Xue Yiwei et Michèle Plomer: un secret bien gardé

Pour la première fois, un livre de l'auteur... (photo françois roy, la presse)

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Pour la première fois, un livre de l'auteur montréalais d'origine chinoise Xue Yiwei est offert en français. La traduction du roman Les gens de Shenzhen est signée par son amie Michèle Plomer.

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Josée Lapointe

Depuis 16 ans, Xue Yiwei vit en toute discrétion à Montréal. L'auteur de 16 ouvrages est très connu en Chine, et plusieurs de ses livres ont déjà été traduits en anglais. C'est enfin chose faite en français, puisqu'un de ses livres, Les gens de Shenzhen, a été traduit par l'auteure Michèle Plomer, qui a elle-même vécu à Shenzhen pendant plusieurs années. Nous avons rencontré les deux complices dans un café de Côte-des-Neiges, quartier que Xue Yiwei habite depuis 2002 dans un anonymat quasi complet.

Comment vous êtes-vous connus?

Xue Yiwei: C'était il y a 20 ans! Quand j'étais à Shenzhen, un collègue m'avait parlé de cette prof du Québec qui enseignait à l'université. C'est la première fois que j'ai entendu parler de Michèle.

Michèle Plomer: Quand je suis arrivée à Shenzhen, il n'y avait pas de fille blanche. J'étais comme un électron libre. C'est vrai que j'aurais pu rencontrer Xue à ce moment-là, mais ce n'est pas arrivé.

Comment vous êtes-vous retrouvés à Montréal?

MP: Je vis en Estrie, mais l'an dernier, j'ai loué pendant un mois un appartement au Rockhill, dans Côte-des-Neiges. Un soir, je reçois un courriel du festival Metropolis Bleu qui m'invite à participer à une table ronde avec Xue Yiwei et Alexandre Trudeau. En googlant pour en savoir plus sur Xue Yiwei, je tombe sur un reportage de la radio de la CBC. Je l'écoute et je me dis: "Mais mon dieu, il est au Rockhill!" Je descends dans le lobby et je découvre qu'il vit exactement deux étages au-dessus de moi. Le lendemain, j'ai écrit à l'éditrice Mélanie Vincelette, chez Marchand de feuilles. L'étape suivante, c'est elle.

XY: J'ai reçu le courriel de Mélanie le jour du Nouvel An chinois et j'ai répondu tout de suite. Ma grand-mère me disait toujours: "Tu ne peux pas refuser quelque chose le jour du Nouvel An."

Vous vivez à Montréal depuis 2002. Pourquoi avoir choisi cette ville?

XY: Je voulais trouver une place agréable où vivre. Mais le français en est la raison principale.

Pourquoi c'est ce livre qui est traduit en français en premier?

XY: Ce n'est pas moi qui ai décidé, c'est elle!

MP: C'est le destin...

XY: Je pensais que le premier de mes livres qui a été traduit en anglais, Dr. Bethune's Children, devait aussi être le premier traduit en français. Mais on ne peut pas toujours savoir pourquoi les choses se font.

MP: C'est le mot Shenzhen qui m'a attirée. Parce que c'est là que j'ai vécu plusieurs années. J'étais une Shenzhenner. Je crois même que je suis dans le livre!

Vous avez traduit du chinois au français?

MP: Oui. C'était très important pour nous de partir de cette version.

XY: La première fois qu'on s'est rencontrés, nous avons parlé de ce qu'elle comprenait du livre, pour ne pas que ce soit juste une traduction. Je n'ai jamais vu Michèle comme quelqu'un d'autre, elle est comme un autre moi. Elle comprenait vraiment toutes les couches du livre.

MP: Shenzhen est une ville que tu peux aimer ou détester. Il n'y a pas de zones grises. En lisant ses histoires, je me disais: "Il a capturé exactement la solitude, la grandeur, la confusion qui y règnent." Xue n'a pas mon style d'écriture du tout, mais il met le doigt sur des sentiments que j'avais et que je n'aurais pas pu écrire.

Quel était votre défi de traductrice?

MP: Je voulais respecter sa voix, mais aussi rendre tout ça coulant pour un lecteur francophone. La structure de la langue chinoise est tellement différente ! On a besoin de plus de mots pour situer le lecteur, les verbes ne sont pas conjugués, on doit placer les choses dans le temps et l'espace...

XY: Il fallait aussi garder ça très simple.

MP: Oui. C'est une écriture simple, mais chaque mot est précis. Je suis tellement admirative de ça. On se retrouvait ici, au Duc de Lorraine, et j'arrivais avec une liste de mots pour être certaine de bien comprendre. Et lui, il a été super parce que, de son côté, il faisait des recherches. C'est un chercheur, un intello... Je pouvais lui soumettre des problèmes, et il m'aidait à les résoudre.

Vous êtes content du résultat?

XY: Oui. Je vais tous les jours au Renaud-Bray sur Côte-des-Neiges et je compte les copies!

[À Michèle Plomer] C'est une vedette en Chine, non?

MP: Oui.

XY: [rire timide] Oui. Assez.

MP: Il est si humble. Quand Xue dit qu'un article a été publié sur lui dans le China Daily, ça veut dire que c'est des millions de lecteurs ! Les gens là-bas sont très impressionnés par son travail. Nous sommes chanceux, car grâce à lui, on peut comprendre comment ça fonctionne dans la tête des Chinois. C'est quand même rare.

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Les gens de Shenzhen. Xue Yiwei. Marchand de feuilles. 223 pages.




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