L'amour aux couleurs de Julie Maroh

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Dans sa dernière oeuvre, Corps sonores, la bédéiste française Julie Maroh a choisi d'ancrer ses histoires dans les rues de Montréal.

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La bédéiste française Julie Maroh a atterri à Montréal en pleine saison des déménagements, en 2013. Elle-même en «plein moment très 1er juillet» à cette période de sa vie, elle a choisi de faire de la métropole le décor de sa nouvelle oeuvre, Corps sonores. Dans laquelle celle qui se décrit comme «lesbienne, queer, féministe et un puzzle bordélique» rend hommage à «un large panel d'identités» et de possibles amoureux qui sont bien plus visibles et assumés au Québec qu'en Europe.

«Vous avez 10 ans d'avance sur nous, en ce qui a trait au féminisme, aux questions de genres et à l'homoparentalité, entre autres. Du moins, c'est ce que j'ai pu observer à titre personnel, chaque fois que je me suis baladée à Montréal», raconte Julie Maroh, à qui l'on doit aussi la BD Le bleu est une couleur chaude, adaptée par Abdellatif Kechiche au cinéma sous le titre de La vie d'Adèle.

«La première fois que j'y ai mis les pieds, en 2011, j'ai fait l'expérience physique de ne plus me sentir constamment sur la défensive, qu'il n'allait rien m'arriver, qu'aucun mec ne m'aborderait sans que je le veuille.»

«En tant qu'Européenne, j'ai ressenti et goûté cette liberté, comme de pouvoir promener un chien à 3 h du matin sans crainte, par exemple», renchérit la trentenaire.

Une touche bien québécoise

La Française a donc choisi d'ancrer ses histoires dans les rues de Montréal, au point de teinter son oeuvre d'un vocabulaire typiquement québécois ici et là. Du coup, ses personnages frenchent, capotent ou sacrent sans accent franchouillard.

Julie Maroh « avoue que l'exercice était difficile». «Coller à une réalité socioculturelle, en gardant les dialogues accessibles à un public francilien qui ne connaît pas le québécois, le tout sans tomber dans les clichés, n'était pas évident.»

Il lui apparaissait néanmoins nécessaire de représenter la métropole jusque dans sa réalité linguistique. Elle a toutefois pu compter sur des amis qui l'ont relue afin de lui permettre de corriger, au besoin, «les expressions ou les différences de langage selon les classes sociales», entre autres.

Corps sonores, de Julie Maroh, Glénat, 288 pages... (PHOTO FOURNIE PAR LA MAISON D’ÉDITION) - image 2.0

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Corps sonores, de Julie Maroh, Glénat, 288 pages

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Saisons des corps et des coeurs

Par tranches de vie allant de trois à 16 planches, Julie Maroh témoigne ainsi de «la diversité et l'universalité de ce qui nous traverse lorsqu'on est attiré par quelqu'un».

Empruntant au cycle des saisons (notamment celles des corps et des coeurs), d'un 1er juillet à un autre, la Française développe ses histoires d'amour dans la «chronologie linéaire de ce qu'est une relation, de la première rencontre à la rupture ou l'épanouissement, en passant par des couples plus installés».

Il est question d'attractions, de doutes, de jalousie, de remises en question, d'affirmation de soi, de mémoire et de besoin de changements. De «contacts» supprimés sur son téléphone intelligent, de triangles amoureux, de sex friends, mais aussi de complicités et de désirs qui durent. Autant d'émotions vécues par des femmes et des hommes de tous les horizons identitaires et de tous les âges.

«Je m'en voudrais de ne pas prêter attention aux problèmes de représentation des minorités genrées, sexuelles, ethniques, sociales, etc.»

Ce qui l'intéresse, justement, c'est ce «no man's land en perpétuelle mouvance entre l'intime et le collectif, les envies et les responsabilités». D'où les velléités politiques qui s'inscrivent entre les cases de ses bandes dessinées.

Quand on lui demande si elle écrit afin de permettre à celles et à ceux qui sont encore souvent marginalisés de se reconnaître dans ses oeuvres ou plutôt dans l'espoir d'ouvrir les esprits des autres à toutes ces réalités, l'artiste répond: «Quand j'écris, seuls les personnages existent, leur réalité, comment les comprendre et les retranscrire. Si quiconque s'y reconnaît, s'identifie, ressent de l'empathie, se remet en question, j'estime que mon travail narratif est accompli.» 

Elle ne cache néanmoins pas qu'elle «aime participer à éveiller les consciences», mais à sa manière, c'est-à-dire «à coups de points d'interrogation, pas de réponses définies».

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Corps sonores. Julie Maroh. Glénat. 288 pages.




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