La théorie de l'information: être Wikipédia ou rien

Aurélien Bellanger, auteur de La théorie de l'information... (Photo: archives La Presse)

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Aurélien Bellanger, auteur de La théorie de l'information

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Aurélien Bellanger est entré dans l'arène littéraire avec l'un des romans les plus étonnants de l'année, La théorie de l'information, dans lequel la vie d'un jeune geek de l'informatique se mêle aux transformations économiques et technologiques de la société française. Discussion avec un jeune écrivain aux ambitions encyclopédiques.

Aurélien Bellanger a vécu les trois derniers mois comme un rêve éveillé. Son premier roman publié chez Gallimard, dans la mire de tous les critiques, en lice pour le Renaudot et le Médicis... Pas mal pour un inconnu de 32 ans qui avait plaqué son travail de libraire pour écrire.

Mais faut-il être un peu geek pour écrire un roman qui raconte l'histoire du Minitel français jusqu'à l'internet (et plus encore) tout en suivant le parcours d'un magnat de l'informatique, Pascal Ertanger, et cela en intercalant de savants chapitres sur la théorie de Claude Shannon de 1948 qui a révolutionné les télécommunications? «Être geek n'est pas réservé à quelques domaines, c'est une attitude en général, croit le jeune auteur, qui était récemment de passage au Salon du livre de Montréal. C'est quelqu'un qui privilégie l'acquisition rapide de savoirs efficaces, plutôt que de savoirs académiques. On peut être geek de la littérature!»

Il y a cette ambition du «roman total» dans La théorie de l'information, un projet un peu fou qui a débloqué par sa fréquentation des oeuvres de Balzac et de Houellebecq, et qui donne un roman d'une froide mélancolie autant qu'un portrait économique et social du monde d'Ertanger. Les technologies y semblent plus incarnées que le personnage principal, figure parfaite du cliché «geek», timide, obsédé par les jeux de rôle et l'informatique. Aurélien Bellanger a vu Ertanger comme l'un de ces premiers chrétiens persécutés d'une religion minoritaire. Sa vengeance sera brillante. «Il n'y avait qu'un pour cent des jeunes qui savaient programmer au début, et d'un coup, Mark Zuckerberg [créateur de Facebook] devient l'un des hommes les plus puissants du monde, note l'auteur. Par contre, ce qui est incarné dans le roman, c'est ce en quoi il croit. Cette croyance un peu folle envers les machines, l'intelligence artificielle. C'est un roman qui déverse le contenu mental de cet homme. Nous ne sommes pas que de chair et d'émotions, nous sommes aussi fabriqués par des théories, et c'est la théorie de l'information qui s'incorpore à mon personnage.»

Trahison de la science

À vouloir englober un maximum de détails afin de créer une minutieuse fresque de l'histoire informatique, on a reproché à Aurélien Bellanger d'abuser un peu trop de Wikipédia - on l'a aussi reproché à son modèle, Houellebecq -, que certains voient même comme un nouveau «poison» de la littérature. «Je caricature, mais Wikipédia, c'est le plus gros livre actuel, répond-il. À un moment, j'étais comme Victor Hugo qui a dit: «Je veux être Chateaubriand ou rien». Je voulais être Wikipédia ou rien. L'existence de cette masse d'informations conçue bénévolement est l'une des choses les plus incroyables des 30 dernières années, ça justifie quasiment l'existence d'internet. C'est une merveille du monde. En tout cas, pour la première fois, j'ai donné cette année de l'argent à la collecte de Wikipédia...»

La posture réactionnaire devant les changements technologiques qui nous touchent est nulle parce que perdante, selon Aurélien Bellanger, qui fait partie de ceux qui croient encore au progrès. Néanmoins, l'un des thèmes fondamentaux de son roman est «la crise de conscience européenne causée par les conclusions de la thermodynamique». «En soulevant le problème de l'entropie, du dérèglement ultime du système temporel et le fait que l'univers va arriver à la mort thermique, c'est une sorte de trahison absolue, la chape de plomb qui tombe sur le monde scientifique. Il y avait un pacte très fort entre progrès scientifique et progrès social et humain. D'un coup, on apprend que l'univers est mortel. Je me souviens, quand j'ai appris enfant que le soleil allait s'éteindre, j'ai pleuré toute la nuit!»

Chanceux

Mais l'informatique représente pour lui un espoir, ce qui explique sûrement la tournure mystique que prend son roman. «Si l'informatique a de sérieuses prétentions au titre de religion, ce n'est pas parce qu'on fait la queue pour acheter un iPhone, c'est que, fondamentalement, il y a des modèles théoriques d'ordinateurs qui réparent l'entropie...»

Aurélien Bellanger se méfie tout de même d'appliquer le mot «révolution» sur tout et sur rien, particulièrement en ce qui concerne les technologies. Il se trouve cependant chanceux d'être né avant que le monde soit «connecté», d'avoir connu une enfance libre de gadgets technos. «Je crois en fait que les révolutions fondamentales sont d'ordre démographique. Facebook devant la contraception, ce n'est pas grand-chose...»

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La théorie de l'information, d'Aurélien Bellanger. Gallimard, 487 pages

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