Pour en finir avec la vie à crédit

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Pour s'attaquer efficacement aux dettes, mieux vaut avoir un plan précis et réaliste. C'est ce qui se dessine enfin pour Karine et Rémi, un couple de la Rive-Sud, dans ce neuvième volet de notre série Train de vie extrême. Comment se fait-il que, avec un revenu confortable, ils se sentent aussi coincés financièrement, comme une bonne proportion de la classe moyenne au Québec?

Arrêter l'hémorragie avant de s'attaquer aux dettes

Aux prises depuis deux ans avec une dette dont ils n'arrivent pas à se défaire, soit depuis qu'ils se sont installés sur la Rive-Sud avec leurs deux enfants, Karine et Rémi commencent à entrevoir des pistes de solution pour redresser leur situation financière. Mais la route sera longue et difficile.

Karine, 36 ans, et Rémi, 38 ans

Deux enfants de 4 et 8 ans

Revenu familial : 105 000 $

Hypothèque : 185 000 $

Marges de crédit : 27 000 $

Prêt auto : 20 550 $

Dettes d'études : 8320 $

Total des dettes : 240 870 $

Itinéraire pour sortir de l'encre rouge

Karine et Rémi ne sont pas encore sortis du bois, mais au moins, ils peuvent entrevoir une lumière au bout du tunnel!

Voici les grandes lignes de leur programme de redressement financier :

Vendre une voiture

La famille ne conservera qu'une seule auto, une Kia Rondo 2012. Pour acheter cette voiture, le couple a contracté un prêt, dont les paiements ont été échelonnés sur huit ans (96 mois), pour réduire les mensualités, qui s'élèvent à 380 $ par mois. Le solde du prêt, à 5 % d'intérêts, est de 20 500 $. C'est cette voiture qui pèse le plus lourdement sur leur budget. Mais s'ils s'en débarrassaient, ils devraient vendre à perte, puisqu'elle ne vaut que 14 000 $, soit 6500 $ de moins que ce qu'il leur reste à payer sur leur prêt-auto. Il s'agit d'un des effets pervers de la nouvelle mode des prêts-autos dont les termes s'étirent sur des périodes de plus en plus longues.

Ils vendront donc leur plus ancienne voiture, une Toyota Matrix 2009, qui devrait leur rapporter 6500 $. Les dépenses d'entretien, d'assurance et d'essence diminueront aussi.

Les prêts-autos s'étirent

- 69 % des Canadiens qui contractent un prêt-auto pour financer l'achat d'un véhicule choisissent un terme de 72 mois ou plus (6 ans).

- En 10 ans, les termes de remboursement des prêts-autos ont doublé.

- Dans 30 % des cas, quand les consommateurs achètent un nouveau véhicule et donnent l'ancien en échange, il vaut moins que le solde du prêt. Ils ont donc encore un solde à payer au créancier.

- Les retards de paiements de prêts-autos ont augmenté de 70 % au cours du deuxième trimestre de 2014, selon la firme spécialisée en évaluation du crédit Experian.

- La valeur des prêts-autos aux particuliers a quadruplé depuis six ans. Elle est passée de 16,2 milliards en 2007 à environ 64 milliards en 2013, d'après des données de la Banque du Canada. C'est une hausse de 20 % par année.

Réduire les dettes, en commençant par la plus coûteuse

Avec le produit de la vente de la voiture, ils rembourseront :

- La marge de crédit personnelle, à 10,5 % d'intérêts : 5000 $

- Le prêt étudiant de Rémi, à 3,4 % d'intérêts : 620 $ (70 $ par mois)

- Le prêt pour meubles, à 0 % d'intérêts : 450 $ (110 $ par mois)

Commencer à rembourser la marge de crédit hypothécaire

La fin du remboursement du prêt étudiant de Rémi et du prêt pour meubles dégagera 180 $ par mois de leur budget. Avec les dépenses de voiture qui diminueront, et en gardant un budget équilibré, s'ils peuvent consacrer 250 $ par mois au remboursement de leur marge de crédit hypothécaire, ils en auront fini au bout de 104 mois (huit ans et demi).

Autres dettes à rembourser :

Hypothèque (3 %) : 185 500 $-990 $/mois

Marge de crédit hypothécaire (3,8 %) : 22 000 $

Prêt étudiant Karine (3,4 %) : 7700 $-125 $/mois

Prêt-auto (5 %) : 20 550 $-380 $/mois

***

Garder un budget équilibré

Pour conserver un budget équilibré, et cesser de piger dans la marge de crédit, Karine et Rémi ont décidé de réduire d'autres dépenses. Ils ont notamment éliminé leur ligne téléphonique résidentielle pour ne conserver que leurs cellulaires, annulé les contrats de déneigement et d'entretien paysager, et réduit les dépenses d'épicerie et de restaurant. En s'astreignant à suivre rigoureusement leur budget pour chaque poste de dépenses, ils devraient éviter de retomber dans le rouge.

Les conseils de la coach en finances personnelles

Lama Farran est une conseillère indépendante qui offre ses services pour aider les ménages à améliorer leur situation financière. Elle s'est penchée sur la situation de Karine et Rémi. Voici quelques-unes de ses recommandations :

- « C'est indispensable de pouvoir marcher avant de courir, souligne-t-elle. Avant d'essayer de payer les dettes existantes, il faut arrêter d'en ajouter, en ayant un budget équilibré. Une fois que vous êtes sûrs que chaque mois, vous ne dépensez pas plus que vous gagnez, vous pourrez vous attaquer au remboursement de la dette existante. »

- Karine et Rémi pourraient encore réduire les dépenses dans certains postes budgétaires : alcool, vacances, câble, abonnement au gym et vêtements pour les parents, notamment.

- Le couple fonctionne avec un seul compte bancaire, rattaché à sa marge de crédit hypothécaire, dont le solde atteint 22 000 $. Quand leurs paies sont déposées, la dette diminue. Mais aussitôt que des dépenses ou des retraits sont faits, ces sommes sont reprises sur la marge de crédit. « Ils sont toujours dans le négatif, ce n'est pas très bon pour la motivation, note Mme Farran. En utilisant la marge de crédit comme compte principal, ils vont y piger le manque à gagner quand leurs dépenses sont trop élevées. C'est comme s'ils utilisaient l'équité de leur maison comme guichet automatique. Ils devraient séparer la dette de l'argent dont ils ont besoin tous les jours. » Ainsi, ils pourront voir combien d'argent il leur reste dans leur compte pour leurs dépenses, à chaque période de paie. Dans le but de dégager des surplus, qui serviront à rembourser graduellement la marge de crédit.

- Ils doivent adopter le principe : « Épargnez aujourd'hui, payez plus tard », souligne Lama Farran. « Pour les grosses factures annuelles, comme les taxes municipales, les camps de jour des enfants, les vacances, c'est important de planifier à l'avance et d'ouvrir des comptes séparés pour y déposer des sommes spécifiques régulièrement, préférablement à chaque paie, dit-elle. Ça permet d'égaliser les dépenses importantes et variables, tout au long de l'année, et d'avoir les fonds requis quand ces factures arrivent. »

- Selon la coach, l'hypothèque de Karine et Rémi est trop élevée pour leurs moyens. « Il ne faut absolument pas se fier à la banque qui vous dit que vous êtes approuvés pour un certain montant d'hypothèque, insiste celle qui a travaillé pour plusieurs institutions financières. C'est à chacun de faire un budget AVANT l'achat de la maison. Karine et Rémi n'ont pas beaucoup d'actifs. Ils ont une belle maison, mais elle est remplie de dettes. » Normalement, quand on achète un actif, c'est pour accumuler de l'équité, ajoute-t-elle. Mais pour le couple, c'est l'inverse qui s'est produit : leur dette hypothécaire était de 200 000 $ à l'achat de la maison, il y a deux ans, mais avec leurs marges de crédit, leur dette totalise maintenant 212 500 $. Sans compter le prêt-auto, qui a été contracté au moment du déménagement, parce qu'ils estimaient avoir besoin d'une voiture supplémentaire en déménageant en banlieue. Pour le moment, leur maison ne les a pas enrichis, mais plutôt appauvris.

Voyez la situation financière de Karine et Rémi >>

La classe moyenne a-t-elle les moyens de ses ambitions?

Avec deux enfants et un revenu familial de 105 000 $, Karine et Rémi appartiennent à la catégorie des ménages québécois les mieux nantis. Selon une étude dévoilée la semaine dernière, une famille avec deux enfants ayant un revenu de 47 150 à 94 300 $ est considérée comme faisant partie de la classe moyenne.

Si le couple est plus riche que la moyenne, comment se fait-il que Karine se dise angoissée en faisant l'épicerie, parce qu'elle craint de faire exploser son budget ? Comment se fait-il que le couple traîne depuis quelques années une dette qui grimpe sans cesse ?

Le paiement de leurs dettes accapare 34 % de leurs dépenses mensuelles (si on calcule qu'ils devraient consacrer 250 $ par mois au remboursement de leurs marges de crédit). Leur taux d'endettement atteint 362 % (ratio des dettes totales par rapport à leur revenu disponible), alors que la moyenne canadienne est de 164 %, un niveau record.

La dernière étude sur la classe moyenne au Québec conclut que, contrairement à la perception de bien des familles qui en font partie, elle se porte mieux aujourd'hui qu'en 1976. Grâce notamment aux transferts gouvernementaux, le pouvoir d'achat des ménages de la classe moyenne a augmenté, selon les conclusions des économistes François Delorme, Suzie St-Cerny et Luc Godbout, de la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques de l'Université de Sherbrooke.

NOUVELLES HABITUDES, AUTRE DETTES

Pourquoi, alors, les familles de la classe moyenne, et même celles qui ont un revenu supérieur, ont-elles l'impression d'être coincées financièrement ? Pourquoi sont-elles si endettées ?

« Les habitudes de consommation de la population ont changé, et il semble y avoir une multiplication de ce que les gens considèrent comme des besoins, répond l'un des auteurs de l'étude, François Delorme. La satisfaction de ces désirs est lubrifiée par les conditions de crédit et la facilité à emprunter. Vous allez à la banque pour demander une hypothèque de 200 000 $ et on vous offre plutôt 400 000 $, alors pourquoi vous priver ? Vous pourriez acheter une maison avec quatre salles de bains au lieu de deux ! »

L'économiste précise que leur but, en se penchant sur cette question, n'était pas de déterminer ce qui avait changé dans le comportement des membres de la classe moyenne, mais plutôt d'en définir les contours, en comparaison avec ce qu'ils étaient en 1976. Mais il serait intéressant d'analyser en quoi le mode de vie et les attentes de la classe moyenne ont changé, poursuit-il. « Avant, on n'avait pas besoin de cellulaire, alors que c'est maintenant devenu essentiel. On assiste à une "complexité volontaire" de la vie, par opposition à la simplicité volontaire. »

Autre changement important : dans la majorité des couples de classe moyenne, les deux conjoints travaillent, contrairement à 1976. Si le pouvoir d'achat de ces ménages a augmenté, c'est notamment pour cette raison. Par contre, la multiplication des familles monoparentales transforme aussi le portrait.

François Delorme souligne aussi que le monde du travail traverse de nombreux changements : les emplois sont moins stables, plus souvent à temps partiel, le travail autonome est en hausse, et les régimes de retraite sont mis à mal. De plus, la fragilité des ménages contribue à l'incertitude et à l'instabilité financière. « Cela augmente la vulnérabilité des gens face aux coups durs, comme une perte d'emploi », note-t-il.




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