Quand la poésie rencontre le métal

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Mario Cloutier

Un projet fou. De la poésie, de la musique métal. Des spectacles, un disque vinyle, des vidéoclips. Pourquoi pas, tant qu'il y a mots dits.

Les poètes ne font rien comme les autres et c'est tant mieux. Les métalleux non plus. Avec P.O.M.M.E. (Poésie Oralité Métal Musique Écrit), on pourrait croire à une rencontre improbable, mais on se retrouve vite devant un mariage heureux depuis 2012.

« On s'en allait dans un Insta-Chèques du boulevard Charest à Québec quand Bertrand [Laverdure] m'a dit qu'il rêvait de faire un spectacle de poésie avec de grosses guitares. Je lui ai répondu de le faire et que je m'occuperais des demandes de subventions en tant que Rhizome producteur de spectacles littéraires », raconte Simon Dumas. 

Vétéran du métal en français au Québec, le groupe Anonymus a tout de suite embarqué dans le projet. Un premier spectacle a été monté en 2012 lors du Mois de la poésie à Québec. Avec cinq poètes - Bertrand Laverdure, Roger Des Roches, Erika Soucy, Benoit Jutras et Thierry Dimanche - qui ont écrit chacun deux textes. 

« J'avais entièrement confiance, en choisissant les poètes, que cela irait bien », explique Bertrand Laverdure, poète et directeur artistique. 

« [Les poètes choisis] avaient tous dans leur écriture quelque chose de l'univers métal : sombre, mélancolique ou violent. Avec une espèce de complexité lexicale qui va avec la complexité compositionnelle du métal. »

Des complexes, il y en avait quelques-uns chez les poètes au début de l'aventure.

« C'était angoissant, au début, dans la mesure où on rencontrait les membres du band, note Benoit Jutras. Est-ce qu'il faut chanter, dire, ou aller entre les deux ? On est habitués à lire, c'est autre chose avec la musique. On varie d'une zone à l'autre et c'est ce qui fait la richesse du projet, à mon avis. »

« Au départ, se rappelle Roger Des Roches, je croyais qu'ils prendraient nos textes pour les chanter. Dans le local de répétition, on m'a dit : "C'est là que t'embarques." J'ai dit : "No way", mais finalement je l'ai fait. » 

« Ça faisait mon affaire, glisse Simon Dumas, parce que je préfère que ce soit les poètes qui montent sur scène. C'est encore mieux quand ça dérange fortement leurs habitudes scéniques ou de création. » 

« En même temps, les membres d'Anonymus ont été des directeurs musicaux très clairs, très simples, ce qui m'a permis d'aller dans la bonne direction », ajoute Erika Soucy. 

Amateurs de musique

Ces « maudits » poètes sont quand même tous des amateurs de musique. 

« J'ai lu le texte, raconte Benoit Jutras, et Jeff Fortin a mis une pièce plus atmosphérique, qui casse avec l'esthétique musicale habituelle du groupe. C'est comme du shoegaze très planant, mais corrosif en même temps. » 

Roger Des Roches avoue ne pas avoir réussi à penser en 4/4, mais Erika Soucy, ci-devant copine de métalleux, y est arrivée. 

« J'ai donc proposé un 3/4, intervient Bertrand Laverdure, habitué de musique sous toutes ses formes. On va faire un "boléro métal" et c'est ainsi que les choses se sont rapidement conclues avec le groupe. Ce sont des musiciens aguerris. »

Écriture rock

Personne ne pense avoir vendu son âme au diable en écrivant pour un groupe métal. Mais au rock, peut-être un peu. 

« C'est pas de la musique pop, dit Bertrand Laverdure. Ce sont des musiques et des paroles de contestation. Les poètes travaillent leurs zones d'ombre avec de l'argile sombre. »

« Nos derniers livres, Benoit, Erika et moi, résume Roger Des Roches, ce sont des propos assez durs. Ce sont mes deux premiers poèmes "politiques", dans le sens social du terme. »

« Quand je dis "vous" dans mon texte, poursuit Benoit Jutras, je me vois contre ce vous-là, c'est le social que j'attaque et la sanctification du vide. »

« C'est ça qui est intéressant, note Erika Soucy. Dans un cadre complètement différent de ce qu'on a l'habitude de faire, on a été capables d'injecter quelque chose de personnel. » 

Vendre son âme

« Je pense qu'on a tous vendu notre âme au rock depuis longtemps, croit Bertrand Laverdure. Quand on le fait en spectacle, c'est une nuit métal de la poésie. Il y a ceux du projet et on invite d'autres poètes de la ville où on se trouve. Ça devient une réappropriation collective de la poésie. »

« À Sudbury, ville métallurgique, on était au Salon du livre. Et les gens dansaient sur du métal même s'il était évident que plusieurs d'entre eux n'en avaient jamais entendu », conclut Simon Dumas.

Le vinyle P.O.M.M.E. est en vente à Montréal à la librairie Port de tête et à La Boîte à son. Il y aura un lancement à Québec le 8 mars dans le cadre du Mois de la poésie et un spectacle dans le cadre du Festival de la poésie de Montréal, en juin prochain.




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