Adrien Bosc: tragédies romanesques

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Constallation, premier roman d'Adrien Bosc, connaît un grand succès critique et public.

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Josée Lapointe

Adrien Bosc s'est fait remarquer en France avec un premier roman, Constellation, qui parle de l'écrasement d'avion dans lequel est mort le boxeur Marcel Cerdan. Le lauréat du Grand Prix du roman de l'Académie française 2014 est de passage à Montréal cette semaine à l'occasion du Festival littéraire Metropolis bleu.

Constellation est le nom de l'avion dans lequel prenaient place les 42 personnes mortes aux Açores, ce 27 octobre 1949. C'est aussi le trait entre elles que trace le romancier, reliant les bouts de ces histoires qui ont été cachées par la mort de Marcel Cerdan et de la violoniste prodige Ginette Neveu, qui se trouvait aussi à bord de l'avion qui devait faire la traversée Paris-New York.

«Cette histoire a toujours été traitée par ses figures les plus éminentes, estime Adrien Bosc. Les journalistes et les écrivains ont travaillé avec des oeillères. Ils n'ont pas voulu voir le multiple des possibles qui étaient à l'intérieur de cet avion, ce qui était d'autant plus surprenant.»

L'inventeur de la montre Mickey Mouse, un journaliste québécois et sa mère, l'héritière d'une usine de bas de nylon, un divorcé qui retournait aux États-Unis pour tenter une réconciliation avec sa femme... Il y avait à bord du Constellation autant de noms que d'histoires particulières et extraordinaires.

«Chaque vie a sa part de romanesque, croit Adrien Bosc. À partir du moment où on tend l'oreille, émerge toujours chez chacun une grande histoire. Cette théorie vaut ce qu'elle vaut, mais ce livre m'a permis de l'expérimenter. Je suis plutôt heureux d'avoir réussi, dans le sens où je trouve que le destin des anonymes est plus surprenant que celui des plus célèbres.»

Adrien Bosc s'intéresse aussi depuis toujours aux «hasards objectifs» qui guident nos vies, qui font qu'on prend «à gauche plutôt qu'à droite et que cet acte aura des conséquences». «Cette obsession préexistait au livre, et heureusement, car sinon ce ne serait qu'un livre de circonstances. Chaque portrait me permet d'en raconter une forme différente: l'acharnement du destin, la bonne fortune, la prédestination chrétienne, la synchronicité des dates, le fatum. Chaque passager est le porte-parole d'une de ces notions.»

Marqueur d'époque

Lire Constellation peu de temps après le drame de Germanwings est une expérience troublante. On y trouve entre autres cette citation d'Édith Piaf, la légendaire amoureuse de Marcel Cerdan, qui justifiait sa peur de l'avion par cette boutade: «Ce n'est peut-être pas mon heure, mais si c'était l'heure du pilote?»

Adrien Bosc a d'ailleurs beaucoup répété cette phrase en entrevue lors de la sortie du livre. «Je trouvais qu'elle avait de la force parce qu'elle disait d'une certaine manière l'ambition du livre, du moins le sous-texte qui le traversait: pour qui sonne le glas? Je pensais davantage au hasard, moins au destin provoqué comme dans le cas de cet accident qui n'en est pas vraiment un.»

Mais lui-même ne peut s'empêcher de faire des rapprochements avec d'autres écrasements récents, particulièrement ceux de Malaysia Airlines. «C'est l'exemple des éternels recommencements de ces accidents d'avion, qui racontent les destins très différents de ces gens morts un même jour côte à côte, et de la grande histoire qui les traverse.»

Adrien Bosc ne veut pas devenir «l'auteur de l'aéronautique», mais il juge que la tragédie de Germanwings est «fabuleusement» romanesque, en plus de parler beaucoup de nous.

«Cette porte qui ne s'ouvre plus... c'est le symbole même de nos hantises depuis 2001. Elles nous ont emmenés à ça, à nous enfermer nous-mêmes, et à provoquer les causes mêmes d'un futur accident. Il y a d'autres symboles, comme le fait que la première photo diffusée du pilote soit tirée de Facebook, un peu comme ça, volée sur une page. Les accidents traduisent chaque fois une époque et deviennent des marqueurs temporels.»

Adrien Bosc, qui est d'abord éditeur de revues, a consacré un an et demi de sa vie à Constellation. S'il a d'abord fait une démarche d'enquête, il ne visait ni l'exhaustivité de l'historien ni l'objectivité du journaliste. Mais il tient à l'appellation de roman puisqu'il a ensuite «écrit entre les marges et autour», et composé une structure d'alternance qui n'a rien du reportage.

Fort de ses prix et de son succès critique et public, l'auteur de 29 ans est déjà en train d'écrire un deuxième roman. «Les prix, ça évite de se poser la question du fond, du deuxième. Je ne fais que continuer ce que j'avais commencé avant la parution de Constellation, qui m'a un peu retardé. Comme ça s'est passé très bien, j'ai eu moins de temps pour écrire.»

Ce succès, il l'avoue, a été une fabuleuse surprise. «Je m'attendais à une douce indifférence, j'étais très content d'être publié déjà. Mais ça s'est avéré absolument incroyable. Par exemple, là, être invité au Québec pour parler du livre, ça fait partie de l'exaltation.» Nerveux avant de prendre l'avion? «Non. Mais je ne peux pas m'empêcher de penser que c'est mon premier vol transatlantique depuis la sortie du livre...»

Adrien Bosc participera à plusieurs activités à Metropolis bleu aujourd'hui et demain.

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Infos: metropolisbleu.org

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