Enveloppes brunes et pluie de cadeaux pour un ingénieur du MTQ

Les retours d'ascenseurs ont été lucratifs pour les firmes qui ont donné des cadeaux ou carrément corrompu l'ex-fonctionnaire du ministère des Transports du Québec (MTQ), Guy Hamel, qui a témoigné ce matin devant la commission Charbonneau.

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Guy Hamel, ancien employé du MTQ et ingénieur de formation

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Durant une grande part de sa carrière comme chef d'équipe à la division montréalaise du MTQ, de 1975 à 2005, Guy Hamel était l'homme qui recommandait l'acceptation ou le rejet des « extras » à ses patrons. Il siégeait aussi sur les comités de sélection du MTQ et les entreprises de construction et d'ingénierie le savaient bien.

Croisières dans les Caraïbes, voyages de golf, sorties de ski, l'ingénieur a fait l'étalage devant la commission de l'éventail de cadeaux qu'il a reçus à partir des années 1990.

L'un des cas les plus spectaculaires concerne le contrat de réfection de l'Autoroute 40, entre le boulevard des Sources et l'Autoroute 520. Le contrat a été réalisé par l'entrepreneur Grands travaux Soter (GTS) et surveillé par le consortium Genivar-Tecsult.

Guy Hamel a déclaré devant la commission qu'en février 2004, GTS lui a offert une croisière dans les Caraïbes. C'est un dénommé Marc Lussier qui lui a remis 5000$ pour payer son voyage. Hamel a ajouté qu'un responsable de Genivar lui avait aussi offert 1500$ pour ses dépenses durant le voyage.

Guy Hamel a avoué qu'il avait remis l'estimation du projet de l'Autoroute 40 à Marc Lussier lors de la période d'appel d'offres.

Initialement, le contrat de réfection de l'Autoroute 40 devait coûter 35 millions. La facture finale du projet s'est élevée à 40 millions.

Au total, 28 avenants ont été accordés par le MTQ sur ce projet. Selon Hamel, entre 3 et 3,5 millions d' « extras » « s'expliquaient bien ». Il s'est dit cependant dit responsable d'une « zone grise » plus ou moins justifiable de 1 à 1,5 million.

Ce projet a fait l'objet d'une enquête par le comité de vérification interne du MTQ. Hamel affirme qu'il n'a jamais été interrogé dans le cadre de cette affaire.

Enveloppes

Guy Hamel a aussi déclaré avoir reçu trois enveloppes contenant 5000$ d'argent comptant de la part de l'entreprise D.I.M.S. en 1999 et 2000 pour le projet du pont Charles-de Gaule.

À l'époque, l'entreprise avait soumissionné à 11 millions, alors que l'estimé du ministère s'élevait à 12 millions. Hamel avait alors calmé les inquiétudes de ses collègues au MTQ qui craignaient que l'entreprise n'ait pas les reins assez solides pour éponger une perte de 1 million.

Guy Hamel a aussi accepté trois voyages de golf à Myrtle Beach valant 2500$ chacun dans les années 90 par un entrepreneur dénommé Guy Larocque de Laboratoires de béton. Un ingénieur de Cima+, François Plourde a déjà été présent à au moins un des voyages. Hamel y a été invité pour la première fois en 1993, lorsqu'il a commencé à siéger aux comités de sélection du MTQ.

En 1998, Cima et Roche ont payé un voyage de ski au Massif à Guy Hamel et deux directeurs territoriaux du MTQ, Antoine Robitaille (Estrie) et Pierre-André Dugas (Montérégie-Ouest).

Le témoin a terminé son témoignage en fin d'avant-midi. «Je suis très heureux d'avoir participé à la commission pour me libérer de ça. Ç'a été très lourd à porter toutes ces années. Je ne me voyais pas sur mon lit de mort annoncer ça à mes enfants», a-t-il déclaré.

La commission entend maintenant Jeannette Gauthier, ingénieure et enquêteuse à la commission. Elle mettra la table pour le volet portant sur l'éclairage et la signalisation. Cette dernière a rencontré 30 acteurs de l'industrie durant son enquête.

Marché de l'éclairage : « Respect » entre entreprises

La commission Charbonneau s'est lancée dans un nouveau chapitre cet après-midi : celui de la collusion dans le domaine de la signalisation et de l'éclairage. Jeannette Gauthier, ingénieure et enquêteuse à la commission a été appelée à la barre pour mettre la table dans ce nouveau volet. Elle a présenté les conclusions de son enquête auprès de 30 acteurs de l'industrie.

Mme Gauthier a d'abord expliqué qu'il existait une forme de non-concurrence, de « respect » des territoires dans le marché de l'éclairage extérieur. Elle a aussi révélé que certains entrepreneurs réalisaient des soumissions concertées, notamment dans la grande région de Montréal.

Entre 2003 et 2011, trois entreprises (TCI Néolect-LeSaux, Chagnon Systèmes urbains et Bernard Brossard) se sont divisé 71% des contrats d'éclairage dans la grande région de Montréal (80% au MTQ et 57% au municipal).

Au départ, TCI Néolect-LeSaux était trois entreprises distinctes (Néolect a acheté LeSaux en 2005 et TCI a été fusionné à l'entreprise en 2007).

Selon Mme Gauthier, Néolect, LeSaux, Chagnon et Bernard Brossard se seraient entendus pour truquer des soumissions vers 2000 à 2006.

Par ailleurs, les entrepreneurs « dominants » bénéficient d'escomptes beaucoup plus élevés auprès des fournisseurs de matériaux que les plus petits. C'est de cette manière qu'ils parviennent à être plus compétitifs dans leurs appels d'offres, a-t-elle expliqué.

Jeannette Gauthier a terminé son témoignage. Un entrepreneur et un fabricant seront entendus demain.




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