L'extravagant voyage du jeune et prodigieux Reif Larsen

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Avec Je m'appelle Radar, l'auteur américain Reif Larsen a notamment voulu creuser le rôle de l'art en temps de guerre.

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Sonia Sarfati
La Presse

Il a marqué les esprits et les coeurs avec cet inoubliable roman initiatique qu'est L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet. Six ans plus tard, Reif Larsen nous revient avec un deuxième livre, Je m'appelle Radar, dans lequel il manie avec dextérité l'art de l'ambiguïté. Nous avons tenté de percer certains des secrets de ce jeune (il a 36 ans) et prodigieux romancier américain, actuellement auteur en résidence à l'Université de St.Andrews, en Écosse, où La Presse l'a joint au téléphone.

Pouvez-vous revenir sur les origines de Je m'appelle Radar?

Elles sont multiples. Il y a eu mes lectures au sujet de Susan Sontag qui a mis en scène une production d'En attendant Godot à Sarajevo, durant le siège, et ma réaction à cette idée: je trouvais merveilleux qu'un tel projet artistique naisse pendant la guerre; mais en même temps, je pensais que les gens, sur place, avaient besoin d'eau, de médicaments et de nourriture plus que de Beckett. J'ai voulu, dans ce livre, creuser le rôle de l'art en temps de guerre: est-ce un luxe ou un essentiel?

Et puis, j'avais en tête ce personnage de Radar, qui est plus à l'aise à «parler» avec les machines qu'avec les gens.

Enfin, je suis allé à Prague pendant un festival de marionnettes. Je suis tombé sur une file de gens qui faisaient la queue devant un microthéâtre afin d'assister à un spectacle de deux minutes pour une seule personne. Quand mon tour est venu, j'ai été mystifié et j'ai su que j'écrirais sur ce sujet.

Votre premier roman a connu un succès fulgurant. Cela vous a-t-il donné un élan pour l'écriture du deuxième ou cela a rendu le processus plus difficile?

Dans un premier temps, ç'a été un cadeau, car ça m'a permis d'écrire un nouveau roman. Mais quand je me suis attelé à Radar, je n'ai pu m'empêcher de sentir qu'il y avait des attentes. Très tôt, j'ai donc senti que j'allais décevoir des gens... et j'ai finalement décidé d'utiliser ça à mon avantage: puisque j'allais décevoir certains, j'ai décidé d'écrire le livre que je voulais écrire, en prenant des risques et en allant ailleurs.

Je m'appelle Radar est en effet un livre «risqué». Camper un lieu, des gens, une situation et s'en détourner pour aller ailleurs... Ça m'a fait penser à une phrase du roman: «Si vous commencez à vous sentir trop à l'aise avec votre histoire, démantelez-la. [...] Mieux vaut tout balayer d'un geste plutôt que de risquer de se satisfaire de la médiocrité.»

Je m'appelle Radar, de Reif Larsen... (Image fournie par Nil éditions) - image 2.0

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Je m'appelle Radar, de Reif Larsen

Image fournie par Nil éditions

Est-ce vous qui parlez à travers votre personnage?

[Rires] Vous m'avez démasqué. Je pense vraiment que si vous écrivez quelque chose de sûr, de confortable, vous ne créez pas de l'art. L'art est toujours risqué et le créateur travaille avec un pied au bord du gouffre. Si vous ne marchez pas sur cette ligne-là, vous ne créez pas quelque chose qui soit digne d'intérêt.

Votre livre est tissé dans l'ambiguïté. Comme lecteur, on se demande tout le temps ce qui est vrai et ce que vous avez inventé. Vous avez poussé le procédé jusqu'à inclure des diagrammes, des photos, des cartes, des notes de bas de page dans le texte (comme vous l'avez fait pour Spivet) et, à la fin de Radar, une bibliographie exhaustive... de livres pour la plupart fictifs. Parce qu'il le fallait? Par jeu?

Parce que ça s'est imposé! Les illustrations, au départ, je pensais ne pas en inclure. Et soudain, il en a fallu. Quant à la bibliographie, c'était une réponse émotive à la dernière scène du roman, où des livres sont brûlés. C'était un antidote à la destruction.

Il vous a fallu cinq ans pour écrire ce livre. Vous avez fait beaucoup de recherche? Voyagé là où l'intrigue se transporte?

Oui, et oui. Je me suis rendu dans tous les pays nommés dans Radar, mais j'étais extrêmement inquiet quand est venu le temps d'écrire sur ces endroits. Parce que je ne parle pas la langue, parce que ce sont des lieux qui ont connu des guerres très compliquées. Les enjeux sont élevés dans ces pays, des gens sont morts dans ces conflits. Je ne voulais pas banaliser leur histoire. Jusqu'au jour où je me suis dit qu'il était impossible que je ne fasse pas d'erreurs, que je ne serais jamais quelqu'un « de l'intérieur ». Et que là était ma force, en fait. Je n'ai donc pas écrit sur le Congo ou le Cambodge ou la Bosnie, mais sur une «ombre» de Congo, Cambodge ou Bosnie. L'important était d'être dans la vérité du récit, pas dans la vérité avec un grand V.

À la fin de Radar, un personnage pose une question à un autre: «Quel besoin avez-vous d'un auteur, si vous avez déjà le livre?» C'est ce que vous croyez?

Absolument. Quand je termine un livre, je deviens un spectateur parmi d'autres.

Alors, si vous êtes maintenant un spectateur face à Je m'appelle Radar, êtes-vous auteur... face à un autre livre?

[Rires] Oui. Je suis en train d'en écrire un autre, très différent de Spivet et de Radar. Il traite de rencontres sur l'internet [internet dating]. Et c'est une expérience jusqu'ici très agréable.

* * * *

Je m'appelle Radar (Traduit par Hannah Pascal)Nil, 729 pages.

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