Réjean Ducharme: des adieux de partout

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Robert Charlebois

Photo Edouard Plante-Fréchette, Archives La Presse

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La Presse

Le milieu artistique est en deuil de l'écrivain Réjean Ducharme, et pour certains, d'un ami. Voici quelques hommages et témoignages.

Robert Charlebois, auteur-compositeur-interprète (sur Facebook)

Le silence est d'or

Dors Réjean, dors

Depuis qu't'a plume s'est envolée

On n'a plus mots à piétiner

Dans l'Avalée des Avalés

Ta plume d'argent

Va continuer à réchauffer

L'Hiver de force des Enfantômes.

Tendresse et amitié

Robert

Marie Tifo, comédienne

«J'ai joué dans une pièce de Ducharme pour la première fois en 1977, à Québec, dans Le Cid maghané. Je ne l'ai jamais rencontré, mais d'une façon, je le connais profondément, ayant incarné tellement de ses personnages. Il est venu sur le tournage des Bons débarras, on voyait sa Duster beige au loin, il faisait un appel de phares et sa femme Claire allait le rejoindre. Le scénario de ce film était exceptionnel, tout était écrit, il y avait de la poésie dans chaque description. Quand je l'ai reçu, j'étais abasourdie par ce que je lisais. On voyait que c'était plein, que ce n'était pas une ébauche. Pendant le tournage, on sentait d'ailleurs qu'il se passait quelque chose d'important.»

Micheline Lachance, écrivaine

«On s'est connus à Québec-Presse, il était correcteur d'épreuves. Au milieu des années 80, il a aussi été correcteur au magazine Allure. Il fallait que personne d'autre ne le voie, il travaillait dans mon bureau. Il était très drôle. Il me revient toutes sortes de souvenirs. Quand nous étions chez lui et que ça sonnait, il se sauvait par la porte d'en arrière. C'était dans sa nature. Sa mère disait que même jeune, les autres enfants se tenaient loin de lui. Il était brillant, il lisait tout le temps. Il lisait tout ce qui s'écrivait sur lui. Lorsqu'il a fait une exposition de ses Trophoux, nous étions dans ma voiture, il voulait voir qui entrait et qui sortait pour savoir qui de ses amis allaient être là. Il aimait les gens quand même, mais il ne voulait pas être confronté à eux. [...] Il disait toujours: "Je sortirai de l'ombre quand je serai satisfait de mon oeuvre", mais il trouvait qu'elle n'était pas à la hauteur de ce à quoi il aspirait. Je suis fière qu'il ait été mon ami.»

Patrice Michaud... (PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, Archives LA PRESSE) - image 2.0

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Patrice Michaud

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, Archives LA PRESSE

Patrice Michaud, auteur-compositeur-interprète

«J'ai découvert l'oeuvre de Réjean Ducharme dans mes cours de littérature à l'Université Laval, et j'y suis toujours revenu. Son livre Va savoir, qui est mon préféré, m'a accompagné en voyage. Un jour, j'ai relu cette phrase de lui que je connaissais déjà, "Car l'amour ce n'est pas quelque chose, c'est quelque part", du roman Le nez qui voque. J'étais en train d'écrire la chanson Kamikaze, et c'est devenu la phrase capitaine de la pièce. Je ne voulais pas l'utiliser sans avoir son autorisation. Je lui ai envoyé une lettre dans laquelle je lui expliquais mon rapport à son oeuvre, et j'ai eu son accord par l'entremise de Gallimard. Que cette chanson soit devenue un succès pop, qu'elle ait tant tourné, j'en suis fier. Ducharme a écrit des chansons pour Charlebois, et c'est particulier de penser que d'une certaine manière, je suis le dernier à l'avoir chanté.»

Monique Proulx, écrivaine

«Pour moi, il est absolument immortel. Je ne connaissais pas sa personne, mais je continue de croire qu'il est toujours vivant. L'influence qu'il a eue, la magie de son art, une telle qualité, d'une telle ampleur... Pour moi, il a vraiment été l'auteur qui a fait que j'ai écrit. C'était très fort pour moi, comme première expérience, à 16 ans, quand je l'ai lu. J'ai compris qu'on pouvait écrire de cette façon-là tout en étant Québécois. Cette érudition, cet humour, cet amalgame de tous les niveaux de langue, c'était comme une porte ouverte qui voulait dire: "Va! Écris! Tu es digne d'écrire!" J'étais en état de magie. Il a été un maître, avec en plus cette aura de l'éternel "enfantôme" qui ne jouait pas le jeu du personnage public. J'ai même deux Trophoux de Roch Plante. Sa mort est étrange, mais est-ce qu'il est vraiment parti ? Je souhaite que sa disparition physique renouvelle l'engouement pour son oeuvre.»

Larry Tremblay, romancier et dramaturge

«J'ai toujours considéré Réjean Ducharme comme un des plus grands auteurs du XXe siècle. Il a un rapport aux mots qui me fascine. Il avait une si grande maîtrise de la langue, c'est comme s'il avait joué de tous les instruments d'un orchestre à lui tout seul. Réjean Ducharme a parlé du mal-être, d'une douleur presque métaphysique d'exister, mais en camouflant ça derrière le ludique et l'enfance. Il a conquis une foule de lecteurs, dont plusieurs sont devenus écrivains. À moi, il a montré qu'on peut faire tout ce qu'on veut avec les mots, peu importe la forme.»

Marie-Claire Blais... (Photo David Boily, archives La Presse) - image 3.0

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Marie-Claire Blais

Photo David Boily, archives La Presse

Marie-Claire Blais, écrivaine

«Je suis dévastée par la mort de Réjean. Nous perdons avec la disparition de Réjean Ducharme un immense talent, un génie puissant et novateur. Je regrette seulement que la grande affection solidaire qui nous liait dans les années 70 fut interrompue soudain comme le sont parfois les grandes amitiés avec l'espoir de se retrouver plus tard. Maintenant, la perte de cet être unique me semble plus douloureuse encore, comme lorsque l'on perd un ami deux fois.»

Lorraine Pintal, directrice du Théâtre du Nouveau Monde

«Lorsqu'on met à l'affiche une oeuvre de Réjean Ducharme au TNM, la salle est toujours pleine. Ducharme et le TNM, c'est un mariage heureux qui remonte aux premières mises en scène de Jean-Pierre Ronfard à la fin des années 70, dont la création de HA ha!... au TNM avec Gilles Renaud, Robert Gravel, Sophie Clément et Jocelyne Goyette. Jean-Pierre a été le passeur de Ducharme au théâtre. En 2002, après la production de L'hiver de force au TNM, on a été jouer l'adaptation de ce roman au Théâtre de L'Odéon à Paris; la réaction du public était euphorique. Les Français ont un amour inconsidéré pour l'auteur de L'avalée des avalés. [...] Il avait une lucidité effarante, mais aussi un humour féroce pour faire passer la pilule du désespoir. Aujourd'hui, il y a plusieurs enfants de Ducharme, je pense entre autres à Gaétan Soucy ou à Simon Boulerice. Et ces écrivains ne cachent pas leur influence. Ils sont fiers de dire que Ducharme les a inspirés.»

Tristan Malavoy, éditeur et auteur

«L'oeuvre de Ducharme touche en profondeur, car chaque lecteur a l'impression qu'au moins une phrase a été écrite juste pour lui. Son influence sur les écrivains québécois est claire, on a pu la reconnaître encore récemment dans le premier roman de Stéphanie Boulay, je la vois aussi chez Olivia Tapiero. Comme auteur, il m'a montré que j'avais le droit de développer un ton à moi, une audace stylistique. Réjean Ducharme occupe une place unique dans notre littérature, son oeuvre est à part et le restera. C'est une chose rare, qu'il ait touché autant tout en étant autant absent de l'espace public. Dans le fond il disait: le meilleur de ce que je suis est dans mes livres", et ça signifie quelque chose, encore plus particulièrement à notre époque.»

Anne-Marie Cadieux... (PHOTO YVES RENAUD, FOURNIE PAR LE TNM) - image 4.0

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Anne-Marie Cadieux

PHOTO YVES RENAUD, FOURNIE PAR LE TNM

Anne-Marie Cadieux, comédienne

«Le legs de Réjean Ducharme est immense! Au théâtre, j'ai eu la chance de jouer ses personnages à deux reprises, dans HA ha!... et L'hiver de force. Ses personnages sont excessifs, absolus, et les jouer représente quelque chose d'extrêmement jouissif pour une interprète. Avec Ducharme, le désespoir profond côtoie une grande vitalité. C'est ludique, on joue toujours avec les mots. Cet auteur a aussi une façon unique de parler du Québec. Entre la dérision et le pathétisme. C'est une ode à pureté de l'enfance et au refus du conformisme du monde adulte.»

Markita Boies, comédienne

«Je suis sous le choc! Ce matin, j'ai été présenter le spectacle que je ferai avec Martin Faucher [en septembre au Festival international de la littérature] à partir d'un ouvrage inédit de Ducharme: Lactume. En revenant chez moi après la conférence de presse, j'apprends sa mort à la radio. À la première de La fille de Christophe Colomb, en 1994, au Théâtre d'Aujourd'hui, j'ai reçu deux bouquets identiques dans ma loge, avec un court message signé Réjean Ducharme: «S.V.P., amusez-vous! Merci beaucoup.» Pour moi, Ducharme, par-delà le génie, la poésie, l'absurdité, c'est surtout l'humour. C'est un auteur très drôle, très sensible et lucide. Une détresse lucide.»

Martin Faucher, directeur du festival TransAmériques

«1987, 1988, Suzanne Lemoine, Benoit Vermeulen et moi, nous lisions tout, tout, tout de Réjean Ducharme, romans, théâtre, paroles de chanson, pour ce qui allait devenir À quelle heure on meurt?, la plus belle matière littéraire que j'ai travaillée au théâtre. Presque 30 ans plus tard, je peux citer des phrases entières de Ducharme et être ému. C'était et c'est tellement beau. Tellement. Tellement. Tellement. Ducharme, c'est Montréal et le Québec qui clament au monde entier des mots, des sensations qui n'appartiennent qu'à nous.»

Charlotte Laurier... (Photo archives La Presse) - image 5.0

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Charlotte Laurier

Photo archives La Presse

Charlotte Laurier, comédienne (sur Facebook)

«Je suis sous le choc, je parlais de lui aujourd'hui même à un jeune Français et je lui racontais qu'il avait été le premier auteur québécois à être publié chez Gallimard. Ducharme, c'est mon père spirituel. Il m'a donné la parole et la colère pour me défendre toute jeune déjà. C'est rare, un rôle qui marque à ce point. C'est comme s'il avait joué avec mon ADN. Après toutes ces années, je me suis construite, et la chose la plus belle, c'est de se sortir de cette colère. Heureusement, j'ai rencontré Claire, sa compagne, qui m'avait dit des mots tendres de la part de Réjean. Les bons débarras reste le plus grand film dans lequel j'ai joué, et cette intensité, je l'ai toujours recherchée dans le jeu.»

Michel Tremblay, écrivain (sur Facebook)

«Un génie nous quitte. Une perte inestimable. Réjean Ducharme était le plus grand. Immense tristesse.»

Monique Spaziani, comédienne

«Je suis en vacances aux Îles-de-la-Madeleine. Ici, il fait soleil et je vais aller régler ça avec la mer. [...] La seule fois que je l'ai croisé, je me cachais pour ne pas qu'il me voie le voir. J'ai toujours respecté scrupuleusement son désir d'intimité et d'anonymat. [...] J'ai revu Les beaux souvenirs récemment et c'est là que j'ai véritablement entendu la voix de Réjean Ducharme. Il était en train de se transformer quand il a écrit le scénario. C'est un texte magnifique.»




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