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Incendie de Londres: les pompiers québécois seraient-ils prêts?

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Une tour de logements sociaux de 24 étages s'est transformée en véritable enfer à Londres, dans la nuit de mardi à hier, ravagée par un incendie ayant fait au moins 12 morts et 78 blessés, sans compter les nombreux disparus, malgré le travail héroïque des pompiers londoniens. Les services d'incendie québécois sont-ils préparés à un tel brasier infernal ? Entrevue avec Jacques Proteau, directeur général de l'École nationale des pompiers du Québec.

Quelle est la stratégie des pompiers pour combattre un tel incendie ?

Les pompiers ont des cours particuliers pour les interventions dans les bâtiments de grande hauteur. Toutes, toutes, toutes les interventions sont complexes. Le nerf de la guerre, c'est la prise de commandement de l'intervention. Ils vont rapidement installer un poste de commandement avancé, soit le plus près de l'intervention possible, généralement un ou deux étages sous l'étage du feu, lorsque le foyer d'incendie est localisé. [...] Règle générale, ces bâtiments sont giclés et ont des colonnes d'eau. À l'extérieur, les autopompes vont donner davantage d'eau au système pour que les pompiers puissent utiliser des jets dans la partie haute du bâtiment.

Quels sont les défis d'une intervention dans un immeuble en hauteur ?

Un incendie mineur dans un bâtiment de grande hauteur, c'est un incendie complexe, juste pour atteindre le foyer d'incendie, par exemple. S'ajoute à cela le fait que dépendamment des températures intérieures et extérieures, les mouvements de fumée peuvent être totalement différents. Les intervenants peuvent arriver à un étage et être dans la fumée complètement, alors que le feu est trois, quatre ou cinq étages au-dessus. Alors, où est le foyer de l'incendie lorsqu'on ne voit pas l'incendie de l'intérieur ? Donc, ils font des recherches de façon systématique. Il y a des postes d'équipement qui sont montés sur les étages pour que les pompiers n'aient pas à gravir 10 ou 20 étages et redescendre pour aller chercher quelque chose.

Y a-t-il d'autres particularités ?

Dans les bâtiments dits incombustibles, soit ceux en béton, la ventilation est difficile à faire. Il faut comprendre qu'il y a une accumulation de chaleur très importante. Alors tu ne peux pas utiliser n'importe quel type de jet et tu ne peux pas envoyer de l'eau n'importe où, parce que l'eau se transforme en vapeur. Ça prend des jets directs, ça prend des techniques différentes. Les pompiers ont des sacs [avec de l'équipement spécialisé] pour bâtiments de grande hauteur.

Comment les pompiers font-ils pour sauver les gens pris au piège en hauteur ?

Les véhicules d'élévation se rendent jusqu'à 30 m, donc il peut y avoir des sauvetages par l'extérieur. Mais lorsque ceux-ci doivent être faits de l'intérieur, ça se complexifie. Les pompiers ne sont pas à l'épreuve du feu. Ils ont de bonnes connaissances, ils vont y aller par étape, ils vont s'assurer de l'extinction à chaque pas qu'ils font à l'intérieur de l'immeuble. Ils vont visiter chacun des logements les uns après les autres, en progression. Mais c'est relativement long, ça prend de bonnes installations, ça prend de l'eau, parce que si on veut espérer sauver ces gens-là, encore faut-il que nos sauveteurs soient en vie.

Quel est le premier objectif des pompiers dans ces cas extrêmes : éteindre le feu immédiatement ou sauver les gens ?

C'est toujours, toujours, toujours la vie ! Il n'y a aucune discussion possible. La priorité, c'est toujours la vie. Mais il y a des situations qui sont déchirantes. Il y a des fois où tu veux bien, mais tu ne peux pas avancer ! Tu brûles ! Donc tu recules, tu tentes de refroidir le plus possible et tu avances à nouveau !

De quelle façon évalue-t-on le risque d'effondrement d'une tour en flammes ?

Généralement, dans des cas à très, très, très grand déploiement, par exemple l'incendie majeur de la Place Alexis-Nihon [en 1986] qui avait brûlé tous les derniers étages, dans ces cas-là, les pompiers travaillent en collaboration avec des ingénieurs en structure. En fonction de leur vérification, de la sévérité de l'incendie et d'où est le foyer, ils vont [prendre une décision].

Comment peut-on prévenir de tels incendies ?

La meilleure sécurité dans les bâtiments de grande hauteur, c'est de faire appliquer de façon rigoureuse les règlements sur la prévention incendie, c'est-à-dire s'assurer d'avoir des systèmes d'alarme fonctionnels, des réseaux de canalisations en bon état, des gicleurs en bon état, des portes coupe-feu séparant les étages, des escaliers en bon état, etc. [...] En plus, les gestionnaires de ces bâtiments doivent avoir des plans d'évacuation d'urgence. Non seulement ils doivent les avoir et les résidants doivent y adhérer, mais ils doivent les pratiquer. 

***

LA PRÉVENTION AVANT TOUT

Le Service de sécurité incendie de Montréal (SIM) assure avoir une « force de frappe » et une procédure bien ordonnée en cas d'incendie majeur. « Mais d'emblée, il faut faire la part des choses. La réglementation en place à Montréal et au Canada n'est pas la même [qu'à Londres]. Nos bâtiments de grande hauteur ont un revêtement extérieur, une structure et un revêtement intérieur incombustibles », précise Stéphane Corriveau, chef de division des opérations du SIM dans l'arrondissement de Ville-Marie. Ainsi, seul le contenu brûle quand un incendie éclate dans une tour montréalaise. Le SIM met néanmoins beaucoup d'effort dans la prévention pour éviter une catastrophe. Ainsi, le SIM autorise les plans des bâtiments de grande hauteur, puis vérifie la conformité des lieux après la construction. « La prévention est très, très présente dans les bâtiments. Lorsque nos pompiers font des interventions, ils regardent les bâtiments. On est en mesure, avant même que les gens nous appellent, de déceler les anomalies et de faire les correctifs », ajoute Benoît Leclair, capitaine aux opérations.




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