Kathy Reichs: fiction et réalité main dans la main

Malgré son emploi du temps chargé, Kathy Reichs... (Photo: Marco Campanozzi, La Presse)

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Malgré son emploi du temps chargé, Kathy Reichs a un horaire d'écriture extrêmement régulier. «Je ne crois pas au syndrome de la page blanche. Mes journées d'écriture commencent à 8h30 et se terminent vers 17h. Et si je ne suis pas inspirée, j'écris quand même», dit-elle.

Photo: Marco Campanozzi, La Presse

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Sonia Sarfati
La Presse

L'aventure continue pour Kathy Reichs: Temperence Brennan, Tempe pour les «amis», qui est un peu son alter ego littéraire, nous revient dans Terrible trafic. Un 16e roman policier pour l'anthropologue judiciaire devenue romancière qui signe aussi, tous les ans, un livre pour jeunes adultes avec son fils et un scénario de la série Bones avec sa fille.

«Je ne peux pas m'occuper d'autant de cas que par le passé, mais je suis disponible si on a besoin de mes compétences, à Montréal, à Charlotte [où elle vit toujours... quand elle n'est pas en déplacement] ou ailleurs», dit Kathy Reichs, qui a participé à l'identification des victimes des attentats du 11-Septembre et de celles de la guerre civile au Guatemala. C'est elle qui a mis un nom, celui de Jolène Riendeau, à des ossements retrouvés une douzaine d'années après la disparition de la fillette, qui a témoigné contre le meurtrier Serge Archambault après avoir identifié une des victimes, etc.

Des cas qui, parfois, lui servent de tremplin pour la fiction. Pour Terrible trafic, elle a suivi une suggestion de sa fille Courtney, infirmière, qui lui a raconté certains des drames (in)humains qu'elle découvre dans son travail au sein d'organisations bénévoles. Elle s'est aussi inspirée de son passage au Kirghizistan et en Afghanistan en compagnie d'autres romanciers, à l'initiative de l'USO (organisation qui, par le divertissement, apporte son soutien moral aux troupes américaines) et de l'ITW (association des auteurs de littérature policière). Elle est allée «dire merci à nos soldats», raconte-t-elle, touchée que ce soit ces hommes qui les ont remerciés, eux, les écrivains, d'être venus les voir, et agréablement surprise de constater, sur les écrans télévisés de la grande salle commune, qu'on y diffusait du football, du basketball... et Bones, la série télévisée dérivée de son oeuvre.

À noter que dans l'entrevue qu'elle a accordée à La Presse dans les bureaux des éditions Robert Laffont, son éditeur français depuis ses débuts, en 1997 avec Déjà Dead, elle raconte, relate et s'explique en français. Elle y tient. Par respect pour son lectorat qui suit ses écrits dans la langue de Molière. Et parce que, avoue-t-elle, «je dois m'exercer, je passe à la télévision plus tard. Je suis terrifiée».

Elle ne devrait pas. Elle s'inquiète quand même. Perfectionniste? Soucieuse du détail, plutôt. Cela peut faire toute la différence dans le travail de l'anthropologue judiciaire. Et cela la suit dans ce qu'elle couche sur papier. Dans ce qu'elle est et aussi dans ce qu'elle dégage. En entrevue, elle est toujours tirée à quatre épingles. Sur ce point, elle se distingue de Tempe Brennan, à qui il arrive régulièrement de trébucher - au propre comme au figuré. En ouverture de Terrible trafic, le personnage tente même l'expérience du Louboutin. Huit centimètres de talon. Elle en paiera le prix. Encore une fois, au propre comme au figuré.

«Ce n'est pas pour elle ni pour moi», sourit Kathy Reichs, dont l'humour ne se révèle pas d'emblée, ni même à la première rencontre, mais que connaissent les journalistes qui la croisent une fois l'an. Puisque c'est une fois l'an qu'elle publie une nouvelle aventure de Tempe Brennan.

Disciplinée, organisée et productive

Ce serait beaucoup si c'était tout. Mais c'est plus que ça. «Depuis cinq ans, j'écris aussi chaque année un tome de Viral, pour les jeunes adultes, avec mon fils Brendan. Et je signe un scénario à chaque saison de Bones, avec ma fille Kerry.» Bones, qui en est à sa 10e saison (!), met en scène une certaine Temperance Brennan, anthropologue judiciaire incarnée par Emily Deschanel. «Les passés ne collent pas, mais je vois quand même la série télévisée comme des antépisodes de la série de romans.»

Ajoutons les deux courts romans publiés directement en format électronique, Bones in Her Pockets et Swamp Bones, les multiples déplacements liés à la promotion des romans et le temps consacré à la famille, qui compte maintenant cinq petits-enfants. Nous avons devant nous une femme occupée. Très occupée. Mais qui, quand elle écrit, écrit. «Je ne crois pas au syndrome de la page blanche. Mes journées d'écriture commencent à 8h30 et se terminent vers 17h. Et si je ne suis pas "inspirée", j'écris quand même.» Si ce qu'elle produit ce jour-là est «merdique», la touche «effacer» est à portée de doigt.

Bref, elle ne se permet pas une journée de congé. Écrit tous les jours où la tournée, la famille et «l'autre travail», disons, ne sont pas au programme.

Dire que tout cela a commencé parce que, professeure titulaire à l'Université de Charlotte, elle devait publier. Elle n'avait pas envie de produire un nouvel article ou un autre manuel scientifique. Mais elle venait de mettre un point final à un dossier concernant un meurtrier en série. Elle a décidé de tenter la fiction à partir de ce cas. Temperance Brennan est née ainsi.

Depuis, Kathy Reichs la retrouve toujours avec bonheur. Et se heurte toujours au même défi, roman après roman: mettre des mots simples sur des réalités qui le sont moins. Les techniques qu'utilisent Tempe dans les livres et Kathy dans la vie «doivent être décrites et expliquées sans longueurs, sans jargon technique et de façon quasi divertissante pour ne pas perdre l'attention des lecteurs». Un travail qu'elle compare à celui qu'elle effectue pour se préparer aux procès dans lesquels elle témoigne.

Chez elle, fiction et réalité marchant main dans la main.

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Kathy Reichs sera au Salon du livre de Montréal le 21 novembre de 18h à 19h30 et le 22 novembre de 14h à 16h.

Extrait de Terrible trafic

«Le coeur battant, j'ai rampé en direction du mur de briques qui formait l'angle de renforcement. J'ai jeté un coup d'oeil hésitant.

À nouveau, des bruits de pas. De lourdes bottes sont apparues en haut de l'escalier, accompagnées de deux petits pieds, l'un nu, l'autre chaussé d'un soulier à semelle compensée. Et la descente a commencé.

Par leur démarche bancale, les petits pieds révélaient la faiblesse de leur propriétaire, ce que confirmait la bizarre inclinaison du bas des jambes. [...]

Une flambée de colère m'a embrasée. Cette femme était droguée, et ce salaud l'entraînait sans ménagement.»

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