L'économie américaine pourrait surprendre

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Christine Décarie est vice-présidente principale, gestionnaire de portefeuille et responsable de la recherche mondiale au Groupe Investors, à ses bureaux de Montréal.

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Chaque semaine, un financier répond à nos questions. Il donne sa lecture des marchés, offre son point de vue sur la Bourse et lance quelques conseils d'investissement. Cette semaine, Christine Décarie, vice-présidente principale, gestionnaire de portefeuille et responsable de la recherche mondiale au Groupe Investors.

À votre avis, quel est l'événement le plus significatif des derniers jours à la Bourse?

Ce fut la mise à jour du principal indice de l'activité manufacturière aux États-Unis (ISM) qui, autour de 51 points en janvier, était plus faible qu'anticipé. Cette déception a ravivé le ton baissier en Bourse au début de la semaine. Et ce, même si l'on connaît encore mal l'impact des intempéries en janvier sur l'activité manufacturière aux États-Unis.

Pendant ce temps, en Europe, l'indice manufacturier comparable pour janvier s'est avéré beaucoup plus positif qu'attendu. De plus, ce sont les pays les plus « malades » économiquement jusqu'à récemment - Espagne, Grèce, Portugal - qui semblent reprendre le plus de tonus.

Malgré tout, en Bourse, ces indices favorables en Europe n'ont pas suffi à compenser le sentiment d'une soudaine faiblesse économique à très court terme aux États-Unis. D'autant plus que l'économie américaine est de nouveau considérée comme le moteur de la croissance mondiale, devant l'Europe et les pays émergents.

Quel indicateur suivez-vous le plus attentivement en ce moment?

Ce sont surtout les données du marché de l'emploi aux États-Unis, qui mesurent le mieux le pouls de l'économie.

Je suis surtout l'évolution de la création et de la perte d'emplois plutôt que le taux de chômage, qui est une mesure incomplète à mon avis.

À cet effet, les données de l'emploi non agricole aux États-Unis publiées jeudi, avant les données d'ensemble publiées vendredi, ont montré que les pertes d'emplois continuent de se résorber.

Par ailleurs, je suis l'évolution des résultats d'entreprises américaines. Jusqu'à maintenant, ça se présente plutôt bien, sans surprise négative qui pourrait bousculer les marchés.

Du côté de l'Europe, je suis aussi les données de l'emploi et les indices manufacturiers afin de jauger de l'état de la reprise économique et, partant, du potentiel de regain des profits des entreprises.

Aussi, j'observe les coûts de financement [taux d'intérêt] de certains gouvernements européens. Les récents taux étaient plutôt avantageux, ce qui laisse présager une tendance favorable à la reprise en Europe.

Que feriez-vous avec plusieurs milliers de dollars à investir?

Dans un premier temps, le marché des actions demeure beaucoup plus intéressant que le marché obligataire. Et ce, même après la forte hausse survenue en 2013.

Cela dit, même si je vois encore un bon potentiel sur la Bourse américaine, j'ai rehaussé mon intérêt envers l'Europe. Je crois que les Bourses européennes ont encore un à deux ans de retard sur le regain des valeurs et des résultats d'entreprises qui a lieu aux États-Unis.

Par exemple, la Bourse américaine a rebondi de 170 % environ depuis le creux de la crise financière de 2008, alors que les indices européens ont rebondi de 100 % environ. Aussi, la remontée des multiples cours-bénéfices qui est survenue aux États-Unis est encore bien moindre sur les marchés européens.

Du côté de la Bourse canadienne, je suis restée prudente jusqu'à récemment en raison de l'influence des ressources naturelles, plutôt négative.

Néanmoins, certains secteurs de la Bourse canadienne, en particulier les entreprises qui exportent, deviennent plus attrayants avec la dépréciation du dollar canadien.

Je ne serais pas surprise que cette baisse du dollar canadien - ou regain du dollar américain - contribue à une hausse des profits au Canada un peu meilleure que prévu avant la fin de cette année. Peut-être jusqu'à 10 %.

À l'opposé, quel placement évitez-vous ces temps-ci?

Comme plusieurs de mes vis-à-vis en placement, il me semble, je me méfie des titres à revenus fixes de longue échéance. Je comprends que la plupart des portefeuilles individuels doivent en avoir une certaine proportion.

Mais tant qu'à en avoir, il faut vraiment privilégier des titres à revenus avec des échéances courtes, afin de s'ajuster aux prochaines hausses de taux d'intérêt.

Dans la même veine, j'évite de «courir après» des titres à haut rendement en dividende, même de grandes entreprises, quand il n'y a pas vraiment de croissance des résultats.

Un exemple ? Les actions de BCE (Bell Canada) sont bien valorisées en Bourse en raison de leur dividende de 5 %. Mais c'est cher payé à, mon avis, étant donné que, lorsque nous creusons un peu dans les résultats publiés cette semaine, nous constatons qu'il n'y avait presque pas de croissance interne chez BCE, au-delà de l'acquisition d'Astral Media.

Qu'est-ce que les marchés sous-estiment le plus actuellement?

Je crois que nous pourrions nous retrouver à la fin de l'année 2014 avec une croissance du PIB aux États-Unis qui sera plus forte que ce qui était attendu. Peut-être jusqu'à 3,5 % de croissance annuelle au lieu de l'anticipation moyenne de 2,8 %, mais après un premier trimestre de 2014 un peu affaibli par les intempéries hivernales.

Si elle se confirme, cette croissance plus forte qu'attendu aurait évidemment un effet positif sur les prochains résultats d'entreprises, ce qui pourrait les valoriser davantage en Bourse.

***

Christine Décarie est vice-présidente principale, gestionnaire de portefeuille et responsable de la recherche mondiale au Groupe Investors, à ses bureaux de Montréal. Comme gestionnaire, elle dirige un fonds d'entreprises québécoises ayant 235 millions en actif. À titre de directrice de recherche, elle supervise des activités qui s'adressent à tous les gestionnaires de fonds chez Investors, qui accumulent 35 milliards en actif.




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