Le FIMAV inspire, persiste et signe

Erwan Keravec (qui se produira au FIMAV samedi)... (Photo Atelier Chévara, fournie par le FIMAV)

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Erwan Keravec (qui se produira au FIMAV samedi) s'applique depuis au moins 10 ans à mener la cornemuse sur le champ des musiques contemporaines et improvisées.

Photo Atelier Chévara, fournie par le FIMAV

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Source d'inspiration pour tant d'événements consacrés à la musique actuelle, à commencer par le festival Big Ears qui s'est tenu en mars dernier au Tennessee, le Festival international de musique actuelle de Victoriaville (FIMAV) garde le cap en s'efforçant de présenter une vingtaine de programmes exclusifs à compter d'aujourd'hui.

Avec des exclusivités comme cette sélection de musiciens japonais, ces retours de pointures issues de la grande famille «actuelle» comme le Rova Saxophone Quartet et le contrebassiste William Parker, ou encore cet hommage rendu au compositeur québécois Walter Boudreau, le FIMAV compte de nouveau attirer sa clientèle venue de partout dans le nord-est du continent.

Le FIMAV s'affirme également comme tête de réseau, car deux minicongrès s'y tiennent cette année. Primo, le Réseau canadien pour les musiques nouvelles aura pour invité spécial le multi-instrumentiste et compositeur allemand Heiner Goebbels, qui a été parmi les têtes d'affiche des premières éditions du FIMAV dans les années 80.

Secundo, Cartel se déplacera à Victo demain et vendredi pour y tenir sa conférence internationale destinée aux diffuseurs et directeurs artistiques spécialisés dans les musiques nouvelles, organisée par l'organisation montréalaise Le Vivier de concert avec le Huddersfield Contemporary Music Festival, le centre national du Danemark pour la musique contemporaine, la musique expérimentale et l'art sonore et REDCAT, de Los Angeles.

Des émules au Tennessee

Le FIMAV a été l'un des pionniers du genre sur le continent. Aujourd'hui, des événements comme MusicNow à Cincinnati ou les Suoni per il Popolo offrent des programmations relativement comparables. C'est sans compter Big Ears, qui se tient annuellement à Knoxville, petite ville située dans la partie occidentale du Tennessee.

Ce happening s'impose comme le plus considérable de tous les festivals nord-américains de ce type, en matière de moyens et de programmes (91). S'y côtoient le free jazz, le bruitisme, les musiques contemporaines écrites et l'électro, mais aussi le post-rock et les tendances pointues de l'americana.

«La pollinisation croisée des genres musicaux et des époques musicales m'intéresse depuis toujours. C'est pourquoi notre programmation s'avère multigénérationnelle et multigenre. J'aime cette rencontre et les idées qui la sous-tendent», explique Ashley Capps, directeur artistique du festival Big Ears, interviewé au Tennessee en mars dernier.

«En tant que promoteur, le deuxième concert important de ma carrière a été l'Art Ensemble of Chicago en 1980. Près de 40 ans plus tard, inviter encore Roscoe Mitchell et le faire découvrir à des auditoires plus jeunes est pour moi extrêmement gratifiant. Cela devient encore plus tangible lorsque des artistes des générations subséquentes se retrouvent dans le même événement, cela les mène tous à créer de nouveaux amalgames. Tout ça fait partie de l'ethos de Big Ears.»

Aujourd'hui âgé de 62 ans, Ashley Capps avait eu tôt fait de connaître l'existence du FIMAV québécois... et s'y était pointé.

«Je suis venu à Victoriaville au début des années 90. Je me souviens d'avoir assisté à un concert d'Evan Parker avec Barry Guy et Paul Lytton, à un autre de Fred Frith en duo avec Han Bennink. Ce fut pour moi une inspiration, d'autant plus que ce festival était présenté dans une petite ville comparable à Knoxville.»

Selon le promoteur américain, tenir un événement très niché dans une localité peu propice à la chose a priori contribue de manière importante au succès de Big Ears.

«L'avantage d'un environnement captif comme Victoriaville ou Knoxville consiste à favoriser le partage d'une expérience authentique. Lorsqu'une petite localité se consacre entièrement à un tel événement, il n'y a plus de distractions extérieures pour ses participants. Un vrai centre de gravité s'y installe.»

Le festival Big Ears est un organisme à but non lucratif et son équipe travaille de concert avec AC Entertainment, qui en gère la production et en assure la gestion, et dont Ashley Capps est le président et chef de direction. Cette entreprise tient les rênes d'autres événements ou festivals très nichés comme MusicNOW ou même d'un happening plus considérable comme celui de Bonnaroo, au Tennessee, comparable à Osheaga.

Indépendance artistique

Michel Levasseur a fréquenté Big Ears l'an dernier, il a visiblement apprécié. «Quel festival! Je n'ai jamais autant marché pendant un événement, j'en avais des ampoules aux pieds!»

Cela dit, le directeur artistique fréquentait plusieurs autres festivals de même famille bien avant Big Ears, qui n'existe que depuis la fin de la dernière décennie.

«Je pense à Météo [Mulhouse, France], à Unlimited [Wels, Autriche], à l'International Jazz Festival [Saalfelden, Autriche], à Open Ears [Kitchener, Ontario], au Guelph Jazz Festival [Guelph, Ontario], à Vision Festival [New York], à Sengawa Jazz Arts [Tokyo], au Huddersfield Contemporary Music Festival [Huddersfield, Angleterre], à Jazz em Agosto [Barcelone], à Ultima [Oslo], au Guess Who [Utrecht], à Konfrontation [Nickelsdorf, Autriche], à Supersonic [Birmingham, Angleterre]. Encore aujourd'hui, on s'influence, on s'entraide, on se pousse dans le dos les uns les autres.»

Dans les Bois-Francs, Michel Levasseur a toujours opté pour une indépendance artistique impliquant une croissance modeste. Le FIMAV persiste et signe néanmoins depuis 1983, bon gré, mal gré.

«La pérennité de l'événement est un problème majeur. Notre budget annuel est d'environ 700 000 $, 70 % proviennent du financement public, 30 % du privé. Or, ce budget est gelé depuis au moins 2010.»

«Pendant ce temps, le public a évolué: moins fortuné qu'auparavant, il est plus connaisseur et accède à une plus grande diversité d'événements; à Montréal, par exemple, il peut assister aux Suoni Per il Popolo, à MUTEK, à Elektra ou à Akousma.»

Malgré tout, le FIMAV est toujours là.

«Nous conservons une énergie créative intéressante, je crois. Collaborent avec moi à la direction artistique François Couture, le compositeur Éric d'Orion pour les installations sonores rejoignant plus de 10 000 personnes, et Karl Lemieux, qui nous a préparé des programmes de cinéma québécois et japonais. Cette année encore, notre proposition comporte beaucoup d'inconnus et d'exclusivités.»

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À Victoriaville jusqu'au 20 mai.




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