Lisbeth Salander à l'assaut des nationalistes dans Millénium Saga

Hackeuse mutique, Némésis percée comme une poupée vaudou expiant un passé... (CAPTURE D'ÉCRAN)

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Camille BAS-WOHLERT
Agence France-Presse
STOCKHOLM

Hackeuse mutique, Némésis percée comme une poupée vaudou expiant un passé tumultueux, Lisbeth Salander poursuit sa guerre sainte contre les croisés du nationalisme 2.0 dans la BD Millénium Saga, librement inspirée de l'oeuvre de Stieg Larsson.

La série, dont le tome 2 Les nouveaux spartiates vient de sortir en français chez Dupuis, reprend les thèmes fondateurs de la trilogie romanesque originale.

«Ce qui m'intéressait au départ dans les trois premiers romans de Millénium, c'étaient des thématiques que moi j'étudiais ou que j'utilisais déjà dans mes propres récits. C'est ce qui fait que j'ai vraiment accroché à cet univers», explique le scénariste de la BD, le Franco-Belge Sylvain Runberg.

Les violences faites aux femmes, la montée de l'extrême droite, le rôle des médias dans notre société aujourd'hui: «Malheureusement tout ce que Stieg Larsson annonçait, ou ce qu'il pointait comme étant des dangers potentiels pour nos démocraties il y a 15 ans, est en train maintenant de se réaliser», analyse celui qui a signé plus de 70 titres de bande dessinée, dont la série best-seller Orbital.

Dans Les nouveaux spartiates, sorti le 27 octobre et illustré par l'Espagnole Belén Ortega, la hackeuse Lisbeth Salander s'apprête à pirater un important centre de données pour révéler les dossiers embarrassants des services secrets suédois, lorsque l'une de ses acolytes est kidnappée.

Elle demande alors l'aide du reporter Mikael Blomkvist, dont le journal Millenium est au bord du gouffre financier. Lui est en train d'enquêter sur les liens du leader d'un parti d'extrême-droite suédois avec des groupes néonazis.

Des personnages antithétiques

Comme sous la plume de Stieg Larsson, le couple improbable formé par ces deux personnalités aux antipodes est en soi un élément crucial de l'intrigue, entre «un Mikael Blomkvist qui est plutôt légaliste, et (...) une Lisbeth Salander qui, elle, tend plutôt du côté anarchiste et n'hésite pas à briser des règles pour réussir ce qu'elle veut entreprendre».

«Ça crée (...) une originalité dans le récit d'avoir deux personnages que tout oppose sur les moyens d'action mais qui se retrouvent sur les idéaux pour lesquels ils se battent», justifie Sylvain Runberg.

Loin de n'être qu'un simple décor, Stockholm ressort comme un acteur à part entière du scénario croqué par Belén Ortega, jeune dessinatrice qui affiche les mêmes piercings que son héroïne.

«Millénium, c'est un univers très noir, très sombre et très violent alors que la ville de Stockholm est une ville très colorée, très vivante, très agréable à vivre et c'est ce choc-là qui ressort aussi dans les bandes dessinées» au rendu très réaliste, se félicite le scénariste.

L'ombre de Steve Bannon

Il s'est inspiré de la vie politique américaine pour façonner l'un des «méchants» de l'histoire, à la tête de Sparta, un groupuscule nationaliste.

«Quand j'ai commencé à écrire Millénium Saga il y a un peu plus de deux ans, je me suis beaucoup inspiré de quelqu'un qui existe réellement sur la scène politique américaine. C'est Steve Bannon (...). Et en fin de compte j'étais à l'époque loin d'imaginer qu'on allait retrouver ce même Steve Bannon à la Maison-Blanche comme conseiller principal (depuis débarqué, ndlr) de Donald Trump».

Autorisée par les héritiers de Stieg Larsson, mort d'une crise cardiaque en 2004 juste après avoir rendu ses manuscrits, l'oeuvre de Runberg, qui avait adapté les romans originaux en bande dessinée, se distingue de la suite romanesque imaginée par l'écrivain suédois David Lagercrantz, qui a déjà produit deux tomes vendus à plusieurs millions d'exemplaires.

«C'est agréable de voir les récits prendre vie sous différentes formes. Ils sont tellement différents qu'ils se complètent - plutôt que d'être concurrents», assure Joakim Larsson, frère et ayant-droit de Stieg Larsson.

La publication des adaptations romanesques a déchiré les proches de Larsson: son ex-compagne, exclue de sa succession car ils n'étaient pas mariés, y était résolument opposée.

Mais pour Sylvain Runberg, pas de polémique. «Stieg Larsson voulait continuer à faire vivre ses personnages après les trois premiers romans qu'il a écrits. (...) On ne rentre pas en contradiction avec sa volonté d'auteur», assure-t-il.

L'adaptation graphique de Millénium, traduite en 12 langues, et le tome un de Millénium Saga, «Les âmes froides», se sont vendus au total à plus de 160 000 exemplaires, une belle performance dans le secteur de la BD.




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