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Protection de la baleine noire: dur coup pour l'industrie touristique

La mort inexpliquée d'au moins 13 baleines noires dans... (Archives La Presse canadienne)

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La mort inexpliquée d'au moins 13 baleines noires dans le golfe du Saint-Laurent a mené le gouvernement fédéral à créer le plan de protection d'urgence de la baleine noire de l'Atlantique Nord.

Archives La Presse canadienne

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<p>Fanny Lévesque</p>

Le plan de protection d'urgence de la baleine noire de l'Atlantique Nord a de lourds impacts sur l'industrie des croisières. Seize escales ont été rayées de l'itinéraire dans trois ports du Saint-Laurent et la liste pourrait s'allonger. C'est Gaspé qui écope le plus. L'industrie touristique régionale, véritable poumon économique, pourrait perdre jusqu'à 2,5 millions. Sept compagnies ont dû rayer l'arrêt gaspésien, dont la prestigieuse Cunard, qui exploite le Queen Mary 2. C'est que la réduction de vitesse navigable dans le golfe leur fait perdre un temps précieux.

GASPÉ PERD GROS

Ce sont 13 bateaux qui ont annulé leur visite à Gaspé depuis qu'Ottawa a imposé, il y a un mois, une vitesse de navigation maximale de 10 noeuds (environ 20 km/h) dans l'ouest du golfe pour les navires de plus de 20 m. En quelques semaines, la liste des escales a fondu comme neige au soleil. Et la région a subi un dur coup, hier, lorsque le paquebot Queen Mary 2, opéré par le croisiériste Cunard, a décidé d'annuler son escale à Gaspé.

« [Le Queen Mary 2] est celui qui fait courir les foules, qui amène un rayonnement hors de l'ordinaire », a déploré le chef d'escale chez Escale Gaspésie, Stéphane Sainte-Croix. Cinq annulations supplémentaires pourraient s'ajouter cet automne, mais pour l'heure, ce sont 22 616 passagers et membres d'équipage qui ne fouleront pas le sol gaspésien. « C'est majeur », a-t-il dit.

Déjà, il est estimé qu'il manquera dans les coffres d'Escale Gaspésie, qui est une société à but non lucratif regroupant les villes de Gaspé, Percé et Chandler, au moins 150 000 $ si la liste s'allonge jusqu'à 18 annulations, comme on s'y attend. « Ça fait mal dans le sens qu'on n'a pas vu venir le coup. [La décision] nous a été littéralement jetée au visage », a affirmé M. Sainte-Croix.

DES VENTES COMME À NOËL

La Chambre de commerce et de tourisme de Gaspé s'inquiète des répercussions qu'entraîneront ces imprévus chez ses membres. En octobre 2016, lors de la visite inaugurale du Queen Mary 2 dans les eaux gaspésiennes, des commerçants avaient confié avoir fait des ventes « comme à Noël », profitant aussi de l'affluence de curieux venus admirer le navire.

« La saison des croisières permet d'allonger la saison [touristique] », a expliqué le directeur général de la Chambre de commerce et de tourisme, Olivier Nolleau. « Alors quand on perd des milliers de croisiéristes, c'est certain qu'il y a un impact considérable. [...] C'est sûr que ça fait mal au milieu économique ». On estime qu'un croisiériste dépense en moyenne 140 $ par jour lors de son escale à Gaspé.

Le parc national Forillon n'a pu, pour sa part, recevoir la visite de 1500 vacanciers en raison de l'annulation des escales de cinq navires qui avaient planifié leur passage dans le parc.

« TROP TARD » POUR CETTE ANNÉE

Le maire de Gaspé, Daniel Côté, digère mal la décision prise « à la dernière minute » par Ottawa, dit-il, de protéger la baleine noire de l'Atlantique Nord. « C'est très, très décevant », a lancé le maire, qui assure « que d'autres solutions » avaient été proposées pour s'ajuster à la mort rapide et inexpliquée de 13 à 15 baleines noires dans les eaux canadiennes et américaines.

« Pour cette année-ci, c'est clair qu'il est trop tard pour revenir en arrière. Cependant, pour les années à venir, si on ne veut pas continuer sur la voie de la débandade, dans cette industrie qu'on a bâtie avec un énorme succès, il faut que l'année prochaine soit prévisible », martèle-t-il. Le maire soutient qu'il avait notamment été proposé d'ajouter des observateurs à la proue des navires.

CERTAINS PERDENT, D'AUTRES GAGNENT

C'est Sept-Îles qui a accepté au pied levé d'accueillir le Queen Mary 2 à la date prévue de son arrêt à Gaspé, le 2 octobre. L'escale de la Côte-Nord devait initialement le recevoir pour une première fois en 2018. « Pour nous, refuser l'offre de Cunard, c'était impensable », assure la chef d'escale de Destination Sept-Îles Nakauinanu, Marie-Ève Duguay.

Si Sept-Îles gagne au change pour l'heure, d'autres escales du Saint-Laurent subissent aussi les contrecoups de la nouvelle réglementation. Le Celebrity Summit a entre autres annulé son escale d'octobre à La Baie. Le CTMA Vacancier ne s'est également pas arrêté au port de Baie-Comeau au début du mois. L'entreprise, qui offre une croisière entre Montréal et les îles de la Madeleine, a également fait savoir que son bateau ne s'arrêterait plus à Gaspé « tant que la directive de limite de vitesse sera[it] maintenue par Transports Canada » parce que cet arrêt lui fait maintenant « perdre entre quatre et six heures de navigation par trajet ».

UNE MESURE « TEMPORAIRE » ET « EXCEPTIONNELLE »

« Notre gouvernement devait prendre des mesures exceptionnelles », maintient la ministre fédérale du Revenu national et députée de la Gaspésie-Les Îles-de-la-Madeleine, Diane Lebouthillier, qui rappelle l'urgence qu'il y avait, cet été, de freiner l'hécatombe frappant la baleine noire, une espèce en péril. Mais elle rappelle également qu'il s'agit d'une mesure « temporaire ».

La ministre ne peut néanmoins pas confirmer si la mesure limitant la vitesse de navigation à 10 noeuds dans l'ouest du golfe Saint-Laurent sera maintenue en 2018. Ottawa attend toujours de connaître les conclusions des nécropsies pratiquées durant l'été sur les carcasses. Le rapport pourrait venir au début d'octobre, selon nos informations.

Le gouvernement cherche aussi à comprendre pourquoi on a observé davantage de baleines noires dans le golfe en 2017. Mme Lebouthillier assure que des rencontres sont au programme pour l'automne, entre autres avec Escale Gaspésie et Croisières CTMA. Hier, l'Association des croisières du Saint-Laurent a également réclamé qu'une « stratégie d'interventions » soit mise en place par Ottawa pour 2018.

« Je suis très consciente de l'impact que ça a » sur toute l'industrie, a-t-elle affirmé, n'excluant pas que des organismes soient dédommagés par le gouvernement pour les pertes subies.

MORTS INEXPLIQUÉES DE BALEINES NOIRES

  • 6 juin : Début de l'hécatombe ; trois carcasses à la dérive sont repérées.
  • 29 juin : Les trois premières nécropsies sont pratiquées.
  • 10 juillet : Un sauveteur de baleine meurt dans une opération de « désempêtrement ».
  • 1er août : Une dixième baleine noire est retrouvée morte.
  • 2 août : Le ministre de Pêches et Océans Canada, Dominic LeBlanc, se rend à Moncton.
  • 11 août : Ottawa annonce une série de mesures, dont la limitation de la vitesse de navigation.

LE QUEEN MARY 2 EN CHIFFRES

Nombre de passagers : 2691

Membres d'équipage : 1292

Vitesse : 28 noeuds




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