Sans emploi et sans boussole

Myriam est désemparée. La femme de 40 ans ne travaille plus depuis l'été 2014... (PHOTO ARCHIVES LA PRESSE)

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Marc Tison
La Presse

Myriam est désemparée. La femme de 40 ans ne travaille plus depuis l'été 2014 en raison de problèmes de santé qu'on devine complexes.

Cadre dans le secteur parapublic, elle gagnait 68 500 $ par année, soit 3264 $ par mois après impôt. Elle réussissait alors à épargner environ 1500 $ par année.

Elle touche actuellement 1760 $ par mois en prestations d'assurance emploi.

Un retard dans le versement des premières prestations l'avait toutefois obligée à siphonner son CELI pour combler le manque à gagner pendant quelques semaines.

Budget déficitaire

Selon la liste qu'elle a dressée, les dépenses de logement et de transport (loyer, assurances auto et habitation, électricité, téléphonie, internet, essence) totalisent environ 1200 $ par mois.

Il lui reste donc 560 $ pour ses autres dépenses : nourriture, entretien de l'auto, immatriculation, soins et médicaments...

« Je n'arrive plus... », constate-t-elle.

Elle porte tous ses achats sur sa carte de crédit, dont elle paie chaque mois le solde en entier. Malheureusement, ses dépenses excèdent ses revenus, de telle sorte qu'une partie du compte est payée en puisant dans sa marge de crédit, grevée d'un taux d'intérêt de 6 %.

« Aujourd'hui, comme je viens de recevoir mon chèque d'assurance chômage, j'ai mis ma marge de crédit à zéro, relate-t-elle. Il me reste 146 $ dans mon compte de banque. Ma carte de crédit est à 2800 $. »

Un cadeau de ses parents pour son 40e anniversaire, en novembre, lui a permis d'effacer ses dettes. « On est rendu en mars et j'en suis environ à 3000 $ en négatif. »

Elle semble donc accumuler un déficit mensuel de quelque 500 $ par mois.

Un conseiller financier lui recommande d'utiliser ses REER pour rembourser les dettes qu'elle aura accumulées, quand elle sera revenue sur le marché du travail, avant l'automne prochain.

Mais elle doute. « Est-ce que ce ne serait pas mieux de ne pas toucher mes REER et de rembourser ma marge de crédit à raison de 200 $ par mois pendant deux ans, par exemple ? »

Elle suit présentement des cours du soir pour s'initier au lancement d'entreprise, ce qui n'entrave pas l'assurance emploi.

Elle consulte également un orienteur pour trouver une nouvelle voie.

Indécise...

Myriam se trouve à la croisée des chemins, indécise et circonspecte.

Elle devra prendre une décision avant que ses prestations d'assurance chômage prennent fin, en septembre 2015.

Trois options se présentent à elle :

- retourner aux études à temps partiel ;

- devenir travailleuse autonome ou entrepreneuse ;

- trouver un nouvel emploi, à un salaire vraisemblablement inférieur à celui qu'elle gagnait, puisqu'elle ne veut plus travailler dans le même domaine.

« Est-ce que je retourne à l'école ? Si oui, est-ce que je demande des prêts et bourses ? Est-ce que j'utilise le Régime enregistré d'épargne études ? Est-ce que j'emprunte à mes parents ? »

Elle hésite, elle louvoie, elle tangue. « C'est assez nébuleux encore dans mon esprit. Quelquefois, quand on est en dépression ou qu'on a vu un médecin, l'assurance emploi nous paie un diplôme d'études professionnelles ou une attestation d'études collégiales. Dans un monde idéal, j'aimerais retourner à l'école pendant que je suis à l'assurance emploi, s'ils me permettent de le faire. »

Mais elle ajoute :

« Si je suis réaliste, je ne crois pas avoir la capacité mentale et physique, au mois de septembre, de retourner aux études à temps partiel et de travailler en même temps jusqu'à 45 ans. »

PORTRAIT

Myriam, 40 ans

Au chômage

Était cadre à l'université, salaire 68 550 $ par année, soit 3264 $ net par mois

Assurance-emploi : 1760 $ net par mois

Budget partiel

Loyer de son appartement : 700 $

Électricité : 55 $

Télé et internet : 66 $

Cellulaire : 58 $

Assurance pour le chalet : 990 $ par année

Automobile entièrement payée

Essence : 240 $ par mois

Assurance auto : 152 $ par année

REER : environ 18 000 $

Aucune autre épargne

Régime de retraite avec son ancien employeur

Chalet

Valeur : 105 000 $

Solde hypothécaire : 98 000 $

Hypothèque : 604 $ par mois

Son ami habite le chalet.

Il lui verse 550 $ par mois et paie les frais.

Mettre de l'énergie en banque

La situation de Myriam est complexe et instable : tant ses finances que son moral semblent flageolants.

« Elle ne semble pas en pleine capacité de ses moyens en termes de capacité physique et mentale », observe la planificatrice financière et administratrice agréée Hélène Bronsard, tout en soulignant que ses observations sont faites à distance. « Elle est ébranlée. Dans un tel contexte, la prise de décision n'est pas à son optimum. »

Myriam a d'abord besoin de temps pour mettre ses idées en place.

« Je lui suggère de reconsidérer le rejet du milieu de travail d'où elle vient, de rester dans le parapublic, de se donner jusqu'à la fin de l'été pour se refaire une santé physique et mentale », exprime Mme Bronsard.

Myriam doit donc acheter du temps.

Avec quel argent ? Elle devra réserver les 18 000 $ qu'elle détient en REER pour soutenir un coût de vie minimal à partir de septembre, quand ses prestations d'assurance emploi auront pris fin.

« Ça lui permettrait de finir l'année 2015 avec ce qu'elle a en main », indique la planificatrice.

Réduire les frais de logement

Entre-temps, Myriam a néanmoins un problème budgétaire. « Il faut qu'elle réduise son coût de vie pour ne pas continuer à s'endetter », avise la conseillère.

Comment se donner une marge de manoeuvre supplémentaire ?

« Elle pourrait peut-être réduire son coût de vie en allant vivre dans son chalet avec son ami et monnayer son appartement. »

Pour l'instant, Myriam n'a pas d'emploi et possède une voiture pour ses déplacements. Rien ne l'oblige donc à rester dans la région métropolitaine de façon permanente. En délaissant temporairement son appartement, elle économiserait sans doute une centaine de dollars par mois dans ses frais d'électricité, d'internet et de télévision.

« Elle pourrait sous-louer son logement ou louer une chambre », ajoute Mme Bronsard, ce qui allégerait d'autant son budget.

Un revenu d'appoint

La planificatrice s'est penchée également sur la question de l'assurance emploi. « Myriam peut aller chercher 50 $ par semaine ou jusqu'à 25 % de ses revenus hebdomadaires d'assurance emploi sans pénalité. Dans son cas, ça s'élève à 110 $ par semaine. »

Myriam pourrait peut-être trouver un petit emploi à temps partiel, mais Hélène Bronsard propose une autre solution.

« En même temps qu'elle poursuit ses cours du soir en démarrage d'entreprise, elle pourrait se mettre sur le marché à titre de pigiste », évoque-t-elle.

Elle ne connaît ni l'expertise, ni les aptitudes, ni les intérêts de Myriam, mais cette avenue mérite d'être explorée.

« Elle doit se poser des questions et peut-être aller chercher ces 110 $ par semaine en offrant ses services, par exemple sur Kijiji. »

Myriam en tirerait plusieurs bénéfices : une réflexion sur ses intérêts, un test de sa fibre d'entrepreneure, un sondage d'un marché potentiel, et surtout des revenus d'appoint.

Retour aux études ?

Myriam évoque un retour aux études. Hélène Bronsard nourrit de forts doutes qu'elle ait la motivation et les ressources intérieures nécessaires. « Il est préférable qu'elle se refasse une santé et qu'elle demeure pour l'instant dans le milieu de travail qu'elle connaît. »

L'automne venu, avec les mesures financières suggérées par la planificatrice, Myriam aura quelques mois devant elle pour se trouver un nouvel emploi, si possible dans le secteur parapublic.

Elle aura surtout une nouvelle réserve d'énergie.

Comment financer un retour aux études ?

Dans l'hypothèse où Myriam décide de retourner aux études, à temps partiel ou à temps plein, comment pourrait-elle les financer ?

Elle avance que dans certaines circonstances - maladie ou dépression, par exemple - , il est possible de toucher des prestations d'assurance-emploi tout en étudiant.

« Il n'y a aucun lien entre dépression ou maladie et formation payée par l'assurance-emploi », informe Claude Guimond, conseiller au Comité Chômage de Montréal

Toutefois, rien n'interdit en principe de suivre une formation pendant qu'on touche des prestations d'assurance-emploi.

De manière générale, il est vrai, les études à temps plein sont incompatibles avec l'assurance-emploi. Le prestataire doit en effet être disponible au travail et mener une recherche active d'emploi.

Des études à temps partiel pourraient être autorisées, si l'horaire ne contrevient pas au principe de disponibilité durant les heures normales de travail. En d'autres mots, le prestataire de l'assurance-emploi aurait pu poursuivre ces études à temps partiel tout en occupant un emploi à temps plein. La démonstration devra en être faite à la Commission de l'assurance-emploi, qui a le dernier mot sur la question.

Formation rémunérée ?

Il est néanmoins possible de suivre une formation durant les heures normales de travail tout en touchant des prestations d'assurance-emploi.

« Il faut que les prestataires ou les gens à la recherche d'emploi téléphonent ou se rendent à leur centre local d'emploi (CLE) d'Emploi-Québec, qui ont la liste des formations qui sont autorisées », avise Claude Guimond.

En règle générale, ce cours ou cette formation doit constituer « le meilleur moyen pour la personne d'intégrer le marché du travail et de se maintenir en emploi », décrit David McKeown, porte-parole du ministère du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale. « On évalue quelle formation est intéressante pour la personne en tenant compte des perspectives d'emploi dans sa région pour qu'elle puisse réintégrer le plus facilement et le plus rapidement le marché du travail, mais de façon durable. »

Ce cours pourrait être par exemple :

- une formation professionnelle au secondaire ;

- une formation technique de niveau collégial ;

- un programme universitaire de courte durée, comme un certificat.

La formation ne devra pas dépasser 36 mois et, sauf exception, sera suivie à temps plein.

Une fois qu'il accorde son autorisation, le centre local d'emploi en avisera le bureau de chômage, qui versera - ou continuera à verser - les prestations auxquelles la personne a droit.

Dans son Petit guide de survie, le Comité Chômage de Montréal recommande de n'engager une démarche d'aide à la formation auprès du CLE qu'après que la demande d'assurance-emploi a été acceptée. « En d'autres mots, ne mentionnez pas votre projet d'études à votre bureau de chômage parce que cela pourrait entraîner des vérifications sur votre disponibilité au travail », y lit-on.

Prêts et bourses

Mais comme le rappelle David McKeown, « l'aide financière aux études demeure la première option à privilégier ».

Pour des études à temps plein, on aura une bonne idée des possibilités en utilisant le simulateur proposé ici :

http://www.mesrs.gouv.qc.ca/aide-financiere-aux-etudes/simulateur-de-calcul-du-montant-daide-financiere-aux-etudes/

Études à temps partiel

L'aide financière est également disponible sous forme de prêt pour les études à temps partiel.

Ces études ne doivent pas excéder les limites suivantes par trimestre.

Formation professionnelle au secondaire : 179 heures d'enseignement

Cégep : 179 heures d'enseignement

Études universitaires (1er, 2e et 3e cycles) : 11 crédits

Le prêt est établi en fonction de la catégorie d'étudiant (selon qu'il y a ou non contribution des parents ou du conjoint), du nombre d'enfants à charge, du revenu de l'étudiant et de celui de ses parents ou conjoint, s'il y a lieu.

Par exemple, le revenu maximal s'établirait à 35 000 $ pour un célibataire indépendant sans enfant à charge, et à 50 000 $ pour les revenus combinés d'un couple sans enfant.

Voir : http://www.mesrs.gouv.qc.ca/aide-financiere-aux-etudes/programme-de-prets-pour-les-etudes-a-temps-partiel/

REEP

Enfin, Myriam pourrait utiliser une partie de ses épargnes REER pour financer des études à temps plein dans un programme de formation admissible dans un établissement agréé.

Avec le Régime d'encouragement à l'éducation permanente (REEP), le détenteur du REER peut retirer jusqu'à 10 000 $ par année civile, pour un total cumulatif de 20 000 $. Une fois la limite de 20 000 $ atteinte, il faudra ensuite rembourser les retraits avant de profiter à nouveau du REEP.

Voir : http://www.cra-arc.gc.ca/tx/ndvdls/tpcs/rrsp-reer/llp-reep/menu-fra.html




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