La solitude de l'écrivain de fond: pourquoi écrire? ****

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La solitude de l'écrivain de fond, de Daniel Grenier

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La PresseJOSÉE LAPOINTE 4/5

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Josée Lapointe

Après un recueil de nouvelles, plusieurs traductions et un premier roman, L'année la plus longue, d'une amplitude et d'une ambition très rares pour une première oeuvre - si vous ne l'avez pas encore lu, il est temps de le découvrir! -, Daniel Grenier s'est déjà installé parmi les auteurs québécois dont la voix compte. Il propose cet hiver un essai intitulé La solitude de l'écrivain de fond, réflexion pertinente et personnelle pour quiconque s'intéresse au mystère de l'écriture de fiction.

Grand connaisseur de littérature américaine, Daniel Grenier est tombé par hasard en 2011, dans une librairie d'occasion de Burlington au Vermont, sur le livre The Loneliness of the Long Distance Writer de Wright Morris. Un auteur qu'il ne connaissait pas du tout, et qui, a-t-il découvert plus tard, a publié «plus de 30 livres entre 1942 et 1981, traversant trois générations et bien des révolutions».

Pourtant, le prolifique écrivain n'a laissé pratiquement aucune trace dans l'histoire, ni de son vivant ni après sa mort en 1998, relégué, au mieux, au statut d'«écrivain régional». Happé par son indéniable talent, Daniel Grenier est parti sur les traces de Wright Morris, pour remonter le cours de cette vie littéraire anonyme et grandiose.

«À bien des égards, la vie et la carrière de Wright Morris représentent l'antithèse de celles du grand écrivain que plusieurs d'entre nous rêvent de vivre», écrit Daniel Grenier. Ce qui a enclenché chez lui une réflexion sur l'art du roman - «Je n'ai pas envie de le déclarer cliniquement mort, mais plutôt de rendre hommage à sa longue vie» -, et un questionnement, à travers l'oeuvre de Morris et son étonnante persévérance, sur les motivations profondes des romanciers, ces conteurs nés qui ne peuvent s'empêcher d'écrire des histoires.

Pourquoi publier des romans alors qu'il y en a tant? À qui les adresser? La question taraude Daniel Grenier. 

«On n'écrit pas dans le vide, ni pour rien, ni pour nous-mêmes. Même les romanciers et les poètes les plus exigeants écrivent en sachant qu'un lecteur, quelque part, un jour, se manifestera.» - Extrait de La solitude de l'écrivain de fond

L'essayiste, qui pose bien sûr aussi en filigrane la question de la postérité, met en relief les écrits oubliés de Morris et son propre désir de publier. Narcissique, mais lucide, il va de ses premières démarches - ne doutant de rien, il avait envoyé son premier manuscrit chez Gallimard, un roman expérimental qui, croyait-il, allait grandement impressionner Philippe Sollers - jusqu'au lancement en France de son roman L'année la plus longue, l'automne dernier. Ce chemin lui permettra de parler des auteurs qui ont fait de lui un auteur, mais aussi de l'incessante quête de vérité du romancier et du pouvoir des mots, capables de faire vivre des personnages.

On découvre ainsi deux écrivains pour le prix d'un dans ce livre érudit, assez théorique, mais accessible, et qui comporte une part ludique à cause de son parcours un peu sinueux. Le premier, Wright Morris, «le romancier oublié le plus important du XXe siècle», dont l'oeuvre retrouve un peu de lumière grâce à cet exercice d'admiration franc et ouvert. Le deuxième, Daniel Grenier, grand écrivain en devenir, qui fait la preuve à chaque projet qu'il entreprend de sa profondeur et de son intelligence.

* * * *

La solitude de l'écrivain de fond. Daniel Grenier. Le Quartanier. 92 pages.




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