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Une manif pro-armes au parc en mémoire de la tuerie de Polytechnique

La place du 6-Décembre-1989 est un lieu commémoratif... (PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE)

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La place du 6-Décembre-1989 est un lieu commémoratif créé à la mémoire des 14 femmes tuées par Marc Lépine.

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À quelques jours du 28e anniversaire de la tuerie de Polytechnique, un groupe de propriétaires d'armes à feu en croisade contre le registre organise samedi une manifestation à la place du 6-Décembre-1989, un lieu commémoratif créé à la mémoire des 14 femmes tuées par Marc Lépine.

«C'est comme nous cracher en plein visage», dénonce Suzanne Laplante-Edward, dont la fille Anne-Marie est morte lors de la tuerie.

«Je suis profondément troublé. Ils ont choisi l'endroit où on se rend depuis des années pour vivre notre tristesse. C'est de la pure provocation», affirme pour sa part Jean-François Larrivée, qui a perdu sa conjointe Maryse Laganière lors du drame.

Jusqu'à maintenant, près d'une centaine de personnes ont confirmé leur participation à la manifestation du 2 décembre sur la page de l'événement, Rassemblement des gunnies. Un service d'autobus gratuit ayant pour point de départ un magasin d'armes à feu de Québec a été prévu par le groupe de pression Tous contre un registre des armes à feu, organisateur de l'événement. La manifestation vise officiellement à dénoncer le «contrôle excessif des armes».

«Certaines personnes peuvent le voir comme de la provocation, mais nous avons beaucoup d'empathie envers les victimes», affirme Guy Morin, vice-président de Tous contre un registre des armes à feu, et organisateur de l'événement. « Au moins 300 à 400 » personnes sont attendues à cette manifestation, a-t-il précisé, ce matin.

«On aurait bien aimé faire la manifestation dans un sous-sol d'église de Maniwaki, mais personne n'en aurait parlé. Le seul but, c'est d'attirer l'attention et de démontrer que Poly se souvient [un groupe de pression qui milite pour un contrôle strict des armes] utilise chaque année l'événement de la Polytechnique pour ramasser de l'argent pour défendre un agenda - le contrôle des armes à feu - en disant qu'ils veulent défendre des vies. Nous aussi, on veut défendre des vies», ajoute M. Morin, un ancien candidat au Parti conservateur du Québec dans Arthabaska aussi à la tête d'une entreprise de sécurité. 

«Dans le fond, ce qu'on veut, c'est trouver des solutions aux problèmes qu'on a. Ce qu'on dit, c'est arrêtez de frapper sur les honnêtes propriétaires d'armes. Il faut que la réglementation entourant les armes vise les personnes à risque, soit les personnes qui ont des problèmes de santé mentale.»

Malaise parmi les propriétaires d'armes

Depuis un peu plus d'un mois, un groupe de propriétaires d'armes lié à Tous contre un registre des armes à feu mène une campagne particulièrement virulente sur les réseaux sociaux contre les groupes demandant un contrôle plus strict des armes. La page Facebook de Poly se souvient a été fermée à plusieurs reprises, ces dernières semaines, à la suite de fausses plaintes provenant d'activistes. Un militant, Gino Marra, a suggéré sur Facebook et sur son blogue de vouer une « haine parfaite » à Heidi Rathjen, coordonnatrice de Poly se souvient.

La décision de tenir une manifestation samedi à la place du 6-Décembre-1989 est cependant loin de faire l'unanimité parmi les propriétaires d'armes. Plusieurs reprochent à Guy Morin de dépasser les bornes. «Ciboire le peu de légitimité publique que t'avais face à la population, tu viens de la flusher à mes yeux en essayant d'aller pisser sur les tombes des victimes de polytechnique», écrit un propriétaire d'arme sur la page Facebook du Rassemblement des gunnies. «Des imbécillités du genre, ça ne fait que faire passer le détenteur de permis de possession et d'acquisition d'armes moyen pour un ostie de cave. Je comprends que tout le monde ici déteste les actions de Poly se souvient, mais d'aller faire un meetup/manifestation à cet endroit, à cette date et avec vos revendications, c'est d'envoyer un gros middle finger aux 14 personnes qui sont mortes et à leur famille.»

«Impossible que vous fassiez avancer les choses avec cette manifestation sur les lieux d'un événement historique négatif. C'est comme si un pyromane allait sur un brasier et jouait la carte de la sympathie. Les gens ne sont pas caves», écrit une autre personne.

Une première en 28 ans

Sylvie Haviernick, qui a perdu sa soeur lors de la tuerie de Polytechnique, voit dans ce rassemblement une tactique inspirée des stratégies de communication de la puissante National Rifle Association (NRA), aux États-Unis. «Ces gens véhiculent une culture qui ne ressemble pas à la culture canadienne. La plupart des chasseurs ici sont d'accord avec l'idée d'un registre des armes», dit-elle.

Pas question d'essayer d'empêcher la manifestation de Tous contre un registre des armes à feu pour autant. «Tout le monde a droit à son opinion. Je trouve cependant ça excessivement violent à l'égard des familles des victimes. C'est la première fois en 28 ans que des gens nous agressent comme ça. J'ai bien hâte de voir ce que ce genre de discours aura comme impact auprès des instances politiques», dit Mme Haviernick.

Ministre et mairesse outrés

Le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, s'est montré outré ce matin du choix de lieu pour manifester. « C'est plus que d'un mauvais goût; je condamne fermement, fermement », a-t-il lancé.

« Je trouve ça absolument scandaleux », a-t-il ajouté.

De son côté, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, y a vu « un manque de jugement » de la part des opposants au registre des armes à feu. C'est aussi « un manque de respect inacceptable envers les victimes de cette tragédie et toutes les femmes victimes de violence », a-t-elle commenté sur Twitter.




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