Bob Dylan, 10 albums essentiels

The Freewheelin', 1963...

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The Freewheelin', 1963

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Les fans finis de Bob Dylan, nouveau lauréat du prix Nobel de littérature, ont chacun leur sélection idéale de ses meilleurs albums. Voici néanmoins celle qui suit, par ordre chronologique, que vous pourrez comparer à la vôtre!

Lire : Bob Dylan reçoit le prix Nobel de littérature

The Freewheelin', 1963

Le deuxième opus studio de Bob Dylan s'amorce par une chanson qui deviendra un des grands hymnes générationnels de l'époque : Blowin' In The Wind soulève de cruciales interrogations sur la paix et le libre-arbitre. Masters of War, un autre classique des années 60, porte bien son titre et catalyse l'émergence du pacifisme américain. Quant à Girl of North Country, elle évoque indirectement les fréquentations intimes du songwriter alors qu'il roulait sa bosse au Royaume-Uni et en Europe. Écrite durant la crise des missiles russes à Cuba, A Hard Rain's a-Gonna Fall dépeignait le climat de tension de l'époque sur fond d'injustice sociale, de désordre environnemental, de guerre possible entre les superpuissances... Bob Dylan se distinguait ici de ses maîtres (les protest singers l'ayant précédé, tel Woody Guthrie) et signait presque tous les textes de cet album excellent.

Highway 61 Revisited, 1965... - image 2.0

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Highway 61 Revisited, 1965

Highway 61 Revisited, 1965

Pour les purs et durs de l'expression folk, l'embauche de musiciens rock par Dylan fut perçu comme un sacrilège alors que les supporters de la démarche lui donnèrent raison d'avoir choisi un accompagnement électrifié, initiant ainsi la forme folk-rock avec des sidemen aussi mythiques que le guitariste Mike Bloomfield et le claviériste Al Kooper. Qui plus est, cet album comportait son lot d'incontournables : il s'amorçait avec Like A Rolling Stone, autre hymne fédérateur des années 60, et se concluait avec Desolation Row, fresque chansonnière de de 11 minutes et 21 secondes, construite sur les thèmes du chaos urbain, du bouleversement des valeurs, la dimension vaudevillesque de la vie moderne. Bien au-delà du contenu pertinent, la forme préconisée par His Bobness puisant dans les écrits sacrés et la littérature classique, l'Ancien Testament s'y téléportait sur l'autoroute 61 pour un rituel sacrificiel à la sauce Zimmerman.

Blonde on Blonde, 1966... - image 3.0

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Blonde on Blonde, 1966

Blonde on Blonde, 1966 

Rainy Day Women, première au programme de cet album folk rock traversé par le blues, se veut une méga-caricature de l'usage des drogues récréatives; sur fond de fanfare et de polka bluesy, l'auteur y ridiculise a gogo ces jeunes gens givrés à toutes occasions. Autre joyau du répertoire dylanesque, Visions of Johanna fut considéré par la critique comme l'un des grands textes de l'époque; épiques à souhait, les personnages (féminins) de l'histoire y étaient partagés entre leurs désirs charnels et leurs nobles aspirations. La grande chanson d'amour I Want You et le poème admiratif Just Like A Woman se trouvent aussi sur ce puissant album. Blonde on Blonde, c'est aussi les premiers apprivoisements de Dylan avec d'éloquents folk-rockeurs canadien, soit Robbie Robertson et Rick Danko qui faisaient alors partie de son personnel élargi.

John Wesley Harding, 1967... - image 4.0

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John Wesley Harding, 1967

John Wesley Harding, 1967

Après l'explosion folk-rock, Dylan optait pour un accompagnement étonnament plus sobre (guitare acoustique, harmonica, pedal steel, basse, batterie), sorte de pont entre sa période de chansonnier soliloque et son premier chapitre électrifié. Moins percutante, moins spectaculaire, plus country et gospel, cette production frugale révélait néanmoins des chansons d'exception, à commencer par All Along the Watchtower que Jimi Hendrix s'était brillamment réapproprié par la suite. On retient aussi I Dreamed I Saw St. Augustine, autre classique repris par tant d'artistes depuis sa création ; Dylan y  paraphrasait une chanson à la gloire du syndicaliste Joe Hill, injustement condamné pour meurtre selon ses supporters, et le remplaçait par un personnage biblique. D'autres glissements sémantiques et surimpressions de sens étaient remarquables dans les chansons Dear Landlord et The Wicked Messenger.

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The Basement Tapes, 1975

The Basement Tapes, 1975

Sorti des voûtes de l'étiquette Columbia en 1975, cet album avait été enregistré huit ans auparavant, soit aux côtés du groupe canadien nommé the Hawks, avec qui Dylan a tourné un bon moment, puis rebaptisé the Band lorsque les Robbie Robertson, Levon Helm, Rick Danko, Richard Manuel et Garth Hudson ont volé de leurs propres ailes. L'enregistrement résultait de plusieurs sessions réalisées à Woodstock (dans l'État de New York) où Dylan s'était isolé à la suite d'un accident de moto.

L'accompagnement était très étoffé, surtout pour les nouveaux apports vocaux (Dylan n'y était pas l'unique soliste), instrumentaux et stylistiques. Entre autres ornements, on observait l'inspiration calypso de Million Dollar Bash, le blues-rock à saveur psychédélique de Yazoo Street Scandal, les saveurs gospel de Goin' To Acapulco. Selon moult spécialistes, la sophistication musicale de ces Basement Tapes serait à l'origine du style que l'on nomme aujourd'hui americana, bien au-delà du folk-rock.

Blood on the Tracks, 1975... - image 6.0

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Blood on the Tracks, 1975

Blood on the Tracks, 1975

Cet album fut conçu après le chapitre The Band ; Bob Dylan s'était alors appliqué à rendre plus fine et plus sophistiquée sa signature folk. Ses nouveaux nouveaux collaborateurs étaient pour la plupart très peu connus - Kevin Odegard, Chris Weber, Eric Weissberg, Charles Brown (guitares), Buddy Cage (pedal steel), Bill Berg (batterie) et autres Gregg Inhofer, Thomas McFaul (claviers) avaient contribué à créer un son orchestral à la fois duveteux et enraciné dans une continuum folk profondément américain. D'excellents textes furent couchés sur les musiques de Blood on the Tracks, on pense à la chanson multi-dimensionnelle Tangled Up In Blue ou la très touchante You're A Big Girl Now. Cet album fut une étape très importante pour Dylan : il trouvait le moyen de durer encore longtemps dans le paysage chansonnier, soit façonnant un corpus à la fois mature et intemporel.

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Desire, 1976

Desire, 1976

« Here comes the story of a hurricane »... Ainsi démarrait la première chanson de Desire, pour le moins marquante en 1976. Le texte y dénonçait l'injuste condamnation du boxeur Rubin « Hurricane » Carter pour des meurtres qu'il n'avait pas commis. La proéminence du violon (Scarlet Rivera) dans l'accompagnement mélodique et des percussions antillaises dans la section rythmique (Luther Rix) conféraient à la musique dylanesque une nouvelle fraîcheur. On observait aussi la présence marquée de la chanteuse Emmylou Harris, du mandoliniste Dominic Cortese, ou du bouzoukiste Vincent Bell. Hormis cette histoire (vraie) du boxeur erronément jugé, d'autres récits de hors-la-loi émaillaient l'album Desire ; Joey, consacré au gangster italo-américain Joey Gallo ou encore Romance in Durango qui racontait l'histoire d'un couple en cavale au Mexique. L'album se concluait par un texte poignant consacré à son épouse Sara, peu avant la fin de leur mariage.

Oh Mercy, 1989... - image 8.0

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Oh Mercy, 1989

Oh Mercy, 1989

Réalisé par Daniel Lanois, soit l'un des réalisateurs les plus dominants à la fin des années 80 et au début des années 90, cet album relançait Bob Dylan après quelques années de moindre pertinence - on pense aux albums « moyens-bons » que furent Empire Burlesque, Knocked Out Loaded ou Down in the Groove. Le son plus corrosif, plus sale et plutôt sudiste de l'équipe Lanois (Malcom Burn, Daryl Johnson, etc.) y était tangible ; effluves louisianais, notamment, sans compter les rapprochements U2esques pour les raisons que l'on devine. Ce choix de réalisation s'avérait judicieux pour le monument en proie à l'empoussièrement. Dylan relançait une fois de plus sa carrière en retrouvant une fois de plus la pertinence du son, reconfirmant ainsi sa longévité exceptionnelle. Des chansons qui restent ? On retient d'emblée Everything Is Broken, Dignity, Most of the Time, Shooting Star, Man in the Long Black Coat.

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Time Out of Mind, 1997

Time Out of Mind, 1997

Meilleur cru de Dylan pendant la décennie 90, Time out of Mind réunit un aréopage de musiciens parmi les plus importants de cette époque sur le territoire americana et plus encore, on pense au guitariste Duke Robillard, au batteur Brian Blade, au batteur Jim Keltner, au multi-instrumentiste et réalisateur Daniel Lanois. Plusieurs fans ont perçu la sortie de Time Out of Mind comme l'énième retour en force de His Bobness, on peut aussi l'interpréter comme le pinacle de son association avec Lanois, facture musicale teintée de sonorités américaines résonnant dans ses flancs méridionaux, soit quelque part entre la Californie, le Nouveau-Mexique ou le Delta du Mississippi. Inutile d'ajouter que les textes étaient à la hauteur de la proposition sonore, pour ne pas dire qu'ils la surplombaient une fois de plus : Love Sick, Standing in the Doorway, Tryn' To Get to Heaven, Make You Feel My Love...

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Love and Theft, 2001

Love and Theft, 2001

Voilà l'album qui a défini ce son qu'on admire depuis une quinzaine d'années. Au programme de cet autre opus fondateur d'un autre chapitre dylanesque, les styles sont à la fois variés, circonscrits et parfaitement soudés : folk rock, blues-rock, country-rock, roots rock, Texas swing, le tout exécuté par une formation qui tiendra longtemps la route : les guitaristes Charlie Sexton et Larry Campbell, le bassiste Tony Garnier et le batteur David Kemper constituaient désormais le noyau dur d'un son imaginé par Dylan lui-même, cette fois sans l'aide de quelque réalisateur vedette. Ce véhicule permettra au génie chansonnier de traverser une période longue et fertile, d'y imposer d'autres grands textes et d'y faire valoir une inspiration pérenne : Mississippi, High Water, Moonlight, Honest With Me, Cry A While, Sugar Baby.

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