Yann Martel: acte de foi

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Près de 15 ans après la publication de l'immense succès Life of Pi, Yann Martel livre une réflexion sur la foi avec Les hautes montagnes du Portugal.

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Mario Cloutier

Les hautes montagnes du Portugal, le nouveau roman de Yann Martel, est sorti cette semaine. Cette fascinante réflexion à propos de la foi prend forme en trois récits liés par le deuil, l'amour et... un chimpanzé!

Yann Martel retrouve la foi. La foi comme sujet, comme acte fondamental et fondateur. La foi dont on doute et qui permet d'avancer, peu importe l'objet de croyance.

«Je voulais questionner la foi. Pas uniquement la foi religieuse, mais la foi un peu plus banale, en quelqu'un qu'on aime ou une équipe sportive. On est tellement poussés de nos jours à être raisonnables, pragmatiques, à penser à court terme, que cette idée de la foi va à contre-courant. Comme artiste, l'idée de la foi m'intrigue. Je voulais examiner cette idée par le biais d'un animal, soit le chimpanzé.»

Retour aussi à l'animal dans toute sa splendeur, comme dans L'histoire de Pi. Dans son livre suivant, Béatrice et Virgile, le chimpanzé était un personnage de pièce de théâtre. Ici, il est au centre de la quête existentielle des trois personnages principaux, vivant à des époques différentes au Portugal. 

«C'est un merveilleux outil littéraire, l'animal. Il est porteur de symboles.»

«On se sent tellement dans un carcan, dans la technologie et notre propre espèce qu'on idéalise la nature. On veut connaître l'animal et rêver avec lui. En littérature, c'est souvent réservé aux enfants, même si, avant, London, Kafka, Hemingway y faisaient référence. C'est rafraîchissant pour moi, ça me sort de cette prison d'être humain.» 

En refermant le livre, on a d'ailleurs la larme à l'oeil, mais l'esprit ragaillardi par l'humour et l'intelligence du propos. Le sentiment, aussi, d'une grande humanité en 344 pages tricotées serré.

Première partie: sans-abri

Tâchons tout de même de ne rien divulgâcher. On est en 1904. Tomàs marche de reculons en guise de protestation depuis la mort de sa femme et de son fils. Il part en quête d'un objet religieux mystérieux dans les hautes montagnes du Portugal. 

En sous-texte et en lien avec notre époque, la technologie a remplacé la foi. Tomás a entrepris son périple dans une invention diabolique, une voiture, avec tout ce que cela implique d'émerveillement et de failles, voire de danger mortel. La quête de cet homme est en rupture avec la foi. 

«C'est vrai qu'il y a une part de pensée magique dans tout acte de foi. C'est ce qui me fascine. Il n'y a rien de magique dans la pensée pragmatique. Il y a la science, mais c'est un côté merveilleux très terre-à-terre. Je ne porte pas de jugement sur la foi. On a tous besoin d'une certaine quantité de foi. Une personne qui n'a foi en rien m'attriste et me fait peur.»

Deuxième partie: sur le chemin de la maison

Le deuxième récit se déroule en 1939. Eusebio, pathologiste aussi endeuillé, reçoit une cliente, Maria, qui lui apporte le cadavre de son mari. Elle veut savoir comment celui-ci a pu survivre à la mort en bas âge de leur seul enfant, 30 ans auparavant. 

Ici, un récit secondaire expose une brillante théorie liant les auteurs des Évangiles aux romans d'Agatha Christie. La vie de Jésus ou le premier roman policier de l'histoire...

«Chaque histoire commence de la même façon avec quelqu'un qui a perdu un être cher. Elle finit avec une demande d'aide et une autre personne venant à la rescousse.»

«Qu'est-ce qu'on fait avec le deuil après la tristesse? Comment vivre le deuil quand la foi est testée? Maria a été démolie par la mort de son fils, alors que le mari semble avoir bien vécu...»

Les hautes montagnes du Portugal, de Yann Martel... (image fournie par XYZ) - image 2.0

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Les hautes montagnes du Portugal, de Yann Martel

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Troisième partie: à la maison

Dans la partie finale, un sénateur canadien d'origine portugaise, Peter, retourne vivre au Portugal à la mort de sa femme. Il vivra avec un chimpanzé, Odo (diminutif de Godot), sauvé de sa morne existence dans un refuge américain. 

Peter admire, en fait, Odo. Sa force, sa simplicité et sa grâce. Sa grandeur dans tous les sens du mot.

«Le sénateur canadien vit avec un vrai chimpanzé qui fait office de Jésus, mais ça pourrait être Mahomet ou Bouddha, peu importe. Je me suis imaginé quelle serait la relation la plus intense que pourraient vivre des centaines de personnes avec Jésus, que ce soit un illuminé ou le fils de Dieu. Ça chamboule et définit leur vie. C'est ce qui arrive à ce sénateur, mais il souhaite ce changement.»

Le cadeau

Yann Martel porte en lui ce changement, cette foi dans le changement. Lui-même verra sa vie chamboulée au cours des prochains mois afin d'assister à la sortie du livre partout sur cette planète des singes que nous sommes tous un peu, beaucoup. 

Face à la réception des Hautes montagnes du Portugal, l'écrivain québécois le plus connu au monde a cependant ce regard détaché, cette sérénité hominoïde.

«L'art, c'est un cadeau. On crée et on l'offre au monde. Ce que le monde en fait, ce n'est pas de mes affaires. Si le monde l'aime, tant mieux. Moi, de toute façon, je passe au prochain. Je n'écris pas un roman en réaction à un autre. Chaque fois, c'est un nouveau défi et une nouvelle réflexion que je tente de faire. Et je me suis toujours amusé à le faire.»

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Les hautes montagnes du Portugal. Yann Martel. XYZ, 344 pages.

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