque, décidant de s'occuper elle-même de sa fille Catherine - la jumelle de Mireille - atteinte de trisomie 21.

«C'était une femme résolument moderne», souligne Mireille Deyglun.

La fougue de Janine Sutto restera gravée dans la mémoire de ses proches. «Souvent, quand on est jeune, on est très passionné et ça s'essouffle en vieillissant, affirme Andrée Lachapelle. Mais Janine a toujours gardé la même passion jusqu'à la fin de sa vie. Dans sa tête, elle est toujours restée jeune. Elle n'a jamais été une vieille femme.»

Réactions sur les réseaux sociaux

Les réactions ont été nombreuses à la suite du décès de la comédienne, notamment sur les réseaux sociaux: 

«Amoureuse de son métier durant plus de 75 ans, Janine Sutto avait le feu sacré. Elle a été des balbutiements de notre cinéma, de notre télévision et de notre vie théâtrale. Elle a joué dans un registre étendu, de Molière à Feydeau en passant par Michel Tremblay et Marcel Dubé. Le public gardera un souvenir ému de cette grande dame et de cette talentueuse artiste qui a marqué plus d'une génération.»  - Philippe Couillard, premier ministre du Québec 

«Janine Sutto, grande dame du théâtre, de la télé et du cinéma, s'est éteinte. Vous avez inspiré des générations et nous ne vous oublions pas.» - Justin Trudeau, premier ministre du Canada 

«À travers sa prolifique carrière, on peut raconter un chapitre passionnant de l'histoire culturelle du Québec.» - Luc Fortin, ministre québécois de la Culture et des Communications 

«Nous avons perdu une étoile. Merci, Janine Sutto de nous avoir fait rire et pleurer avec tant de talent. Mes condoléances à ses proches.» - Mélanie Joly, ministre du Patrimoine canadien 

«Cette artiste au talent immense a marqué notre imaginaire collectif. Elle interprétait ses rôles avec une telle justesse, une telle intensité, qu'on en oubliait l'actrice pour ne voir que le personnage.»  - Jean-François Lisée, chef du Parti québécois 

«Son talent, sa passion, son amour pour le Québec ont fait d'elle une pionnière de la télévision et du cinéma québécois. (...) Tout au long de sa carrière, Janine Sutto s'est battue pour léguer à notre génération et à celles qui nous suivront un Québec fier de sa langue et de sa culture.» - François Legault, chef de la Coalition avenir Québec 

«Nous avons perdu une femme d'exception, une citoyenne d'honneur. Je suis très heureux que nous ayons pu célébrer comme il se doit, de son vivant, la magnifique contribution de Mme Sutto à l'essor de Montréal.» - Denis Coderre, maire de Montréal 

«Le coeur sur la main en plus de son immense talent, elle a su donner de l'espoir aux parents d'enfants avec un handicap. Au revoir et merci.» - Manon Massé, députée de Québec solidaire 

«On se souviendra à jamais de la passion qu'elle avait pour son métier, et de sa prodigieuse énergie mise au service de son art.» - Mario Cecchini, président au Québec de l'Académie canadienne du cinéma et de la télévision 

«Pour nous au Conseil, Mme Sutto a nourri durant plusieurs années la réflexion visant le développement de la discipline du théâtre. (...) Je me souviendrai de sa grande générosité au sein de nos comités, de sa qualité exceptionnelle d'interprète et de son attachement aux artistes en théâtre de plusieurs générations.» - Nathalie Maillé, directrice générale du Conseil des Arts de Montréal. Janine Sutto a siégé bénévolement au conseil d'administration pendant près d'une décennie.

«Madame Janine Sutto est décédée la nuit dernière. C'était une très grande (toute petite) dame. Condoléances aux proches.» - Guy A Lepage, animateur

«C'est la perte d'une grande comédienne. Mon soutien aux proches de Janine Sutto, cette étoile qui savait autant faire rire que pleurer.» -  Daniele Henkel, femme d'affaires

«Des fous rires de Symphorien au rire jaune de la comédie musicale Belles-Soeurs... Janine Sutto restera au coeur de nos racines culturelles.» - Pierre Nantel, député de Longueuil-Saint-Hubert

«C'est si beau de voir tous ces témoignages d'artistes, unanimes, empreints de respect et d'amour pour Janine Sutto #rip» - Véronique Cloutier, animatrice

«Pour moi, Janine Sutto c'est un exemple de force, de talent et de passion. #teampetitformat #respect #jerefusedeparleraupassé» - Anaïs Favron, animatrice

«Décès de Janine Sutto: le rideau tombe sur un pan de l'histoire du théâtre et de la télé québécoise. Tristesse» - Agnès Maltais, députée de Taschereau

«Merci chère Janine Sutto, grande dame du théâtre québécois, femme inspirante, engagée et d'une grande humanité. Nous nous souviendrons.» - Lisette Lapointe, mairesse de Saint-Adolphe-d'Howard

«RIP madame Janine Sutto. Vous allez nous manquer. L'party doit être pogné au ciel avec Gilles et Olivier... Voici un beau souvenir en studio» - Annie Dufresne, auteure-compositrice-interprète

«Janine Sutto: un modèle de dignité. Bon voyage, Mme Sutto.» - Yann Perreau, auteur-compositeur-interprète

«Mes pensées sont avec les proches de Janine Sutto : L'enfant en moi gardera toujours ce souvenir impérissable d'elle:» - Daniel Thibault, auteur de Ruptures




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