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Et au pire, on se mariera: les amours interdites

Dans Et au pire, on se mariera, Sophie... (Photo: Robert Skinner, La Presse)

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Dans Et au pire, on se mariera, Sophie Bienvenu n'a rien censuré, bien qu'elle fasse parler une fille de 13 ans.

Photo: Robert Skinner, La Presse

Dans la peau d'une adolescente de 13 ans folle amoureuse d'un homme ayant le double de son âge, Sophie Bienvenu signe un premier roman crève-coeur qui nous hante longtemps après l'avoir terminé. Qui se souvient de la violence des premiers émois?

Cela fait 10 ans que Sophie Bienvenu a choisi le Québec, et plus précisément Montréal, comme nouvelle patrie. Française d'origine, c'est l'amour pour un Québécois qui lui a fait changer de pays. Cet amour a connu une fin, mais pas son attachement pour le Québec, qu'elle ne pourrait plus quitter, pas même pour un homme, dit-elle.

C'est d'ailleurs aux «hommes de sa vie» qu'elle dédie Et au pire, on se mariera. «Parce que le roman est teinté des hommes de ma vie, qui la peuplent ou l'ont peuplée, papa, amoureux, amants... Je trouvais que c'était un bel hommage ou une marque de reconnaissance, ou, selon le cas, une belle écorchure.»

Et des écorchures, il y en a dans ce récit, écrit entièrement du point de vue d'Aïcha, 13 ans, qui se confie, on ne sait trop, à une psychologue ou une policière, dans un long monologue. Aïcha n'est peut-être que cela, la blessure incarnée, mais c'est justement parce qu'elle ne comprend pas sa souffrance que ce monologue est bouleversant et criant de vérité. «À cet âge-là, on a la peau à vif, note Sophie Bienvenu. En fait, on n'a pas de peau!»

On retrouve dans le discours d'Aïcha les maladresses, les évitements, les sautes d'humeur, la naïveté, la fabulation et la franchise assez crue de l'adolescence. Sophie Bienvenu l'avoue, elle s'est placée dans un état de souffrance pendant les six mois d'écriture de son livre, un état qui a été «facilité», en quelque sorte, par une fausse-couche à cinq mois de grossesse. «C'était un moment douloureux dans ma vie, mais Aïcha est quelqu'un qui souffre en permanence. C'est pour ça que cela a été facile à écrire. Elle m'habitait et je l'habitais.»

Et au pire, on se mariera est un premier roman pour adultes, dans lequel Sophie Bienvenu n'a rien censuré, bien qu'elle fasse parler une fille de 13 ans. Au contraire de sa série jeunesse (k), destinée aux adolescentes, dans laquelle elle doit normalement pratiquer l'autocensure, mais pas très loin, par l'humour, de Lucie le chien, son blogue qui a fait l'objet d'une publication. Une liberté qu'elle savoure, mais qui pourra en faire sourciller plus d'un tant le sujet est délicat. Elle écrit dans la présentation de son livre: «Quelqu'un lira dans Et au pire, on se mariera l'histoire d'une mésadaptée socioaffective, un autre y verra un message social... peut-être un dernier m'accusera de faire l'apologie de la pédophilie. L'un de ceux-là aura raison. Mais comme le manichéisme m'énerve, je ne vous dirai pas lequel.»

C'est qu'Aïcha n'est pas troublée pour rien. Son beau-père algérien, qu'elle adorait, l'aimait d'un peu trop près, et elle ne pardonne pas à sa mère de l'avoir jeté à la porte. Elle espère toujours qu'il reviendra la chercher, regrette d'être blonde plutôt que brune, cherche son identité. Elle n'a pas vraiment d'amies, sauf deux prostitués travestis du Centre-Sud miteux qu'elle habite. Lorsqu'elle rencontre Baz, un gars beaucoup plus vieux qu'elle, c'est le coup de foudre. Le vrai, le fort, celui qui fait mal. Baz veut aider cette fille qui semble perdue, mais elle désire bien plus de lui, et elle est prête à tout pour l'obtenir. Succombera-t-il? Et si oui, est-ce que cela est mal? On ne vous révélera pas le punch, mais la tragédie, car c'en est une, n'est pas celle que l'on imagine.

Zones grises

Sophie Bienvenu admet «marcher sur des oeufs» lorsqu'elle aborde le sujet. «Je n'aime pas trop le noir et le blanc, dit-elle. Je trouve que dans beaucoup de cas, il y a des zones grises. J'avais envie de raconter une histoire où les gens vont toucher ces zones grises, et vont peut-être voir du gris dans leur noir et blanc. Je ne voulais pas choquer, car choquer pousse les gens dans leurs derniers retranchements, ils ne veulent plus rien savoir. Mais oui, je voulais déranger.»

Et oui, cela a dérangé son entourage à qui elle a fait lire le manuscrit. «J'ai un ami qui m'a dit: «Je ne veux pas lire tes saloperies», raconte-t-elle. Un autre ami m'a fait un beau compliment en me disant: «C'est l'érection la plus désagréable que j'ai eue de ma vie». C'est plus fort que de l'embarras, je crois, ça t'apporte un goût de merde dans la bouche, mais c'est comme ça qu'Aïcha est censée se sentir, et Baz aussi. Quelque part, je recherchais ce sentiment-là. Et pour moi, c'est ça, l'art. Ça doit donner des sentiments, des sensations.»

Quant à la réaction publique à son livre, Sophie Bienvenu ne s'inquiète pas trop. «À la base, c'est un roman d'amour. Mais c'est un amour qui dérange. Je crois qu'on peut se reconnaître là-dedans parce que tout le monde a déjà été en amour avec quelqu'un qu'il n'a pas le droit d'aimer. Le chum de ta meilleure amie, la soeur de ta blonde, un gars marié... Enfin, même si je me prononce sur ces questions, je veux que ça reste une histoire, un personnage inventé. J'espère que les gens vont lire le livre comme ça. Mais comme Aïcha et moi partageons la même opinion sur les gens en général, j'ai des doutes.»

Alors, êtes-vous prêts à entendre Aïcha?




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