Mon pays se libérera-t-il?

Diffusée en 1965, la chanson Mon pays de... (Photo: David Boily, archives La Presse)

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Diffusée en 1965, la chanson Mon pays de Gilles Vigneault se retrouvera sur le domaine public cette année, à moins que le gouvernement fédéral fasse passer de 50 à 70 ans la durée de la protection du copyright des enregistrements sonores.

Photo: David Boily, archives La Presse

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Daniel Lemay
La Presse

Pub en haute rotation à la télé canadienne: pendant que le souper brûle, un jeune père tente de consoler le bébé qui pleure. Et qui vient de réveiller le grand-père couché sur le sofa, dans le salon du deux et demie. Tout ça pendant que l'on entend la chanson We Gotta Get Out of This Place, le mégahit des Animals.

Et pour l'utilisation duquel Eric Burdon, ses collègues des Animals ou leur compagnie de disques n'ont peut-être rien touché, l'enregistrement étant entré dans le domaine public - donc libre de droits - 50 ans après sa sortie, en 1965.

Dans son budget dévoilé mardi dernier, le gouvernement fédéral a annoncé son intention de modifier la Loi sur le droit d'auteur pour porter à 70 ans la durée de la protection du copyright des enregistrements sonores.

Les associations de producteurs jubilent. Surtout Music Canada, OSBL représentant les multinationales du disque comme Sony, Universal et Warner. «Merci au premier ministre Harper qui comprend l'importance de l'industrie canadienne de la musique», a déclaré le président du lobby musical en citant Leonard Cohen qui croit que cette extension permettra à plusieurs vieux chanteurs d'éviter le «désastre financier». Ne nous inquiétons pas trop pour M. Cohen lui-même...

Le fait est que ce sont les compagnies de disques qui profiteront surtout de cette protection accrue - qui met par ailleurs le Canada au diapason international -, dont les bénéfices, explique encore Music Canada, iront à la prospection de nouveaux talents.

Les majors allouent «plus de 28 %» de leurs revenus, lit-on encore, à la recherche et au développement.

Entre-temps, un coup d'oeil sur le palmarès québécois de 1965 nous fait voir les enregistrements qui doivent «tomber» dans le domaine public et dont les créateurs publicitaires pourraient se servir gratuitement... avant que le gouvernement ne vote l'amendement à la Loi sur le droit d'auteur.

Que pourrait faire vendre Ya-ya de Joël Denis ou Doo Wah Diddy du regretté Tony Roman? «Quand je l'ai vue/Elle était seule dans la rue»... Plusieurs «applications», dans le champ politique notamment, nous apparaissent possibles pour la chanson Tant de choses à dire des Bel-Air ou, mieux encore, pour Tu dis des bêtises de Donald Lautrec. Et Découragé, des Bel Canto, n'apparaît-elle pas comme le meilleur vendeur de remontants énergétiques ou de plats pour se faire pardonner?

Dans le registre de la grande chanson, par ailleurs, l'année 1965 a surtout fait connaître Mon pays que Gilles Vigneault avait composée pour le film Il a neigé sur la Manicouagan d'Arthur Lamothe (ONF) et, sauf erreur, créée sur la scène de la Comédie-Canadienne (aujourd'hui le TNM) où il a chanté, cette année-là, 19 soirs de suite.

On peut juste commencer à imaginer à quelles fins publicitaires - dans un but commercial ou politique - pourrait servir ce véritable «hymne» du Québec moderne: «Mon pays, ce n'est pas un pays/C'est l'hiver».

Par ailleurs, on imagine sans peine le ton de la campagne que lancerait M. Vigneault contre quiconque oserait accaparer cette chanson à des fins mercantiles...

Le gouvernement de Stephen Harper pourrait régler la question en «sauvant» Mon pays du domaine public jusqu'en 2035.

À l'agenda

Deux grands concerts de jazz orchestral, cette semaine, en ville. Samedi à l'Astral, dans le dernier concert de la saison, Christine Jensen dirigera l'Orchestre national de jazz de Montréal dans une pièce originale, Influence Suite, créée par elle pour le grand ensemble. La chanteuse Sienna Dahlen (Notes on Montreal) participera aussi à ce concert où l'ONJM interprétera ensuite Sweet Time Suite du trompettiste canadien Kenny Wheeler, décédé à Londres en septembre dernier.

Dimanche, l'Altsys Jazz Orchestra fête son 30e anniversaire dans la cadre de la série Power Jazz du Centre Segal où la saxophoniste Jennifer Bell dirigera aussi l'Altsys dans des pièces de Kenny Wheeler, qui a longtemps collaboré avec l'ensemble, et dans des morceaux de Gil Evans, Dizzie Gillespie et du trompettiste Bill Mahar, l'arrangeur de l'Altsys. Le concert fera entendre entre autres les saxophonistes Frank Lozano et Cameron Wallis, le trompettiste Jocelyn Couture et le batteur Jim Doxas.

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