ANALYSE

Duchesneau: l'énergie du désespoir

Jacques Duchesneau... (PHOTO IVANOH DEMERS, LA PRESSE)

Agrandir

Jacques Duchesneau

PHOTO IVANOH DEMERS, LA PRESSE

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) En ces matières, il faut avoir un peu de mémoire. La Coalition avenir Québec (CAQ) croupissait dans l'oubli jusqu'à la semaine dernière. Des élections cette semaine? Les deux tiers du caucus doivent se trouver un autre emploi. La controverse lancée par Jacques Duchesneau a replacé la CAQ en tête des bulletins d'information.

Dans une situation comparable, l'Action démocratique du Québec, l'ancêtre de la CAQ, n'avait pas fait autrement: une élection complémentaire dans Vanier en 2004 était vitale pour le jeune parti, qui avait subi une dégelée aux élections précédentes. Mario Dumont l'avait finalement emporté.

Dans les deux cas, la même stratégie: laisser planer le soupçon.

L'équipe de Mario Dumont avait tiré profit de la suspicion incroyable à Québec à l'époque de l'affaire de la prostitution juvénile. Même l'ancien maire Jean-Paul L'Allier s'était fait salir par les "radio-poubelles". Aucune affirmation, mais de nombreuses questions.

Les allégations de Jacques Duchesneau, la semaine dernière, sont de la même farine. Laisser entendre quelque chose, mais surtout sans le dire explicitement.

Il y a un peu de désespoir dans la sortie de Jacques Duchesneau, beaucoup de lassitude aussi. Et il n'est pas le seul. Dans l'équipe de François Legault, plusieurs sont déterminés à ne pas se présenter de nouveau, à moins bien sûr que les sondages ne leur garantissent une limousine. Jacques Duchesneau, le premier, ne sera pas là aux prochaines élections, pas plus d'ailleurs que Christian Dubé, probablement la meilleure recrue de François Legault.

Jacques Duchesneau dit n'avoir posé que des questions. Mais il a établi un lien entre la consommation de cocaïne d'André Boisclair et sa proximité avec l'entrepreneur Paul Sauvé, qui avait embauché un Hells Angel comme "surintendant" de son entreprise de maçonnerie, LM Sauvé.

Le suspect parfait

Dans cette affaire, je peux apporter un éclairage et j'estime avoir mon mot à dire. En effet, c'est dans un de mes textes, le 18 juin 2005, qu'on avait pour la première fois évoqué la consommation de cocaïne d'André Boisclair. Le candidat à la succession de Bernard Landry nous arrivait de Harvard tout frais diplômé.

Le texte expliquait qu'«André Boisclair revient de plus loin que de Boston» et que le «jeune politicien qui roulait à tombeau ouvert» avait bien changé. Les années folles de Boisclair remontent à la fin des années 90. On sait que Lucien Bouchard avait eu une rencontre percutante avec son jeune ministre. Le député de Gouin était sorti livide du cabinet du premier ministre, comprenant bien qu'il n'aurait pas une seconde chance.

Même si son erreur passée avait plombé sa campagne, les péquistes l'avaient tout de même choisi comme chef - il était passé au premier tour, laissant à Pauline Marois un score humiliant de 20% des votes. Ce fut une tout autre affaire à l'élection: Jean Charest était parvenu à le cantonner dans le rôle de «l'immature», une image que le désolant épisode du sketch de Brokeback Mountain avait carrément cristallisée. Montréalais, urbain, avec sa tête d'acteur de soap américain, homosexuel avoué, Boisclair traînait en région une image d'ancien drogué... La rencontre avec l'électorat a été aussi percutante que douloureuse.

Dans sa déclaration, hier, Boisclair a rappelé une chronologie qui aurait dû inspirer une petite gêne au député Duchesneau. La consommation de drogue remonte à la fin des années 90, le feu vert au projet de rénovation de l'église St. James tombe en 2003, à quelques jours des élections, soit, mais au terme d'une évaluation des fonctionnaires.

Or, le Hells Angel Normand Casper Ouimet n'apparaît qu'en 2006 comme "surintendant" en formation dans l'entreprise de Sauvé.

La première mention d'une nouvelle vie dans la construction pour ce motard apparaît le 4 mars 2009, dans un de mes textes. Le jour même, la députée adéquiste Sylvie Roy réclamait à l'Assemblée nationale une enquête publique sur l'industrie de la construction.

J'avais passé, la veille, plusieurs heures en tête à tête avec Paul Sauvé, qui était alors aux abois. Son entreprise de maçonnerie était en train de couler. Personnage fascinant, convaincant, sauf quand on apprend par la suite qu'il avait la mauvaise habitude de ne pas payer ses conseillers, ses fournisseurs, qu'il était à couteaux tirés avec beaucoup de monde et qu'il s'en était remis à la police en désespoir de cause.

Il savait très bien qui était ce M. Ouimet avant de le faire entrer dans sa bergerie. Mais il sait être convaincant; on s'étonne un peu que les commissaires France Charbonneau et Renaud Lachance aient écouté pendant trois jours le témoignage d'un individu qui a admis clairement avoir eu autant de problèmes personnels.




À découvrir sur LaPresse.ca

publicité

publicité

Les plus populaires : Actualités

Tous les plus populaires de la section Actualités
sur Lapresse.ca
»

publicité

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer