La vedette de Rebelle raconte son passé dans un livre

Avant de prêter ses traits à la jeune sorcière Komona dans le film... (Photo: La Presse Canadienne)

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Mélanie Marquis
La Presse Canadienne
Montréal

Avant de prêter ses traits à la jeune sorcière Komona dans le film Rebelle, Rachel Mwanza avait elle-même été soupçonnée de sorcellerie. Une accusation qui ne pardonne pas en République démocratique du Congo (RDC) et qui l'a conduite tout droit dans les rues de Kinshasa.

Pendant ces nombreux mois passés dans la jungle urbaine comme enfant de la rue («shegué»), la jeune femme aujourd'hui âgée de 17 ans a été tabassée, humiliée et agressée sexuellement. Souvent, c'était elle qui faisait le guet pour assurer la sécurité de certaines de ses amies qui n'avaient d'autre choix que de se prostituer pour survivre.

«Quand je dis aux gens que je viens de la rue, ils ne savent pas vraiment c'est quoi la rue, c'est quoi la vie des enfants de la rue. Chez moi, en Afrique, il y a des millions d'enfants qui traînent dehors», a exposé Rachel Mwanza en entrevue téléphonique avec La Presse Canadienne depuis Paris, où elle fait actuellement la promotion de son bouquin.

Elle espère devenir l'ambassadrice de ces jeunes désoeuvrés livrés en pâture - parfois par leur propre famille, comme ce fut son cas - à ceux qui font la loi dans les rues chaotiques de Kinshasa.

«Des enfants de chez moi sont en train de vivre en ce moment cette vie que moi j'ai vécue à l'époque. C'est vraiment pas «cool» pour les enfants», s'est-elle désolée à l'autre bout du fil.

Rachel Mwanza a été chassée du domicile familial par sa propre grand-mère, qui la croyait possédée par un esprit maléfique. À l'époque, sa mère se trouvait en Angola et son père était aux abonnés absents. Dès le jeune âge de 11 ans, elle a ainsi dû apprendre les codes de la rue et tenter d'éviter les «kuluna», qui volent et terrorisent la population.

Malgré sa vigilance, elle est tombée entre les griffes d'un homme âgé qui lui a infligé des sévices sexuels, un épisode brièvement évoqué dans le livre.

«Je ne sais pas quoi dire sur lui. J'ai pardonné à tout le monde, mais lui, c'est un sorcier. C'est un démon. On pensait qu'il avait la volonté de nous offrir une place où dormir, et il a fait des bêtises sur ma petite soeur et moi», a-t-elle confié au cours de l'entretien.

L'auteur d'origine congolaise Mbépongo Dédy Bilamba, qui cosigne le livre avec Rachel Mwanza, a été désarmé à plus d'une reprise par la candeur de la jeune femme pendant les trois semaines passées à Paris avec elle dans le cadre de ce projet de livre.

«Clairement, moi, je savais qu'il y avait un décalage entre la Rachel des interviews et celle qui parle en lingala, la langue de notre pays. Elle était tellement frêle en français et si vivante en lingala», a affirmé l'écrivain, qui habite Montréal depuis 2008.

Il a voulu lui donner la parole en raison de l'«universalité» et de l'«importance» de l'histoire relatée dans le bouquin intitulé Survivre pour voir ce jour.

«C'est vraiment son histoire. J'insiste beaucoup là-dessus. Oui, c'est ma plume à cent pour cent, mais c'est son histoire, sa manière de vouloir la raconter. Le ton et l'approche, c'est elle», a lancé Mbépongo Dédy Bilamba.

Dans un futur pas si lointain, Rachel Mwanza pourra elle-même parcourir l'ouvrage. Ayant obtenu un visa canadien, la jeune femme, qui est analphabète, s'installera au pays à compter de la semaine prochaine et suivra des cours d'alphabétisation.

«J'ai choisi Montréal parce que j'ai des gens qui s'intéressent à moi, qui m'aiment bien et qui pensent à moi ici. Je me sens bien à Montréal», a-t-elle expliqué.

Elle a également l'intention de suivre une formation en théâtre afin de parfaire son art.

Rachel Mwanza n'a eu de cesse de répéter, depuis qu'elle a remporté l'Ours d'argent de la meilleure actrice à la Berlinale et le Jutra dans la même catégorie pour son travail dans Rebelle, qu'elle souhaitait faire carrière dans le domaine.

Sa mère, avec qui elle a repris contact après des années de silence, a appris avec fierté tout ce qu'elle avait accompli. Mais surtout, elle a enfin su quel calvaire Rachel Mwanza avait enduré en raison de son statut de «Ndoki» (sorcière).

«Avant, ma grand-mère ne voulait pas que je cause avec ma maman, et là, elle m'a donné son numéro. J'ai causé avec ma maman et je lui ai parlé de tout ce qui est arrivé quand elle n'était pas là et ce que grand-mère avait fait. Je lui ai tout expliqué. Elle pleurait, elle était triste mais elle était contente de ma nouvelle vie», a dit l'adolescente.

Le livre Survivre pour voir ce jour sortira au Québec le 23 janvier.




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