Accurso dit avoir donné 250 000 $ après la défaite de Duchesneau en 1998

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Tony Accurso a enchainé les révélations explosives au quatrième jour de son témoignage devant la commission Charbonneau, vendredi. L'ancien roi de la construction a déclaré avoir fait un chèque de 250 000 $ destiné à éponger le déficit de la campagne de Jacques Duchesneau à la mairie de Montréal en 1998.

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L'ancien chef de police de Montréal et ex-député caquiste, Jacques Duchesneau

PHOTO IVANOH DEMERS, ARCHIVES LA PRESSE

« M. Duchesneau m'a dit: écoute si tu m'aides, moi je vais me replacer les pieds quelque part. Je vais m'en souvenir, je vais te retourner l'ascenseur », a déclaré l'ancien roi de la construction, ce matin.

Peu après midi, sur les ondes du 98,5 FM, M. Duchesneau a réfuté les affirmations de M. Accurso. « C'est totalement faux », a martelé l'ancien député de la CAQ.

Avant de rencontrer Duchesneau, Tony Accurso a fait la rencontre d'un certain « Richard », décrit comme un ami ou un membre qui s'occupait de son financement politique.

« Il m'a dit écoute: « M. Duchesneau aimerait que tu contribues au déficit de son élection». Il semblait être pas mal en gros trouble. Sa maison était hypothéquée et il voulait savoir si j'étais capable de le sortir de ce trou-là. »

Accurso a accepté et a fait un chèque au nom de l'entreprise appartenant à l'homme prénommé « Richard ».

« Est-ce que Duchesneau vous a retourné l'ascenseur », lui a alors demandé la procureure de la Commission Me Sonia Lebel.

« Oui... en descendant! » a répliqué Accurso.

La juge Charbonneau lui a demandé de préciser sa pensée.

« Quand je l'ai vu assis ici sur cette chaise et qu'il vous a dit qu'il y a trois ministres qui ont séjourné sur mon bateau, je regardais ça à la télé et la télé a failli sauter. Je n'étais vraiment pas content, parce que c'était des menteries pures et nettes. Ce n'était pas vrai », a dit Accurso.

Jacques Duchesneau est l'ancien chef de la police de Montréal. En septembre 2011, il a remis un rapport au ministère des Transports du Québec sur la corruption et la collusion dans l'industrie de la construction.

« Qu'est-ce qui nous dit que vous n'essayez pas de vous venger », a demandé la juge Charbonneau. « Je ne mens pas », a répondu Accurso.

Une photo Rizzuto-Accurso?

La Commission a aussi diffusé une écoute électronique inédite entre l'ancien président de la FTQ Michel Arsenault et John Le Bouthiller qui porte à croire que les policiers sont en possession d'un cliché montrant Tony Accurso et le chef défunt de la mafia montréalaise Vito Rizuto. John LeBouthiller est le président du conseil d'administration d'Industrielle Alliance.

« La police a une photo d'Accurso et de Vito Rizzuto qui se donnent l'accolade, à la mafia, sur un trottoir, probablement en avant du Tops Resto-Bar. Deux journalistes ont vu la photo, mais la police n'a jamais voulu m'la donner », déclare Le Bouthiller dans la conversation interceptée le 20 mars 2009.

Le Bouthiller y va ensite d'une autre révélation étonnante: « la deuxième chose que j'ai apprise, c'est que quand le Parti québécois était au pouvoir, (Serge) Ménard, il avait barré Accurso des soumissions publiques... On m'a dit qu'il l'avait barré parce qu'il y avait toujours des extras dans ses soumissions publiques. »

Le Bouthiller ajoute que c'est Jean Charest qui aurait remis Accurso sur une liste de soumissionnaires qui peuvent faire affaire avec le gouvernement.

« Accurso est allé voir Charest quand il a été élu en 2003, il a été suivi personnellement qui l'aurait remis sur la liste. »

« C'est complètement faux », a dit Accurso après la diffusion de l'écoute électronique. « J'ai jamais été barré et je n'ai jamais été remis. »

Le commissaire Renaud Lachance lui a alors demandé si à sa connaissance, un politicien peut user de sa discrétion pour écarter un entrepreneur.

« Moi ça ne m'est jamais arrivé, sauf si la Commission montre que Pauline Marois m'a barré d'Hydro-Québec », a-t-il répondu.

Prête-noms et souper avec Jean Charest

Plus tôt ce matin, Tony Accurso a confirmé qu'il utilisait des prête-noms au sein de son entreprise pour faire du financement politique.

Entre 1998 et 2011, Accurso et ses employés ont donné 556 080 $ au PLQ, 154 385 $ au PQ et 37 825 $ à l'ADQ.

« C'est quelque chose que mon père m'a appris: demande pas à un politicien de t'aider, demande-lui de ne pas te nuire. »

Tony Accurso affirme qu'il remboursait « systématiquement » les dons politiques de ses employés.

Me Sonia Lebel, qui mène son interrogatoire, a déclaré dit que les policiers ont retrouvé une pile de chèques totalisant 61 500 $ lors d'une perquisition au PLQ avec une liste d'employés des entreprises d'Accurso. La pile était identifiée au nom de « Tony A ».

Tony Accurso dit qu'il a été approché par Marc Bibeau, l'ex-grand argentier du PLQ, au tournant des années 2000, pour contribuer au parti.

« C'est un gars que je connais parce que mon entreprise et la sienne font affaire ensemble. Ce n'est pas un ami, c'est une connaissance », a expliqué Accurso. « Il m'a appelé personnellement, j'ai été le rencontrer à son bureau et il m'a demandé ces sommes-là année après année. »

Tony Accurso dit aussi avoir soupé dans un restaurant du centre-ville avec Jean Charest en compagnie de Bibeau et à l'invitation de ce dernier. Il n'a pas pu préciser la période à laquelle avait eu lieu ce souper.

Questions sur le Touch: Accurso exaspéré

« Y a-tu quelqu'un un jour qui va me ficher la paix et me traiter comme un être humain? C'est une période rough, Madame la présidente. »

Tony Accurso était visiblement bien préparé pour son passage devant la commission Charbonneau, mais à la fin du quatrième jour de son témoignage, vendredi, on l'a senti exaspéré et ébranlé. En particulier, il s'est rebiffé devant les questions répétées sur les passagers qui ont séjourné sur son luxueux yacht, le Touch.

« Le bateau, c'était mon chalet. C'est ma deuxième maison. Je n'ai pas de manoir où les gens sont amenés en jet privé. Je ne comprends pas comment je ne peux pas inviter des gens chez nous sans que ça fasse couler autant d'encre durant cinq ou six ans! Est-ce que ce serait la même chose si j'avais invité les gens chez nous à ma maison? »

Le PQ nie

Par ailleurs, l'avocate du Parti québécois, Me Estelle Tremblay, est intervenue à la commission pour affirmer que la commande politique du bureau de Pauline Marois pour mettre de côté l'entreprise d'Antonio Accurso chez Hydro-Québec n'a jamais été faite.

Jeudi, l'entrepreneur avait raconté qu'en septembre 2012, son entreprise avait reçu une lettre d'Hydro-Québec le privant de la possibilité de soumissionner, même, pour un contrat ou un sous-contrat.

Il avait ajouté qu'il avait alors su de la part de proches du Parti québécois que la commande à Hydro-Québec avait été faite par le bureau de Pauline Marois.

Me Tremblay a pris l'initiative de se lever, vendredi matin, pour nier le tout, affirmant qu'après vérification, l'événement relaté «ne s'est pas produit».

La juge France Charbonneau lui a fait remarquer qu'elle n'avait pas le droit de plaider elle-même et qu'elle aurait le loisir de contre-interroger le témoin éventuellement.

- Avec Lia Lévesque, La Presse Canadienne

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