Danièle Henkel: jamais sans ma mère

Danièle Henkel... (Photo: Hugo-Sébastien Aubert, La Presse)

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Danièle Henkel

Photo: Hugo-Sébastien Aubert, La Presse

Pour beaucoup de gens au Québec, elle est la seule dragonne de l'émission Dans l'oeil du dragon et une femme d'affaires accomplie. Mais c'est en lisant sa biographie, Quand l'intuition trace la route, qu'ils découvriront le parcours exceptionnel de Danièle Henkel qui, au-delà de tous ses succès, a dédié sa vie à sa mère, la grande femme derrière... la grande femme.

Danièle Henkel est la séduction et le charme incarnés dans ce qu'il y a de plus positif. Elle n'est pas dans la manipulation ou la quête d'amour, elle est simplement elle-même, toujours souriante, chaleureuse, enthousiaste, confiante sans jamais donner l'impression d'imposer quoi que ce soit.

En plus d'être belle. Très belle. En une minute, on est conquis. Au bout d'une heure, on est carrément amoureux. Alors on comprend mieux ses succès dans les affaires, un monde qui, malgré la compétition féroce, est avant tout humain, dans lequel il faut savoir convaincre l'autre.

C'est d'ailleurs ce qui fait le succès de l'émission Dans l'oeil du dragon qui l'a révélée au vaste public: cette découverte, pour qui n'a absolument pas la bosse entrepreneuriale, qu'à la base de toute entreprise, il y a une vision et une passion qu'il faut savoir transmettre à des investisseurs potentiels.

Cette émission populaire, un cadeau dans la vie de Danièle Henkel, n'est pas sans lien avec la publication de sa biographie qui était, au départ, un projet destiné à sa famille. Elle a eu l'impression qu'elle devait rendre quelque chose à tous ces gens qui lui écrivent ou l'abordent dans la rue depuis qu'elle est connue.

Ce sont ses enfants qui ont signé la préface, même s'ils découvriront le contenu en même temps que tout le monde. Auront-ils des surprises?

«Oui, dit-elle. Parce qu'on n'a pas le temps de tout dire à nos enfants. En fin de compte, on n'a pas le temps de tout dire à qui que ce soit. Je suis convaincue aujourd'hui que ma mère est partie avec beaucoup de secrets qu'elle n'a pas pu me confier. Elle a vécu, elle a survécu, elle a peut-être éliminé des choses qui auraient pu me perturber, mais une chose est certaine, c'est qu'elle m'a élevée adéquatement. »

Éliane Zenati. Sa mère. Elle lui voue un culte. Treize ans ont passé depuis sa mort et Danièle Henkel a encore de la difficulté à accepter son absence. Des larmes couleront plusieurs fois pendant cet entretien.

«Est-ce parce que je l'ai déracinée qu'elle est partie si tôt? C'est une question omniprésente, je dois travailler et faire la paix avec ça. Mais je sais aussi que j'ai tout fait pour elle. Jamais elle n'a manqué de rien. Jamais! Elle passait en priorité dans tout, elle a été ma princesse!»

Cette mère, bien qu'illettrée, a défié son destin en n'en faisant qu'à sa tête. Elle a fait fortune, a tout perdu, a remonté la pente, mais chaque fois, on le lui a fait payer très cher. Assez pour la briser.

«Ça n'a jamais été facile pour une femme de réussir, note sa fille. On dirait que ce n'est pas bien vu. Je n'ai jamais compris pourquoi nous sommes traitées comme une race à part. Malgré le fait qu'elle n'avait personne pour l'aider, son être entier était tellement fort, sa force était authentique, humaine, généreuse. Elle a simplement dit: je refuse. Elle avait envie de vivre sa vie, pas la vie qu'on lui avait imposée.»

Renaissances

On ne fait pas plus multiculturel que Danièle Henkel. Sa mère était juive, son père, qu'elle n'a pas connu, était Allemand, elle a grandi dans la religion catholique, au Maroc et en Algérie, a épousé un musulman avec qui elle a eu quatre enfants, tout cela avant d'émigrer au Québec pour fuir la montée de l'intégrisme.

Elle a dû tout recommencer à zéro jusqu'à bâtir son petit empire, à partir de ce célèbre article de beauté, le gant Renaissance qui porte bien son nom. Les renaissances ont été nombreuses dans la vie de Danièle Henkel.

Elle pourrait peut-être en vivre une de plus en sachant qui était vraiment son père. Elle a tous les papiers en main. Mais sa fameuse intuition, qui ne l'a jamais trompée, affirme-t-elle, l'en empêche. Elle préfère s'en tenir aux belles choses que sa mère lui a dites sur lui.

«Le passé, c'est le passé. Moi, j'ai besoin d'avancer. À 57 ans, je dis: lorsque tu vas chercher quelque chose, assure-toi que c'est quelque chose de bon à t'apporter. Parce que sinon, cette chose, à quoi sert-elle?»

Mariage forcé

Mais voilà la révélation la plus surprenante de cette biographie: son frère et cette mère qu'elle adore lui ont imposé très jeune un mariage avec un ami de la famille. Quoi? Danièle Henkel, la dragonne, dans un mariage forcé? Eh bien oui. C'était comme ça. Une femme non mariée était une femme perdue. On ne défiait pas l'autorité parentale. Et pourtant, dans son livre, elle n'a aucun mot méchant pour cet homme de qui elle a divorcé, mais pour qui elle conserve une grande estime.

«C'était d'abord un intellectuel, d'une grande intelligence, explique-t-elle. Un homme très posé, à sa place, respectueux. J'ai appris à le regarder avec les yeux d'une femme capable d'aimer. Ce n'était peut-être pas passionnel, peut-être pas sexuel, mais c'était l'amour pour un homme pour ce qu'il est. Un amour à un autre niveau.

«Pour ma survie mentale, j'ai essayé d'aller chercher le bon côté des choses. Et quand je regarde mes enfants, quelle richesse! Quel cadeau! Ils sont d'une bonté, d'une générosité, d'un amour, d'une force, tous les quatre... et ça vient de lui et de moi.»

Ce qui donnera à la mort de sa mère un moment bouleversant. Cette femme était aimée de tous, et ça comptait beaucoup de gens, entre autres cet ex-mari pour qui elle était aussi une mère. Autour de son corps, les prières étaient catholiques, juives et musulmanes.

Aux funérailles, dans une église catholique, le prêtre a accepté qu'on chante des versets du Coran. «Tout le monde pleurait, se souvient Danièle Henkel. Et je me suis dit: ça, c'est maman.»

Le deuil de sa mère aura finalement été le seul moment de doute dans la vie de Danièle Henkel, qui confie avoir touché le fond pendant des mois. La douleur est toujours là, mais transformée.

«Je vis pour elle. Pour tout ce qu'elle n'a pas pu vivre. Je fais ce qu'elle aurait rêvé de faire. Chaque geste que je pose, elle est là. Il n'y a pas une journée où je ne prononce pas son nom.»

Finalement, pendant une heure, Danièle Henkel n'a pratiquement pas parlé d'argent, d'affaires, d'entreprises. Elle a plutôt parlé d'amour, de courage, de liberté, de résilience, de passion. Bref, de ces richesses qui ne s'achètent pas.




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