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Littérature ésotérique: la chute des ventes n'avait pas été prédite

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Les astrologues prétendent pouvoir lire l'avenir dans les planètes, mais ils ne semblent pas avoir prévu la chute draconienne des ventes de livres d'horoscopes en librairie.

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Longtemps générateurs de ventes astronomiques en librairie, les livres de prédictions annuelles sont en chute libre, même si leur contenu est toujours aussi populaire sur l'internet.

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Avec Anne-Marie Chalifoux (absente de la photo), Jacqueline Aubry, Alexandre Aubry et Ginette Blais font partie des astrologues les plus connus au Québec. 

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Au tournant des années 2000, un club sélect d'astrologues « faisait de l'or » avec ses horoscopes. Ils vendaient des dizaines de milliers d'exemplaires de leurs livres et comptaient sur des contrats dans les médias pour s'assurer un avenir prometteur. Depuis quelques années, l'alignement des astres ne leur est toutefois plus favorable.

Jacqueline Aubry a publié son premier horoscope en 1981. Quoiqu'elle ne soit pas l'auteure qui génère le plus de ventes au Québec, elle est la doyenne des astrologues de notre petit univers. «J'ai fait de l'or avec mes prédictions, se rappelle-t-elle. Pendant plusieurs années, j'avais un livre annuel et un horoscope quotidien dans une radio commerciale. L'arrivée de l'internet a toutefois tout chamboulé. Les ventes se sont littéralement effondrées.»

À 66 ans, elle a connu « l'âge d'or de l'astrologie » et traverse maintenant tant bien que mal cette nouvelle époque plus austère. Avec son fils Alexandre, elle coécrit toujours un horoscope annuel, mais mise désormais sur son site internet pour faire la promotion de ses services et vendre des consultations privées.

«Ma mère a pu bénéficier des belles années. Avec son livre et ses contrats, elle générait un revenu annuel supérieur à 60 000$. Aujourd'hui, nos prédictions annuelles nous rapportent environ 6000 $ chacun, et notre site internet génère juste assez de revenus pour payer un maigre salaire à mon oncle, qui s'occupe de la mise en ligne », explique Alexandre Aubry, qui a appris à écrire des horoscopes à coup de séances privées, le dimanche, avec sa mère.

BEAUCOUP DE TRAVAIL POUR PEU DE REVENUS

Dans le monde de l'astrologie, Ginette Blais est la nouvelle étoile montante. Chaque année, elle vend près de 15 000 exemplaires de son horoscope annuel dans les librairies du Québec, en plus d'être lue chaque semaine par les lecteurs du journal Métro et suivie par près de 2,5 millions de personnes sur le portail web Sympatico. Des statistiques qui feraient rougir d'envie n'importe quel écrivain.

«Mais ça reste tellement sous-payé ! Je fais aussi d'autres piges en correction et en traduction, en plus d'avoir des contrats pour écrire un horoscope jeunesse pour le site internet de VRAK», a-t-elle expliqué à Jacqueline et Alexandre Aubry lorsque La Presse les a réunis au Cosmodôme de Laval pour une séance photo.

Les astrologues ont mauvaise presse, conviennent-ils. Les sceptiques sont nombreux, mais, malgré tout, leurs rubriques sur le web sont toujours abondamment lues. Qu'on y croie ou non, force est de constater qu'il faut un travail colossal pour publier chaque année 500 pages de prédictions.

«Je dois d'abord monter les cartes du ciel pour tous les signes du zodiaque. C'est deux mois de travail intensif.»

Ginette Blais

«Quand c'est terminé, je fais des révolutions luminaires pour chacun des mois, en tenant compte des éclipses et des rétrogrades, mais aussi en me rappelant ce qui peut se passer sur le plan du cosmos», résume Ginette Blais de façon assez ésotérique.

«C'EST UNE QUESTION DE MODE»

Anne-Marie Chalifoux est l'astrologue la plus connue - et la plus vendue! - au Québec. Malgré sa popularité, elle ne vit pas exclusivement de ses prédictions.

«La vente de l'horoscope annuel a périclité de façon incroyable. Les intérêts changent. Actuellement, les gens sont fascinés par la cuisine et les livres de recettes», analyse celle qui vend bon an, mal an près de 60 000 exemplaires de ses horoscopes mini-format, qui font la synthèse d'une année pour chaque signe du zodiaque, vendu séparément.

L'astrologue préférée des Québécois - qui refuse depuis des années de se faire prendre en photo - analyse bien l'état de la situation, selon les plus récentes statistiques publiées par la Société de gestion de la banque de titres de langue française (BTLF), fondées sur la base de données Gaspard.

Entre l'été 2014 et 2015, l'industrie du livre a vu ses ventes diminuer de 1,5 %. Toutefois, lorsqu'on divise le marché en catégories, les ventes du genre littéraire «vie pratique» - qui réunit les livres de recettes, de santé et de mieux-être - ont augmenté de 11 %. Une tendance à contre-courant des horoscopes.

Selon Patrick Petitclerc, gérant au siège social des librairies Archambault, à Montréal, l'offre en livres ésotériques s'est beaucoup diversifiée au cours des dernières années.

«Les ventes se font maintenant sur un éventail de livres plus grand. Les sujets qui cartonnaient à une certaine époque (anges, cristaux et rêves, par exemple) ne se démarquent plus», explique-t-il.

«Des niches très précises se sont développées au cours des dernières années : réalités alternatives, reprogrammation de l'ADN par la pensée, etc.»

Patrick Petitclerc
gérant au siège social des librairies Archambault

Entre-temps, la relève astrologique se creuse la tête afin de trouver une niche dans un marché en perdition.

«Tout ce que je fais dans les médias, y compris mon site internet, se fait maintenant de façon bénévole, résume Alexandre Aubry. Tout est une question de publicité maintenant. Il faut vraiment avoir des trucs intéressants à vendre pour que les gens nous amènent un peu d'eau au moulin. »

LA PETITE HISTOIRE DE NOS ASTROLOGUES

Au tournant des années 2000, un club sélect d'astrologues «faisait de l'or» avec ses horoscopes. Ils vendaient des dizaines de milliers de copies de leurs livres et comptaient sur des contrats dans les médias pour s'assurer un avenir prometteur. Depuis quelques années, l'alignement des astres ne leur est toutefois plus favorable.

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Alexandre Aubry 

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ALEXANDRE AUBRY

Âge: 44 ans

En librairie: Horoscope 2016 - Que les astres vous soient favorables, coécrit avec sa mère Jacqueline, aux éditions Québec-livres.

Prix de vente: 19,95 $.

Premier horoscope publié: 2008

SES PREMIERS PAS EN ASTROLOGIE 

Alexandre Aubry, fils de Jacqueline, était destiné à devenir astrologue. Mais ce n'est qu'à l'âge de 31 ans, après avoir fait des études en art dramatique, qu'il a décidé de lire à son tour ce que les planètes avaient à dire sur l'avenir. « J'étais devenu graphiste pour une entreprise qui faisait de la publicité et je m'ennuyais à mourir. En lisant un livre ésotérique, pendant mes temps libres, je suis tombé sur un charlatan. Quand j'ai remarqué qu'il écrivait de la foutaise, j'ai parlé à ma mère pour lui dire que je voulais faire de l'astrologie, afin d'offrir en contrepartie une expérience crédible. Elle m'a regardé et m'a dit : "Il était temps !" », dit-il en riant.

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Ginette Blais 

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GINETTE BLAIS

Âge: 60 ans

En librairie: Horoscope 2016 aux éditions La Semaine.

Prix de vente: 19,95 $.

Premier horoscope publié: 2002

SES PREMIERS PAS EN ASTROLOGIE 

Ginette Blais affirme avoir pris connaissance toute jeune de son désir d'aider les autres. «À ce moment-là, je n'avais pas la conscience de l'univers, du cosmos et de l'appel. Tout ce que je savais, c'est que je saisissais les émotions des gens et que je voulais les aider», dit-elle d'un ton emphatique. Dans la vingtaine, elle a suivi des cours en astrologie, mais son manque d'expérience l'a rattrapée. «J'étais bonne pour dessiner les cartes du ciel, mais ma professeure m'a suggéré d'aller vivre un peu pour me faire une expérience de vie», raconte-t-elle. C'est finalement en 2002, à l'âge de 47 ans, qu'elle a publié son premier livre. «Je tente depuis de guider les personnes pour les amener plus haut, plus loin», résume-t-elle.

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Jacqueline Aubry 

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JACQUELINE AUBRY

Âge: 66 ans

En librairie: Horoscope 2016 - Que les astres vous soient favorables, coécrit avec son fils Alexandre, aux éditions Québec-livres.

Prix de vente : 19,95 $.

Premier horoscope publié: 1981

SES PREMIERS PAS EN ASTROLOGIE 

Jacqueline Aubry est dans le paysage de l'astrologie depuis toujours, ou presque. «Ça fait tellement longtemps que les nouveaux auteurs copient mes anciens livres», dit-elle, en riant jaune. Dès l'âge de 14 ans, elle a délaissé les romans, qu'elle trouvait «plates», pour lire sur les étoiles et l'astrologie. «Jeune adulte, j'ai marié un comptable agréé qui faisait de l'astrologie comme passe-temps. Il m'a tout appris», se rappelle-t-elle. Quelques années plus tard, alors qu'elle était écrivaine fantôme pour un livre d'astrologie chinoise, son éditeur la remarque. «Il m'a dit "Tu écris bien, tu écris vite, veux-tu écrire pour moi ?" C'est comme ça que tout a commencé», dit-elle.

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Anne Marie Chalifoux 

Photo fournie par Anne-Marie Chalifoux

ANNE-MARIE CHALIFOUX

Âge: n.d.

En librairie: Horoscope 2016 aux éditions Publistar.

Prix de vente: 24,95 $.

Premier horoscope publié: 1983

SES PREMIERS PAS EN ASTROLOGIE

Pendant son adolescence, Anne-Marie Chalifoux ne croyait pas aux prédictions des astrologues. «Je pensais qu'ils étaient des criminels qui abusaient de la crédulité des gens», se rappelle-t-elle. Étudiante en science, elle a donc décidé de lire sur l'astrologie, de suivre des cours et de se bâtir un argumentaire contre «ces charlatans». Or, à force d'étudier, elle s'est mise elle-même à y croire. «Il y a certains arguments que je ne pouvais pas démolir. Par exemple, si la Lune peut soulever des marées, l'être humain ne peut pas être complètement perméable à ça. Notre corps est en bonne partie fait d'eau!», croit-elle fermement.

UN MARCHÉ EN DÉCROISSANCE

Les astrologues prédisent beaucoup de choses, mais ils n'avaient pas prévu la chute brutale de l'intérêt des Québécois pour les horoscopes annuels en librairie. La Presse a demandé à la Banque de titres de langue française (BTLF), une société de gestion qui analyse l'industrie du livre, de nous expliquer l'évolution du marché ésotérique en comparaison avec les autres genres littéraires.«L'ésotérisme est en chute libre, mais ce n'est pas dramatique pour les libraires puisque cette catégorie ne représente que moins de 1 % des parts de marché, explique Christian Reeves, directeur des ventes de la BTLF. Si on avait observé cette même décroissance pour la littérature, la situation serait tout autre. Mais pour le secteur comme tel, c'est catastrophique.»

ÉVOLUTION DU MARCHÉ QUÉBÉCOIS DU LIVRE DE 2012 ET 2014

Ésotérisme: -23,4 % (part de marché : 0,9 %)

Littérature: -4,7 % (part de marché : 25,9 %)

Vie pratique: +3,5 % (part de marché : 13,5 %)

Marché global: -1,3 % (toutes catégories confondues)

Méthodologie : ventes aux caisses de 70 points de vente, marché de la librairie seulement, pour les années 2012, 2013 et 2014.

ANALYSE DE CHRISTIAN REEVES, DIRECTEUR DES VENTES POUR LA SOCIÉTÉ DE GESTION DE LA BTLF:

«L'ésotérisme est en chute libre, mais ce n'est pas dramatique pour les libraires puisque cette catégorie ne représente que moins de 1 % des parts de marché. Si on avait observé cette même décroissance pour la littérature, la situation serait tout autre. Mais pour le secteur comme tel, c'est catastrophique. Disons qu'il ne doit plus rester beaucoup de librairies spécialisées en ésotérisme sur le marché.»

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