Le Canadien kidnappé en Libye raconte son histoire

Frank Poccia et sa conjointe Paola Fusco... (PHOTO Ryan Remiorz, PC)

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Frank Poccia et sa conjointe Paola Fusco

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Morgan Lowrie
La Presse Canadienne
MONTRÉAL

Lorsque ses bourreaux l'ont conduit dans le désert de la Libye et lui ont dit de s'agenouiller dans le sable, le Canadien Frank Poccia croyait que ses sept semaines de captivité prenaient une fin tragique.

Assis par terre et entouré d'individus armés jusqu'aux dents, M. Poccia s'est dit que la fin était proche. Il s'attendait à mourir. Mais au lieu de cela, le Canadien de 52 ans et deux autres otages italiens ont été transportés dans un autre véhicule qui s'est dirigé vers l'aéroport, où ils ont été libérés 47 jours après avoir été kidnappés par des hommes armés alors qu'ils se rendaient au travail à Ghat, en Libye.

En ce moment, un mois après que le gouvernement italien eut annoncé la libération des trois hommes, M. Poccia a confié à La Presse canadienne qu'il se sentait chanceux d'avoir pu s'échapper pour retrouver sa famille à Montréal.

«Cela a été un soulagement. J'ai passé à travers des moments difficiles, mais je crois que les membres de ma famille ont passé des moments extrêmement difficiles et ils en vivent encore. Les choses ne sont pas encore tout à fait revenues à la normale», a-t-il relaté.

M. Poccia, un Canadien né en Italie, était en Libye pour travailler sur un projet à l'aéroport de Ghat. Son entreprise montréalaise oeuvrant dans le domaine de l'aérospatiale avait obtenu le contrat.

Le matin du 19 septembre, lui et ses collègues se dirigeaient au travail, lorsqu'ils se sont fait intercepter par un groupe d'hommes armés et masqués. «Ils nous ont attachés, nous ont couvert les yeux et on a traversé le désert pendant 10 à 12 heures de temps», a-t-il raconté.

Les otages ont été transportés d'une maison à une autre pendant la première semaine, et finalement ils se sont retrouvés à une résidence fixe.

Les premiers jours, il avoue avoir eu peur de mourir, mais cette crainte s'est estompée avec le temps. «Je n'avais plus peur de mourir. Je me disais: voilà, c'est ici que je vais mourir. C'est comme si l'adrénaline s'était imposée», a-t-il affirmé.

Les otages étaient bien traités, a-t-il assuré. Ils avaient accès à de l'eau, de la nourriture, et leurs yeux n'étaient bandés que lorsqu'ils quittaient leur chambre.

Le plus difficile, c'était de ne pas pouvoir communiquer avec sa famille, a-t-il dit. «Moi, j'étais bien. Je n'étais pas maltraité. Mais je ne savais pas ce qui se passait avec ma famille. Ça devait être l'enfer pour eux», a-t-il souligné.

La femme de M. Poccia, Paola Fusco, a confirmé que l'incident avait été traumatisant pour elle et leurs deux enfants adultes. Frank Poccia travaillé dans plusieurs zones périlleuses par le passé, mais son épouse n'a jamais cru qu'il pourrait être en danger.

«Il fait toujours attention, il fait son travail, il tient un profil bas, il ne va pas où il ne devrait pas aller», a-t-elle affirmé.

M. Poccia n'en sait pas beaucoup sur ses bourreaux, qui portaient toujours des masques et qui ne parlaient pas l'anglais.

Bien que plusieurs groupes terroristes rodent dans la région, M. Poccia ne croit pas qu'il avait affaire à des terroristes. Les individus fumaient, priaient rarement et n'étaient pas violents avec eux, ce qui concorde davantage avec l'hypothèse d'une organisation criminelle.

«Ils voulaient nous garder en santé et alertes pour collecter une rançon ou quoi que ce soit d'autre», a-t-il soutenu, ajoutant qu'il avait craint qu'ils soient vendus en otage à Daech (groupe armé État islamique) ou à al-Qaïda.

Il est tout aussi incertain sur la possibilité qu'une rançon ait été payée et sur l'implication des gouvernements canadien et italien.

M. Poccia affirme qu'il a subi un «choc» lorsqu'il a vu son reflet dans le miroir après sa libération. À son arrivée en Italie, il a réclamé une brosse à dents et une coupe de cheveux, que lui a offerte la femme d'un représentant du gouvernement canadien à Rome.

Frank Poccia dit qu'il lui faudra du temps avant de recommencer à voyager. «Je n'ai pas encore pris de décision, mais pour l'instant, je ne vais nulle part», a-t-il conclu.




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