Jennifer McMahon: le roman des morts vivants...

Jennifer McMahon... (Photo: Drea Thew)

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Jennifer McMahon

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Marie-Christine Blais
La Presse

Jusqu'où serions-nous prêts à aller pour obtenir quelques minutes de plus avec un être aimé mort? C'est le thème des Visiteurs de l'autre rive, le plus récent roman à frissons de Jennifer McMahon, dont les livres rappellent les tout premiers Mary Higgins Clark: ils sont tous articulés autour de peurs profondément féminines, mort ou rapt d'un enfant, secrets de famille honteux... L'iconoclaste Jennifer McMahon est toutefois à l'opposé de Mary Higgins Clark! Entrevue avec une auteure qui a imaginé un personnage de Québécoise francophone métisse pour son quatrième roman...

Ce personnage, fondamental et inquiétant, se nomme Tantine, dans le roman qui se déroule parfois en 1908, parfois de nos jours. Tantine qui sait comment faire revenir les morts d'entre les morts, ceux qu'on appelle les «dormeurs».

«Je savais que le personnage de Tantine [Auntie dans la version originale] devait être une étrangère, une outsider dans le village de West Hall [Vermont], explique Jennifer McMahon. Une femme qui savait vivre dans le bois, guérir avec des plantes, à la fois la sorcière du village et la guérisseuse [medicine woman]. Donc capable d'aider, mais aussi de faire beaucoup de mal si elle le désire. Il fallait qu'elle vienne d'ailleurs, ait un drôle d'accent, parle plus d'une langue. J'étais justement en train de lire des livres sur les Métis [...]. Et soudain, j'ai eu l'idée de cette femme qui n'est jamais considérée comme «une des nôtres»: Tantine allait être une Métisse francophone! Pour ma part, je ne connais que trois mots de français: merci, pardon et chocolat!»

Cela n'empêche pas l'Américaine Jennifer McMahon d'être publiée et appréciée en Europe, notamment en France, en Allemagne, en Espagne... The Winter People, devenu au Québec Les visiteurs de l'autre rive et en France... Winter People (!), est campé, comme tous ses romans, dans l'État du Vermont.

«J'y suis arrivée à la fin des années 80, explique la native du Connecticut, et je n'ai jamais pu repartir. On y trouve encore de vastes espaces tranquilles, sauvages, isolés... En fait, chaque fois que je vais me promener dans les bois, je finis par avoir peur», avoue-t-elle en riant.

Les lecteurs québécois reconnaîtront ces paysages qui sont aussi les nôtres et apprécieront les nombreuses virées en raquettes qui jalonnent l'histoire...

L'histoire de Zella

C'est au Vermont qu'elle a travaillé notamment comme peintre en bâtiment, travailleuse agricole, lapin de Pâques géant, livreuse de pizza, conseillère dans un foyer pour sans-abri et auprès de personnes souffrant de maladie mentale, avant de tout quitter pour se consacrer à l'écriture, en 2000. C'est là aussi qu'elle a vécu dans une maison sans électricité ni eau courante pendant des années avec sa compagne Drea, avec qui elle s'est mariée depuis. Jennifer McMahon n'a jamais caché son homosexualité et a donné naissance à une fille, Zella, en 2004. Or, Zella est à l'origine des Visiteurs de l'autre rive.

«Zella, qui a aujourd'hui 10 ans, en avait 7 à l'époque, explique Jennifer McMahon, et elle aimait jouer au théâtre avec ses amis à l'école; elle décidait des personnages, du décor, de l'histoire... Un jour, elle m'a proposé qu'on joue ensemble à partir de l'histoire suivante: je devais faire comme si j'avais 19 ans et elle 7, et nous serions des soeurs, et un matin, en nous réveillant, nos parents seraient partis, et nous réaliserions que nous avions été peut-être abandonnées... Je lui ai dit que c'était terrible comme histoire, qu'est-ce qui était donc arrivé à nos parents? Et elle m'a répondu: ils ont été emmenés dans la forêt. [...] En l'écoutant, j'ai senti cette espèce de petite tape sur l'épaule que je reçois quand j'ai une idée pour un livre...»

À partir de là, Jennifer McMahon a imaginé peu à peu une histoire avec une mère éplorée, deux soeurs abandonnées, un bois maléfique, une artiste endeuillée, une petite fille sur le point de mourir, un père aux abois, tous liés autour de «dormeurs» dont on ne sait si ce sont effectivement des âmes revenues du pays des morts ou la fabulation de leurs proches devenus fous de douleur. Les femmes des romans de Jennifer McMahon sont soit hantées, soit sacrifiées par leurs souvenirs.

Relations mère-fille

Cela vient peut-être de l'enfance de Jennifer McMahon. Elle a été élevée à la fois par une mère qui croyait aux fantômes et par une grand-mère psychiatre pour qui tout cela était foutaises. «Ma grand-mère ne croyait qu'à ce qui est scientifique, logique, alors que ma mère croyait à l'invisible. Il y a ces deux aspects dans mes livres, je crois: ce qui est vérifiable et ce qui est insaisissable, mystérieux.»

Les visiteurs de l'autre rive se déroule tour à tour en 1908 et aujourd'hui: «C'est mon premier roman avec une trame historique, dit-elle. J'ai fait beaucoup de recherches sur la vie dans le Vermont rural des années 1900. Mon Dieu que le quotidien et surtout l'hiver étaient difficiles à l'époque!» Le roman, lui, est bien sûr dédié à Zella...

* * * 1/2

Les visiteurs de l'autre rive. Jennifer McMahon. Robert Laffont, 432 pages.

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