Paul Auster explore la carte de son corps

L'auteur Paul Auster, 66 ans.... (Photo: AFP)

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L'auteur Paul Auster, 66 ans.

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Myriam Chaplain-Riou
Agence France-Presse
Paris

«Tu entres dans l'hiver de ta vie», écrit Paul Auster, bientôt 66 ans, dans son dernier livre où il explore son corps, inventorie ses cicatrices, tous les lieux où il a vécu, ses joutes sexuelles, médite sur la vie qui «passe si vite», la vieillesse et la mort.

«C'est bizarre d'être vieux. La vie passe si vite. Quand on est enfant, une journée c'est immense, l'été paraît sans fin. Maintenant, j'ouvre les yeux et c'est déjà l'année prochaine, un autre anniversaire!», confie à l'AFP l'écrivain américain, qui a écrit à l'aube de ses 64 ans ces Carnets d'hiver (Winter Journal), à paraître en mars aux éditions Actes Sud.

«J'avais envie d'écrire ce livre, d'examiner ma propre vie avant de devenir gaga... Il ne reste pas beaucoup de temps finalement. Combien de matins?», dit-il, dans un sourire. «Mais je n'ai pas peur de la vieillesse».

«Je suis en train de relire la traduction française», note ce francophile et francophone qui a vécu trois ans et demi à Paris dans sa jeunesse et traduit des poètes français.

Lui qui avoue son incapacité à s'orienter dans l'espace, même à New York, dresse une carte passionnante de son corps et de ses souvenirs, «un catalogue de données sensorielles, depuis mon enfance jusqu'à aujourd'hui. On est son corps».

«Je ne vois pas ce livre comme une véritable autobiographie, ni des mémoires. C'est une oeuvre littéraire composée de fragments autobiographiques, comme un morceau de musique», dit-il.

Paul Auster a déjà écrit trois oeuvres autobiographiques: L'invention de la solitude, Le Carnet rouge et Le Diable par la queue. C'est un peu «un 4e volet», explique l'auteur dont les livres sont traduits en 43 langues.

Il a écrit cette méditation à la deuxième personne du singulier. «J'ai commencé instinctivement comme cela. Le «je» aurait été trop narcissique. La 3e personne trop impersonnelle. Je ne m'intéresse pas à moi-même. Je parle de l'expérience d'être en vie», assure-t-il.

Le tutoiement «me paraissait le ton juste, il implique le lecteur. C'est ce que je voulais: faire un livre de partage entre le lecteur et moi».

Étrangers à nous-mêmes

«J'espère qu'ils trouveront des similitudes avec leurs propres vies. On a tous eu des accidents, perdu des êtres chers, connu le plaisir et la douleur, frôlé la mort», dit l'auteur de la célèbre trilogie new-yorkaise.

Dans ces «carnets», Paul Auster évoque longuement sa mère, disparue en 2002, à la fois charmeuse, responsable, intelligente, mais aussi névrosée, victime de crises d'angoisse et de phobies.

Quelqu'un, dit-il, «dont je ne sais presque rien». Il avoue aussi avoir «fait le mort devant la mort de sa mère», sans larmes, anesthésié. Avant de s'écrouler avec tous les symptômes d'une crise cardiaque.

«Chaque personne est un mystère. On ne comprend jamais vraiment les autres. Même les gens les plus intimes. Pour la simple raison qu'on reste tous étrangers à nous-mêmes», relève-t-il. «L'écriture ne résout rien, jamais».

L'écrivain forme avec la romancière Siri Hustvedt, son épouse depuis plus de trente ans, l'un des couples les plus célèbres de la littérature. Dans Carnets d'hiver, il la pare de toutes les vertus, répète sans cesse qu'elle est «la femme de sa vie» depuis ce 23 février 1981 où il l'a rencontrée.

De même, «j'espère continuer à vivre dans ma maison de Brooklyn où j'habite depuis 20 ans. Tant que je pourrai monter et descendre les escaliers des quatre étages... Brooklyn, c'est le meilleur endroit pour vivre.»

«J'ai commencé à écrire à neuf ans et me suis dit vers 15 ans que j'aimerais passer ma vie à écrire». «J'écris tout à la main, puis je tape le texte sur ma vieille machine à écrire portative. Elle nous survivra pendant des millénaires !»

«Quand vous écrivez, vous donnez tout ce que vous avez, même si vous jetez tout ce jour-là. Vous pouvez vous lever de votre bureau et dire: «J'ai tout donné»».

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