Drogués au magasinage

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Le niveau record d'endettement des ménages est-il le symptôme d'un problème de consommation compulsive dont souffrirait une partie de la population ? Est-ce qu'on surconsomme pour combler un vide intérieur, parce qu'on cherche dans l'accumulation de biens à donner un sens à notre vie ? Une chose est certaine : acheter peut créer une dépendance dont il n'est pas aisé de se défaire.

MAGASINER POUR COMBLER SON MAL INTÉRIEUR

L'endettement et la surconsommation sont parfois les symptômes d'une détresse plus profonde, provoquée par un grand vide intérieur. Pourtant, « le fait de consommer des biens matériels ou de poursuivre constamment un désir financier plus grand augmente le mal-être », souligne le psychologue Jacques Forest, professeur à l'UQAM. Ce dont peut témoigner Geneviève, consommatrice compulsive et l'une des responsables d'un groupe de soutien Débiteurs anonymes.

TROUVER UN SENS À SA VIE, AILLEURS QUE DANS LA CONSOMMATION

Les consommateurs aux prises avec de graves problèmes d'endettement finissent généralement dans les bureaux de l'ACEF, d'un syndic de faillite ou d'autres spécialistes qui promettent de les aider à redresser leurs finances. Est-ce le bon moyen de s'en sortir ?

« On s'attaque aux symptômes, mais rarement aux causes profondes du problème, souligne le psychologue Pierre Faubert, qui s'intéresse aux dépendances de toutes sortes. Quand on se retrouve dans le bureau du syndic, on règle les questions financières, mais pas le problème de fond. On a la mauvaise habitude de chercher des solutions rapides. »

Si on s'endette à outrance, c'est peut-être parce que la consommation est devenue une drogue, note M. Faubert. Pour les accros du magasinage, chaque achat déclenche la production d'endorphines et de dopamine, des substances sécrétées par le cerveau, qui augmentent la sensation de plaisir. « Elles agissent comme des antidépresseurs : si on est triste, on se tourne vers le shopping pour se remonter le moral », explique le psychologue.

Le problème est amplifié par le crédit, qui fait en sorte que le consommateur compulsif perd contact avec la réalité. « L'espace entre la réalité et le payeur, c'est la carte de crédit, poursuit-il. Elle me donne la permission de faire ce que je veux, c'est-à-dire acheter un produit qui va temporairement satisfaire mon besoin d'être quelqu'un, d'avoir des émotions positives, pour éliminer les émotions négatives que je subis, comme l'angoisse, la tristesse, la colère, le vide, le manque de sens à ma vie, etc. »

Quand on développe une telle dépendance, c'est parce qu'on est en détresse. 

« On cherche à rehausser notre image par les objets qu'on achète, et on s'identifie à ces objets », explique Pierre Faubert, psychologue.

Et ce qui fait mal, c'est d'atterrir, sans parachute, quand le compte Visa arrive...

Si la détresse vient d'un vide intérieur, « ce n'est pas en regardant notre garde-robe qu'on va trouver un sens à sa vie », souligne Pierre Faubert.

Pour se défaire de cette dépendance, une seule solution : apprendre à se connaître, s'interroger sur ses besoins réels, sur ce qui motive son existence, et miser sur les relations interpersonnelles.

Comment y parvenir ? « Il faut s'arrêter, une fois par jour, répond le psychologue. En s'accordant un moment de silence, de méditation, de réflexion, peu importe comment on appelle ça, pour faire une petite incursion à l'intérieur de soi, cinq ou dix minutes. »

QUAND LES ACHATS DEVIENNENT-ILS UN PROBLÈME?

Pour vérifier si vous engagez sur la pente glissante de la surconsommation, voici les 13 « signaux d'alarme » utilisés par les Débiteurs anonymes, un groupe fonctionnant de la même façon que les Alcooliques anonymes, pour soutenir les personnes aux prises avec un problème d'achats compulsifs.

1. L'emploi fréquent du mot « emprunt » pour des choses telles que les cigarettes, stylos, etc..

2. L'emprunt de petites sommes d'argent aux amis.

3. Associer les notions de payer avec carte de crédit et être adulte.

4. Une impression différente lorsqu'on achète à crédit que lorsqu'on paie comptant ; une impression de faire partie d'un club, une impression d'être accepté.

5. Un sentiment démesuré d'accomplissement alors qu'on ne fait qu'honorer des obligations financières normales.

6. Une appréhension démesurée lorsque l'on fait une demande de prêt.

7. Lors des discussions ordinaires - ou considérées comme telles à propos d'argent - faire preuve d'inhibition et d'embarras difficilement explicables.

8. Un manque d'égard par rapport aux choses qui n'ont pas à être payées dans le mois en cours.

9. Une difficulté inhabituelle à se rappeler et établir une relation entre nos obligations financières spécifiques et l'argent dont nous disposons.

10. Des attentes irréalistes quant à des fonds disponibles plus tard pour honorer des engagements contractés dans le présent.

11. Un sentiment démesuré d'euphorie en ouvrant un compte.

12. L'impression que quelqu'un prendra soin de vous si nécessaire de sorte que vous ne vous retrouverez pas réellement dans des difficultés financières graves, qu'il y aura toujours quelqu'un vers qui vous tourner.

13. L'impression sous-jacente, parfois subconsciente, que vous avez besoin de quelqu'un d'autre pour vous aider a vous sortir de votre problème financier.

À Montréal, deux rencontres de Débiteurs anonymes se tiennent chaque semaine, dans le quartier Saint-Henri : en français le mercredi soir, et en anglais le lundi soir.




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