Neil Smith: l'école de l'imaginaire

Un best-seller mondial issu de Montréal? Le roman Boo de Neil Smith... (PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE)

Agrandir

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Mario Cloutier

Un best-seller mondial issu de Montréal? Le roman Boo de Neil Smith est en voie de réaliser l'exploit en abordant avec sensibilité un sujet brûlant d'actualité: une fusillade dans une école.

Le Montréalais Neil Smith est allé à l'école de l'imaginaire. Enfance nomade, adolescence solitaire, famille cahoteuse. Le jeune homme se réfugiait dans les livres. Aujourd'hui, il en écrit. Avec succès.

Son tout premier roman, Boo, après Big Bang, un recueil de nouvelles primé, sera probablement adapté au petit ou au grand écran. Il est en cours de publication dans dix pays et en lice pour le prix Hugh-MacLennan de fiction qui récompense chaque année un auteur anglo-québécois.

Boo, c'est le surnom d'Oliver, un ado qui aboutit au paradis après une fusillade à son école. Johnny, un ami décédé dans les mêmes circonstances, lui révèle ce qui est arrivé et annonce que le coupable serait parmi eux. Les apprentis justiciers organisent une chasse à l'homme au paradis pour retrouver Gunboy.

«La nuit de Polytechnique, j'étais à l'Université de Montréal, raconte Neil Smith dans un français impeccable. J'avais déjà abordé ce sujet en nouvelle, mais cela me semble important de parler des armes et de la violence. Je voulais que le livre Boo soit un mélange de légèreté et de thèmes beaucoup plus difficiles. Le mélange de l'enfance avec des thèmes plus adultes.»

Coeur troué

Boo est un gringalet étrange, à la peau pâle et au coeur troué, mais qui possède une mémoire phénoménale. Cible de railleries à l'école, donc plutôt esseulé.

«Je n'ai pas vécu la même histoire qu'Oliver. Je n'ai pas été harcelé à ce point, mais quand j'étais jeune, nous avons déménagé quatre fois en six ans. Je n'avais pas beaucoup d'amis. J'ai connu des villes très différentes et n'avais jamais le bon accent, sans oublier qu'en arrivant à Québec à 17 ans, je ne parlais même pas français.»

«J'étais un peu l'exclu et je me réfugiais dans les livres. Boo est vraiment un hommage aux lectures qui m'ont aidé à survivre à l'adolescence.»

Les voyages forment la jeunesse et les livres sans doute autant. Surtout quand on est friand de mondes inventés.

«Les livres et les films que je préférais quand j'étais jeune se déroulaient dans des mondes imaginaires. Ça permettait de me retirer de ma propre réalité. Si elle est difficile comme la mienne à l'époque, on peut vivre dans le monde fictif. Quand j'étais jeune, mon frère est mort d'une surdose, ma soeur était suicidaire et passait du temps en institution psychiatrique. Je ne voulais pas devenir adulte.»

Traducteur

Neil Smith a tout de même atteint aujourd'hui l'âge de 51 ans, même s'il en paraît 35. Il a étudié et travaillé longtemps en traduction.

«J'étais un peu tanné de traduire les choses des autres, alors je me suis mis à écrire. Comme mon recueil de nouvelles a remporté un prix, je me suis dit que j'avais peut-être un don pour l'écriture.»

Le don de créer un univers complet au pays des morts où Dieu s'appelle Zig et où tout le monde est végétarien. D'en faire un thriller où les rebondissements ne cessent de surprendre jusqu'à une finale touchante.

«Dans un monde imaginaire, je peux inventer des règles comme dans le village de Boo. J'ai pu inventer de A à Z. J'aime être un peu le Dieu qui peut tout créer, de la nourriture à l'architecture en passant par les modes de transport. J'aime assumer ce rôle-là comme écrivain. Si j'écrivais un roman qui se déroule à Montréal en 2016, j'aurais moins cette capacité de tout décider.»

Enfant

Neil Smith est un «dieu» possédant le regard curieux d'un enfant. Malgré un sujet tragique, Boo est un roman rempli d'humour et d'amour aussi. La vie dans ce paradis ressemble passablement à celle que nous connaissons sur terre. Mais son auteur n'est pas croyant.

«On a habité Salt Lake City quand j'étais jeune, dans l'État des mormons. La première question qu'on m'a posée à l'école, c'était pour savoir si j'étais mormon. J'étais trop gêné pour dire que j'étais athée, alors je disais que j'étais canadien. Je questionnais mes camarades de classe sur le paradis. Comme j'ai un esprit logique, je voulais savoir comment ça marchait. Je voulais connaître le genre de nourriture qu'on y servait, s'il y avait des toilettes et si on y faisait l'amour. Les mormons étaient scandalisés.»

Son prochain roman, en cours d'écriture, se passera à nouveau dans un monde imaginé, vers la fin de notre siècle. Il traitera, entre autres, des roux! Pas d'enfants cette fois, mais des jeunes dans la vingtaine.

«Je suis peut-être en train de devenir adulte», conclut-il.

_______________________________________________________________________________

Boo. Neil Smith. Traduit par Lori Saint-Martin et Paul Gagné. Alto, 398 pages.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires : Arts

Tous les plus populaires de la section Arts
sur Lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer