Ô nuit Ô mes yeux: ô chansons Ô nuits du Caire ****

La PresseJean-Christophe Laurence 4/5

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C'était avant la guerre en Syrie, avant le Printemps arabe, et même avant la guerre au Liban. C'était les années 30, 40, 50 et 60, autant dire il y a un siècle.

En ce temps-là, le Proche-Orient n'était pas encore la poudrière que l'on sait. Les hommes portaient le fez, et le voile était moins répandu. Tous - et toutes - vibraient au son d'une nouvelle chanson arabe, menée par Oum Kalthoum, Mohammed Abdelwahab, Asmahan ou Farid El-Atrache.

Ces grandes vedettes se sont depuis longtemps éteintes. Mais elles reprennent vie dans ce fascinant roman graphique de la Libanaise Lamia Ziadé, qui rend hommage à l'âge d'or de l'industrie du disque et du cinéma arabes - et égyptiens en particulier, puisque c'est au Caire que se trouvait l'épicentre de cet univers.

On dit «roman», mais il faudrait plutôt lire «biographie», ou «récit», car cette histoire est 100 % vraie.

Entre cabarets, studios, grands hôtels, intrigues royales, relations adultères, divorces, jalousie, concerts à guichets fermés, gloire et déchéance, tentatives de suicide et tragédies meurtrières, Ô nuit Ô mes yeux nous apprend comment une petite paysanne du delta du Nil est devenue la grande Oum Kalthoum, reine du « tarab » ; ou comment sa rivale, une chanteuse druze nommée Asmahan, est morte dans un accident de voiture suspect, peut-être lié à ses activités d'espionnage pendant la guerre.

On y rencontre les fantômes de Farid el Atrache, le séduisant crooner, ou de Mohammed Abdelwahab, équivalent masculin d'Oum Kalthoum.

On y croise des noms aujourd'hui moins connus, comme Samia Gamal ou Mounira El Mahdeya, dite «la sultane», et bien d'autres qui ont animé les mille et une nuits de cette époque mythique. Il fait chaud. Les ventilateurs tournent. Des drames se jouent pendant que, sous nos yeux, s'écrit l'histoire récente de l'Égypte. Politique et chanson sont alors tellement liées qu'à la mort du président Nasser, le 28 septembre 1970, Oum Kalthoum cessera de chanter. C'est tout dire.

L'écriture est simple et dénuée d'artifices. Mais les dessins, nombreux et éloquents, donnent une autre dimension à cette oeuvre imposante (et chère: environ 70 $!), qui se consomme sans presse, à l'image des chansons-fleuves qu'interprétait Oum Kalthoum. Un voyage unique au coeur de la chanson arabe, un monde englouti à (re)découvrir, une autre vision du Proche-Orient...

* * * *

Ô nuit Ô mes yeux. Lamia Ziadé. P.O.L./Gallimard, 565 pages.

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