Les Hay Babies: trois filles qui frétillent

Le trio country Les Hay Babies part à... (Photo Steve Deschenes, archives Le Soleil)

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Le trio country Les Hay Babies part à la conquête des ondes musicales, Mon Homesick Heart sous le bras.

Photo Steve Deschenes, archives Le Soleil

Le trio country Les Hay Babies a la bougeotte, et encore plus depuis que les filles, frétillantes de leur vingtaine tout juste acquise, ont été couvertes des plus grands honneurs aux 17es Francouvertes, l'année dernière.

Lorsque nous avons rencontré deux d'entre elles et leurs musiciens plus tôt cette semaine, le temps d'avaler «deux oeufs-bacon» dans une chaîne de restaurants «qui n'existe pas à Moncton», les Néo-Brunswickois venaient tout juste de déposer leurs valises à Montréal, après une série de concerts sur la Côte-Nord et au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Trois semaines plus tôt, c'était en France et en Suisse. Trois heures plus tard, ç'allait être à Sherbrooke.

C'est que les filles ont un premier album à répandre dans les salles et les chaumières, Mon Homesick Heart, après l'amuse-gueule Folio, EP remarqué à l'été 2012. Si les harmonies vocales et le franc-parler chiac demeurent sa clef de voûte, le groupe a cette fois défoncé les portes de la modernité.

À la réalisation, François Lafontaine (Alexandre Désilets, Forêt), membre de l'inanimé Karkwa, a habillé le folk organique de claviers, de pedal steels et de basses, bien que le trio de cordes original - guitares, banjo et ukulélé - résonne toujours. «On s'attend déjà à des réactions négatives parce qu'on est loin de Folio, mais c'est l'album qu'on avait envie de faire», explique Katrine Noël.

«Ce sont les mononcles et les matantes qui vont être déçus», ajoute entre deux gorgées de café son copain Mico Roy, un des trois musiciens qui se sont greffés à l'équipe de tournée, complétée par Marc-André Belliveau et Kevin McIntyre.

Les Hay Babies ont souhaité se constituer un «full band» pour reproduire en spectacle le son plus touffu de l'album. Enregistré et réalisé en moins de deux semaines, il leur a permis une première expérience dans un studio professionnel. Mais pour rien au monde cet arsenal technologique n'allait compromettre leur précieuse spontanéité.

«Si on faisait une bonne take, on se disait: «On va la laisser de même.» On ne cherchait pas à ce que ce soit parfait», dit la timide et rieuse Julie Aubé, qui joue du banjo et partage l'écriture des pièces.

Exode rural

C'est à elle que l'on doit notamment la touchante Néguac and Back, inspirée d'un poème de Katrine, triste examen de l'exode rural. «Qui s'qui va sonner les cloches de l'église?», chantent les trois filles, toutes originaires de petits villages acadiens. Une notice dans le livret précise que Néguac peut aussi bien être Rogerville. Ou Dalhousie. Bref, «tous les beaux villages acadiens qui fleurissent et ceux qui ont vu de meilleurs jours».

S'agit-il d'une précaution pour éviter la controverse qui a porté ombrage à Fermont, chanson d'amour et d'ennui de Vincent Vallières? «Peut-être un peu», admet Katrine. «Mais c'est un constat de la ruralité en général, poursuit Julie. Il manque de projets communs, les villages sont laissés à eux-mêmes.» Les Hay Babies ont annulé leur spectacle à Néguac «pour d'autres raisons», mais semble-t-il que quelques trublions avaient préparé leurs huées.

Filles de route

Mon Homesick Heart met en scène des histoires de romance et de distance, avec cette même liberté dans les textes qui anime Les soeurs Boulay et Avec pas d'casque. «Y'a les gars que j'ai brisés toujours pris à m'attendre, je les envie à moitié d'avoir su me comprendre», raconte Katrine sur l'autobiographique La toune du soundman.

Pas toujours facile, la vie de band, et les blues prennent parfois le pas sur le folk. «Frank a été un réalisateur, mais aussi un mentor, dit à cet égard Katrine, avec un flegme qui s'harmonise à ses 20 ans. Lorsque nous avions des moments plus difficiles, il savait quoi nous dire, parce qu'il sait c'est quoi, la vie en tournée.»

Les Hay Babies participent avec une grande satisfaction à la vitalité artistique de leur coin de pays. Leur succès, elles le doivent en partie à des précurseurs, comme leur amie acadienne Lisa LeBlanc, mais aussi à des artistes qui ont fait de leur franglais une langue de création. «On pense surtout au poète Guy Arsenault, dit Julie. C'est le premier auteur à avoir utilisé le chiac avec Acadie Rock [1973]. C'est super simple, mais super beau.»

Pas de doute: elles chérissent Moncton et ont hâte d'y retourner. En attendant, il n'est pas question pour les deux filles de remonter dans leur camionnette de tournée sans avoir «shoppé» un peu dans la grande ville. Le café est froid et les assiettes n'ont plus à offrir que quelques fruits pâlots. «Il nous faut du beau linge pour notre lancement», lancent en rigolant Julie et Katrine avant de se lever. À entendre le 15 avril à La Tulipe. Et comme c'est gratuit, le billet coûtera trois fois rien.




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