I Love Dick: la vraie nature de Chris ****

I Love Dick, de Chris Kraus... (IMAGE FOURNIE PAR FLAMMARION)

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I Love Dick, de Chris Kraus

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La PresseMario Cloutier 4/5

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Mario Cloutier

Le terme «autofiction» est apparu dans les années 70, mais c'est véritablement 20 ans plus tard que le genre a obtenu ses lettres de noblesse. Le terme convient parfaitement à I Love Dick, de l'Américaine Chris Kraus. Il s'agit d'un mélange de roman épistolaire à sens unique et de journal intime qui porte «le désir de romancer un peu nos vies».

Paru il y a 20 ans, I Love Dick est devenu, avec les années, un livre culte traduit dans une douzaine de pays. Il a été publié l'an dernier seulement au Royaume-Uni et le voici maintenant en français. Le livre a aussi fait l'objet d'un pilote de 30 minutes pour la télévision avec Kevin Bacon. 

Comme dans toute autofiction, la réalité se fond dans la fiction et vice-versa. Les personnages, surtout des artistes et universitaires, existent vraiment. La vidéaste Chris (Kraus) est mariée au professeur Sylvère (Lotringer). Leur relation est pratiquement devenue platonique au moment où Chris tombe amoureuse de Dick (Hebdige), un ami de Sylvère. 

Chris et Sylvère décident d'écrire à Dick pour lui avouer leurs sentiments mêlés, ambigus. Les lettres resteront longtemps dans le tiroir, puis, une fois envoyées, sans réponse. 

Le «projet», comme le nomme Chris, permet à la narratrice d'aller au bout d'elle-même, dans toute sa vulnérabilité, sa lucidité et sa brillance aussi. 

Chris et Sylvère finissent par se séparer. Dick, de son côté, joue les victimes non consentantes, même s'il trouve «intéressant» de coucher avec Chris...

Le livre est un parfait mariage de raison et de coeur, d'intellect et d'émotion. 

Chris est cette femme qui pense et qui ressent. Pour une fois, l'un ne s'oppose pas à l'autre, ils se nourrissent en fait, permettant au personnage de la narratrice de prendre des allures d'héroïne d'un genre nouveau, malgré et en raison de toutes ses imperfections et de ses doutes. Et par la pertinence de sa pensée. 

La narratrice jongle avec des émotions vives tout en parlant de théories psychologiques. Elle semble se dédoubler par moments pour aborder des thèmes comme l'anorexie et la schizophrénie. 

C'est triste, c'est drôle, mais toujours d'une profonde intelligence. Un livre sur la vie d'une femme moderne, d'une merveilleuse battante. Un exposé sur les relations hommes femmes, aussi, qui met en scène la sincérité absolue des unes et l'indécrottable vanité des autres.

* * * *

I Love Dick. Chris Kraus. Flammarion, 270 pages.




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