Équipe Coderre: un candidat aux amitiés embarrassantes

Bernard Trépanier et Michel Bissonnet, candidat à la mairie... (PHOTO FOURNIE par la COMMISSION CHARBONNEAU)

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Bernard Trépanier et Michel Bissonnet, candidat à la mairie de Saint-Léonard pour l'Équipe Coderre.

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Le candidat-vedette de l'Équipe Coderre à la mairie de Saint-Léonard, Michel Bissonnet, était présent à une fête organisée chez Paolo Catania et longuement évoquée à la commission Charbonneau, a appris La Presse. Pour célébrer les 40 ans de sa femme, l'entrepreneur avait réuni des proches de la mafia et plusieurs acteurs montrés du doigt dans le scandale de la collusion à Montréal, dont des ingénieurs qui allaient plus tard reconnaître avoir été corrompus.

Tard hier soir, après plusieurs demandes d'entrevue, Denis Coderre a finalement commenté les amitiés de son candidat. Il s'est dit convaincu que Michel Bissonnet n'avait rien fait de répréhensible en se présentant à la fête.

Ce soir-là, alors que plusieurs bénéficiaires de contrats publics montréalais étaient réunis dans les Laurentides à une heure de route de la métropole, Michel Bissonnet est arrivé en compagnie de Bernard Trépanier, alias «Monsieur 3%», le grand argentier d'Union Montréal, le parti du maire de l'époque, Gérald Tremblay.

Plusieurs autres organisateurs du système de collusion montréalais identifiés à la commission Charbonneau étaient présents, dont Nicolo Milioto, le PDG de Génius Michel Lalonde et l'ingénieur municipal Luc Leclerc, entre autres.

Questionné par La Presse, Michel Bissonnet a d'abord affirmé ne pas se souvenir de l'événement, avant de finalement concéder avoir été présent.

«J'ai toujours connu la famille Catania. Je les connais depuis 1976-1977, mais je ne suis jamais intervenu directement ou indirectement, que ce soit pour Paolo, Frank ou Tony», dit-il.

«Il n'y a aucune de ces firmes qui ont un contrat ici», a-t-il ajouté au sujet de l'arrondissement de Saint-Léonard, dont il a été maire de 1978 à 1981 et de 2008 à aujourd'hui.

Quant à la présence de plusieurs ingénieurs municipaux aux côtés des entrepreneurs qui bénéficiaient de contrats publics, Michel Bissonnet a répliqué qu'il ne connaissait aucun des fonctionnaires sur place à l'époque.

Il se souvient toutefois de la présence de Michel Lalonde, président de la firme Génius, qu'il avait déjà rencontré dans une «activité libérale».

Preuve policière

Selon nos sources, la police a en main des preuves matérielles démontrant la présence de M. Bissonnet aux côtés de plusieurs personnes présentes à cette soirée, et qui ont été ciblées par des enquêtes sur la corruption.

Ces preuves font partie du dossier de l'enquête sur le scandale du faubourg Contrecoeur, qui a abouti à l'arrestation en mai 2012 de Paolo Catania, de l'ex-président du comité exécutif Frank Zampino, et de l'ex-responsable du financement d'Union Montréal, Bernard Trépanier.

La police croit que dans cette affaire, Catania a usé de corruption pour mettre la main sur des terrains de la Ville qui ont été cédés pour une bouchée de pain. Les enquêteurs ont donc documenté les relations politiques du prospère homme d'affaires.

C'est dans ce contexte qu'ils se sont intéressés à la fête donnée pour le 40e anniversaire de la femme de Catania, dans le chalet du couple, un château évalué à 2,8 millions et situé à Piedmont, dans les Laurentides. À l'époque de la fête. M. Bissonnet était député à l'Assemblée nationale, «entre 2004 et 2006», selon le témoignage d'un des convives, à la commission Charbonneau.

M. Bissonnet dit ne pas s'inquiéter du fait que la police est au courant de sa présence à Piedmont, puisque ses relations d'amitié avec la famille Catania sont notoires. La commission Charbonneau l'a bien contacté pour lui faire identifier une photo, dit-il, mais il n'a plus eu de nouvelles depuis.

Il ne se formalise pas non plus du fait des démêlés judiciaires de la famille Catania dans plusieurs dossiers de corruption.

Pas la première fois

Ce n'était pas la première fois que M. Bissonnet se retrouvait dans un événement intime de la famille Catania. Il était aussi parmi les invités à la fête de retraite de Frank Catania dans un hôtel du centre-ville de Montréal, en 2005. L'enquête Colisée de la GRC a démontré que les cinq chefs de la mafia montréalaise s'étaient alors cotisés pour offrir un cadeau à M. Catania. Selon nos sources, des membres du crime organisé étaient présents à cette occasion.

Questionné par La Presse, Michel Bissonnet a spontanément reconnu sa présence à ce «pot de départ».

«Je n'ai été là qu'une demi-heure», dit-il, en précisant n'avoir vu aucun chef mafieux.

En 2006, alors qu'il était député libéral et président de la Chambre à Québec, M. Bissonnet avait lui-même remis la médaille de l'Assemblée nationale à Frank Catania.

À l'époque, peu de gens dans le public connaissaient les liens étroits qui unissaient l'entrepreneur à la mafia montréalaise.

Dans l'enquête Colisée, la GRC a filmé le chef mafieux Nicolo Rizzuto et Frank Catania ensemble au café Consenza.

«Le 15 juin 2004, vers 14h02, Nicolo Rizzuto est observé entrer dans la pièce du milieu du Consenza, indique un résumé déposé en cour. Il compte une liasse d'argent, lève la jambe de son pantalon et met la liasse dans une de ses chaussettes. Rizzuto fait ceci en présence de Francesco Catania, assis à la table en conversation téléphonique sur son cellulaire. Quelques minutes plus tard, Catania et Rizzuto quittent.»

Une photo saisie par la police et déposée à la commission Charbonneau montre d'ailleurs M. Rizzuto et Frank Catania assis côte à côte au siège social de Construction Frank Catania, à Brossard.

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