Bernard Werber : au pays des géants

Depuis la parution de son premier roman, Les fourmis (1991), véritable  succès... (Photo: André Pichette, La Presse)

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Photo: André Pichette, La Presse

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Depuis la parution de son premier roman, Les fourmis (1991), véritable succès mondial, Bernard Werber ne cesse de marier sciences pures, anthropologie, mythologie et spiritualité. Le prolifique auteur français de «philosophie-fiction» vient de lancer Troisième humanité, premier tome d'une trilogie où le minuscule et le féminin viennent à la rescousse de la Terre... Rencontre de tout un type!

À la lecture de cet énorme livre se déroulant «dix ans après l'instant où vous ouvrirez ce roman», où les géants et les pygmées ne sont pas ce qu'on croit et où on renoue avec la famille Wells et ses découvertes sur les fourmis, difficile de ne pas tracer un lien entre cet ouvrage futuriste et... les fables de La Fontaine! Plus précisément avec Le lion et le rat, où il est dit: «On a souvent besoin d'un plus petit que soi.» «Comme c'est curieux que vous m'en parliez, lance Werber avec verve au bout du fil, ce vers sera justement utilisé comme devise d'une entreprise dans le deuxième tome de la trilogie! J'aime beaucoup La Fontaine et je crois que le but d'un grand roman et d'une fable est le même: faire passer de la sagesse à travers un exemple de type romanesque.»

Plutôt imperméable aux critiques, Werber préfère l'action, à savoir écrire et alerter les gens sur les divers avenirs possibles, à sa manière littéraire, avec une imagination jamais en repos. «Je voulais littéralement faire parler la Terre dans cette trilogie [dont les deux autres tomes, déjà écrits, se dérouleront 20 ans et 30 ans plus tard]. On la considère à tort comme un caillou inerte, une boule de billard qui tourne dans l'univers, alors qu'elle respire, qu'elle bouge, qu'elle digère, qu'elle a un coeur chaud. Oui, c'est une vision poétique. Mais en tant qu'écrivain de science-fiction, c'est ma façon d'inspirer, si possible, une perspective plus large, qui va au-delà des seuls êtres humains. C'est remettre en cause le discours des gens au pouvoir, oui, mais aussi du mouvement écologique [...]. La Terre est soumise actuellement à une croissance industrielle et démographique énorme, et ça ne suffit pas d'être «contre le nucléaire», il faudrait faire des gestes plus courageux [...] Il y a une nouvelle écologie à inventer, loin des écologistes qui ne pensent qu'aux prochaines élections!»

On s'en doute, Werber ne se fait pas que des amis avec son oeuvre et ses propos. Peu lui chaut, manifestement. L'auteur de 51 ans préfère les échanges avec ses lecteurs, que ce soit sur son populaire site interactif L'arbre des possibles ou en personne: en plus d'être tout le week-end au Salon du livre de Québec, il donne une conférence à 19 h ce soir, à la bibliothèque Gabrielle-Roy, à Québec.

Visionnaire nécessaire

Au cynisme ambiant et aux accusations de «pseudoscience», Werber résiste en écrivant sans arrêt (il interrompra même l'entrevue pour noter une idée surgie au cours de la conversation!). Troisième humanité lui a d'ailleurs valu une certaine réhabilitation, quand le magazine L'Express a qualifié l'écrivain de «visionnaire dont nous avons tous besoin». Werber amalgame diverses théories dans ses romans, mêlant faits réels et anticipation, thèses non avérées et hypothèses étonnantes. Des chercheurs découvrent qu'il y a déjà eu des géants sur Terre. Et si le rapetissement des êtres était la solution à la menace d'une troisième guerre mondiale? Et la féminisation? Et même la création d'une nouvelle sorte d'humains?

On le voit, rien ne fait peur à Werber quand il s'agit d'extrapoler le possible à coups d'imagination... «Chaque fois que j'ai un coup dur, je réalise que je tiens par l'écriture, répond en riant le volubile auteur-cinéaste-dramaturge. Je métabolise par l'écriture, ça me tient lieu de drogue! Quand j'ai été viré du Nouvel Observateur parce que je dérangeais, que j'étais le clou qui dépasse, celui qui attire le marteau, ça m'a fichu un dur coup. Mais finalement, je suis sorti plutôt gagnant... Ma seule vraie hantise depuis, c'est d'ennuyer les lecteurs. J'écris donc en me posant des questions de cinéaste! Quel cadrage conviendrait mieux pour telle ou telle scène? Un zoom sur un personnage ou un grand angle pour avoir une vue d'ensemble de l'histoire?»

Une des forces du roman est justement de faire de la France l'un des coeurs de l'intrigue - y compris le président de la République lui-même! «Et pourquoi pas? répond l'écrivain. J'aime mieux parler de ce que je connais que d'inventer une quelconque mégapole pseudo-américano-occidentale. Ce qui m'importe, reprend-il, c'est de faire saisir l'urgence de se reconnecter avec soi-même et de réfléchir. Car ceux qui nous dirigent réfléchissent, eux, et en abusent. Mes lecteurs me ressemblent beaucoup, en nettement plus calme. Ils savent que les livres peuvent donner le goût de la liberté, indispensable parce que nous sommes aussi, hélas, motivés par le goût de l'esclavage...»

Extrait Troisième humanité

«David sort du lit, enfile un peignoir et descend pieds nus au laboratoire central. Il s'arrête devant la petite chambre rapidement aménagée d'Emma. La Micro-Humaine dort dans un lit à peine plus grand qu'une boîte à chaussures. Elle est si mignonne.... articule Nuçxia qui l'a suivi. Elle est si fragile. Dire qu'elle grandit dix fois plus vite qu'un bébé normal. Pour ce que ça change. Elle n'aura pas le temps d'influer sur le cours de l'histoire. Ni comme espionne ni comme pionnière d'une nouvelle espèce. Elle va être comme nous: confinée au rang de spectatrice de l'effondrement de la civilisation, présenté en divertissement aux actualités télévisées.»

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Troisième humanité. Bernard Werber, Albin Michel, 592 pages.

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