Thomas King: au nom des siens

L'auteur Thomas King dit utiliser l'humour afin d'aborder... (PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE)

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L'auteur Thomas King dit utiliser l'humour afin d'aborder des enjeux sérieux qui touchent les autochtones.

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Figure incontournable de la littérature canadienne, Thomas King n'est peut-être pas une vedette au Québec, mais c'est une icône dans le reste du Canada. Son essai L'Indien malcommode est sur la liste de tous ceux qui souhaitent mieux comprendre la question autochtone et son dernier roman, In the Back of the Turtle, a remporté le prix du Gouverneur général. Avec un humour parfois cinglant, Thomas King nous rappelle que l'Indien d'aujourd'hui n'a plus grand-chose à voir avec l'Indien des légendes. Rencontre avec celui qui parle «au nom des siens».

Il est grand - 6 pi 6 po -, il a une voix grave et un sourire en coin. Certains le comparent à Mark Twain pour sa verve imagée, d'autres l'associent à l'animateur Rick Mercer pour son humour caustique.

«L'humour aide à dire ce que j'ai à dire», reconnaît King, qui a aussi été l'auteur de The Dead Dog Cafe Comedy Hour, une série radio humoristique en ondes de 1997 à 2000 à la radio anglaise de Radio-Canada. «Si je parle du drame des orphelinats autochtones, je risque de brusquer le lecteur qui va se dire: "C'est trop, je ne peux plus en prendre." Et je vais perdre le lecteur. Dans une conférence, si je me mets à énumérer les statistiques à propos des orphelinats, je vois les gens se fermer physiquement et vouloir se sauver. Mon humour a un côté tranchant. Il provoque un inconfort.»

«Lorsque j'étais militant, j'ai appris que si tu arrives avec tes gros sabots, les gens n'écoutent pas. C'est là que j'ai commencé à utiliser l'humour pour me faire entendre. Vous pouvez rire, mais, à la fin, vous aurez toutes les informations que vous ne vouliez pas entendre.»

Il y a de l'humour, mais il y a aussi des vérités crues dans les propos que Thomas King nous assène avec bienveillance. En nous rappelant dans ses livres que l'Indien d'aujourd'hui n'est peut-être pas celui dont les gens rêvent.

«En Amérique du Nord - particulièrement aux États-Unis, peut-être moins au Canada -, on ne croit pas que les Indiens qui vivent aujourd'hui sont de vrais Indiens. Nous ne portons pas de cuir ou de plumes et les gens ne voient pas le continuum culturel, alors ils demandent à l'Indien de rester dans le passé car ils aiment cet Indien. Les Français et les Anglais du Canada ont évolué, mais les Indiens, eux, n'ont pas le droit de changer, de s'inscrire dans la modernité. Ils doivent être authentiques.»

Le sens des responsabilités

Issu d'une tradition orale, Thomas King apporte le plus grand soin à la sonorité de ses textes. Mais au-delà du rythme et de la musique de son écriture superbe, qui lui a valu de nombreux prix tout au long de sa carrière, c'est le propos qui cogne.

King se fout pas mal qu'on le présente comme un écrivain autochtone ou un écrivain tout court. Ce dont il ne se fout pas, cependant, c'est la responsabilité qu'il ressent de parler «au nom» des autochtones, même s'il est le premier à savoir qu'il y a autant de réalités qu'il y a de peuples, c'est-à-dire beaucoup.

«Oui, je parle de choses sérieuses. Je crois que la plupart des écrivains aborigènes comprennent qu'il s'agit d'une occasion, pas d'une obligation.»

«J'espère que mes livres sont divertissants, mais je n'écris pas seulement pour divertir les lecteurs, insiste-t-il. J'aborde des questions qui sont importantes pour moi. J'espère que vous apprenez quelque chose, que mes livres posent des questions inconfortables.»

Candidat déchu du Nouveau Parti démocratique dans Guelph en 2007 - «J'étais terrible, je disais tout haut ce que je pensais» -, Thomas King reconnaît avec humilité que son impact est beaucoup plus grand devant le clavier qu'il ne l'aurait été dans les couloirs du parlement.

«Je disais aux gens: "Votez pour moi, car je suis plus dangereux libre que si j'étais à Ottawa." Et c'est vrai, car j'ai écrit L'Indien malcommode après mon expérience en politique. Ma place n'est pas au Parlement. Ma place est derrière un arbre à espionner dans le noir et à dire des choses qui font chier les gens.»

Dans Histoire(s) et vérité(s). Récits autochtones, Thomas King termine chaque chapitre de la même façon: «Prenez cette histoire. Faites-en ce que bon vous semble. Oubliez-la. Racontez-la à vos enfants. Transformez-la en pièce de théâtre. Mais ne dites pas que vous auriez vécu différemment si seulement vous l'aviez entendue. Parce que vous la connaissez maintenant.»

«C'est ma façon de rappeler aux gens qu'en tant qu'êtres humains, on entendra quelque chose - que ce soit à propos des réfugiés syriens ou des autochtones - et on n'aimera pas ce qu'on entend et on fera semblant qu'on ne le savait pas. Ce que je dis, c'est que vous pouvez ignorer ce que je dis, mais que vous ne pouvez pas dire que vous ne l'avez jamais entendu.»

Thomas King en cinq temps

1989: Publication de son premier roman, Medecine River.

2003: Présentation de The Truth About Stories: A Native Narrative dans le cadre des Massey Lectures, une série de cinq conférences prononcées dans tout le Canada et diffusées sur les ondes de la radio de CBC.

2004: Ordre du Canada.

2012: Publication de The Inconvenient Indian.

2014: Prix du Gouverneur général pour son roman In the Back of the Turtle (King avait été en nomination à deux autres reprises, en 1992 et 1993).

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