Plus de pitbulls, plus de poursuites

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Au Québec, les sociétés pour la prévention de la cruauté envers les animaux ont convaincu plusieurs localités de ne plus interdire les pitbulls, ce qui facilite leur adoption.

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Leurs attaques ont beau faire les manchettes, le nombre de pitbulls est en nette hausse dans la grande région de Montréal, révèlent des documents obtenus par La Presse grâce à la Loi sur l'accès à l'information. Depuis 2010, ce sont ces molosses controversés qui agressent le plus les Montréalais et leurs animaux. Et leurs maîtres sont de plus en plus souvent punis par les tribunaux civils.

Le nombre de pitbulls augmente si régulièrement depuis 2010 que certains secteurs de Montréal en regorgent. Un phénomène qui touche aussi Laval et la banlieue.

C'est ce que révèlent des milliers de données obtenues par La Presse en vertu de la Loi sur l'accès à l'information.

À Montréal-Nord, les pitbulls arrivent désormais au premier rang des chiens enregistrés auprès de l'arrondissement (NOTE: l'arrondissement a corrigé ces chiffres, voir les détails à la fin du texte). Dans Mercier-Hochelaga-Maisonneuve et dans Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension, ils se classent au troisième rang. Et au quatrième dans le Sud-Ouest (détails ci-contre).

À Laval, le nombre de pitbulls a même quadruplé depuis 2010. Mais ceux-ci n'y représentent encore que 1 % de tous les chiens enregistrés, contre 11 % à Montréal-Nord.

L'Association des médecins vétérinaires du Québec en pratique des petits animaux qualifie ces chiffres de « surprenants ».

«Ça me semble énorme. Avec 350 races de chiens, il y en a bien d'autres plus adaptées à la vie en société et à la vie urbaine.»

Le Dr Michel Pépin,
porte-parole de l'Association des médecins vétérinaires du Québec

Puisque seulement un maître montréalais sur neuf se procure la licence réglementaire, il est plausible que les pitbulls soient encore plus populaires que ne l'indiquent les statistiques officielles. Car il s'agit d'un type de chien controversé, encore banni dans certains arrondissements et municipalités.

PLUS DE MORSURES

Fait marquant : même si toutes sortes de chiens sont dénoncés après avoir mordu - des Boston-terriers aux bergers allemands en passant par les border collies -, jusqu'à 65 % des cas traités par les policiers et les patrouilleurs canins de Montréal concernent des pitbulls. Cette proportion, qui fluctue selon les secteurs et les années, ne tient pas compte des nombreux incidents non rapportés.

En juin, le maître d'un pitbull de Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension a offert 2000 $ à son voisin « pour qu'il n'appelle pas la police ». Mordu à la jambe alors qu'il réparait tranquillement son vélo chez lui, le voisin a refusé, trop inquiet à l'idée que ses enfants finissent par être attaqués à leur tour. Mais bien d'autres victimes préfèrent ne pas faire de vagues et s'arranger à l'amiable, surtout lorsqu'elles connaissent bien le propriétaire du chien.

Souvent, le chien récidive : un vrai fléau dans Hochelaga-Maisonneuve.

La moitié des 19 enfants du secteur mordus de 2011 à 2015 étaient tombés entre les crocs d'un pitbull. Dont un garçon de 9 ans - attaqué dans la cour de l'école Saint-Clément - et un bébé de 6 semaines - mordu par le chien de ses parents, qui ont fait euthanasier l'animal.

L'arrondissement a ordonné l'euthanasie de 21 autres chiens - dont 16 pitbulls - au cours de la même période(1).

Dans Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce, un autre pitbull a été euthanasié après avoir terrorisé le voisinage. L'animal s'était faufilé chez la femme partageant le duplex de ses maîtres. Il lui avait mordu la poitrine et les aisselles et avait failli lui faire débouler un escalier abrupt. Le même molosse avait déjà tenté d'attaquer une autre voisine « alors qu'elle avait un bébé de 6 mois dans les bras ».

À l'autre bout de la ville, en juin, les policiers ont entendu des hurlements provenant d'une ruelle de Rosemont, où une femme recroquevillée sur son chiot se faisait attaquer à la tête par un pitbull beige.

POURQUOI ?

Puisque les attaques de pitbulls font régulièrement les manchettes, comment expliquer leur popularité croissante ?

«De nos jours, on juge plus correct de se procurer un chien dans un refuge que chez un éleveur. Or, ce qu'on trouve dans les refuges, ce sont beaucoup de pitbulls.»

L'Américaine Coleen Lynn,
qui a fondé l'association de victimes DogsBite après avoir été mordue en joggant

Aux quatre coins du Québec, les sociétés pour la prévention de la cruauté envers les animaux ont convaincu plusieurs localités de ne plus interdire les pitbulls, ce qui facilite leur adoption. « On se retrouve désormais avec un tout nouveau type de propriétaires, qui n'est pas délinquant », dit Mme Lynn.

Plusieurs d'entre eux sont jeunes, dit-elle, puisque les réseaux sociaux qui les rejoignent « ont augmenté de façon phénoménale le marketing des pitbulls ».

(1) Races des autres chiens en cause : caniche, Boston-terrier, doberman, schnauzer, cane corso, sharpeï, teckel.

- Avec la collaboration de William Leclerc

Races secrètes

Quelques arrondissements ne notent pas la race des chiens qui mordent leurs citoyens, ni même la race des chiens qu'ils enregistrent. Comme le Sud-Ouest et Saint-Laurent, ainsi que Montréal-Nord (qui note par contre la race des chiens enregistrés).

Il nous a ainsi fallu plus de deux mois et demi pour obtenir les milliers de données - malgré tout incomplètes - permettant de vérifier si les pitbulls étaient particulièrement problématiques.

C'est ce manque de données qui contraint les associations de victimes à compter le nombre d'attaques rapportées dans les médias. Leur constat : en 2015, quatre à cinq fois plus d'Américains ont été tués par des pitbulls que par tous les autres types de chiens réunis (même si ces molosses représentent seulement 6 % des chiens aux États-Unis). Les pitbulls font en moyenne un nouveau mort tous les 13 jours : un sommet jamais atteint à l'époque où les rottweilers et les dobermans faisaient plus souvent les manchettes.

« On pourrait bien s'obstiner sur les pourcentages, mais l'écart est si grand entre les pitbulls et les autres chiens qu'on ne peut fermer les yeux sur ces statistiques », conclut le chirurgien plasticien et ancien vétérinaire Nicolas Hamelin.

Où sont les pitbulls montréalais?

Entre 2013 et 2015, les pitbulls sont passés du 10e au 9e rang des chiens les plus enregistrés à Montréal. Mais leur popularité varie selon les secteurs. Leur nombre est en hausse à Montréal-Nord - où ils représentent désormais 11 % des chiens enregistrés (contre 6 % en 2010). Même chose à Ahuntsic (3,6 % contre 1,7 %) et à Pierrefonds (2,9 % contre 1,6 %). Les pitbulls représentent par ailleurs 4 à 5 % des chiens enregistrés dans Ville-Marie, Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension et dans le Sud-Ouest. Dans Verdun et Rosemont, leur popularité a toutefois chuté. Outremont et Saint-Léonard les bannissent toujours, tandis qu'Anjou, Lachine et Saint-Laurent le faisaient encore récemment.

Quel chien mord à Montréal?

Ce sont les pitbulls qui agressent le plus les Montréalais et leurs animaux. Les rapports de morsure de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve montrent que ces chiens y ont commis 48 % des 125 attaques de 2011 à 2015. Ce qui les place loin devant les bergers allemands (en cause huit fois) et les huskies (cinq fois). Les pitbulls étaient aussi responsables de 32 % des morsures à Rivière-des-Prairies l'an dernier. Et de 69 % des morsures à Rosemont. Sur le Plateau, ils ont annuellement infligé de 15 % à 58 % des morsures depuis 2012. C'était déjà ainsi en 2010 dans neuf arrondissements, où 80 % des blessures graves avaient été causées par des pitbulls(1).

(1) Ahunstic-Cartierville, Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension, Rosemont- La Petite-Patrie, MHM, Plateau, Ville-Marie, CDN/NDG, Sud-Ouest, RDP.

Autres chiens dangereux à Montréal

Puisqu'une quinzaine d'autres chiens puissants infligent parfois des blessures graves, nous avons aussi évalué leur popularité à Montréal(1). On note encore une fois un net écart selon les arrondissements. Ces animaux représentent 73 % de tous les chiens enregistrés à Montréal-Nord. Suivent Rosemont (35 %), Verdun (22 %), le Sud-Ouest (21 %) et Mercier-Hochelaga-Maisonneuve (19 %).

(1) Akita, berger allemand, boxer, bullmastiff, bull-terrier, cane corso, chien de Rhodésie à crête dorsale, chow-chow, dogue, doberman, grand danois, husky, malamute, pitbull, rottweiler, sharpeï.

Pitbulls en hausse à Longueuil et Laval

À Longueuil, le nombre de nouveaux pitbulls enregistrés est en nette croissance depuis 2012. En 2015, 4,3 % des nouvelles licences ont été vendues à des propriétaires de pitbulls (ce qui place ces molosses au 7e rang des chiens les plus enregistrés cette année-là). En 2012, ces propriétaires n'en achetaient que 1 % (ce qui plaçait leurs chiens au 26e rang). Plus de 262 nouveaux pitbulls(1) ont été enregistrés dans l'agglomération au cours des quatre dernières années. À Laval, 187 licences ont été vendues à des propriétaires de pitbulls en 2015, contre 55 en 2010.

(1) American Staffordshire terrier, pitbull terrier et Staffordshire bull-terrier

NOTE: Montréal-Nord corrige ses chiffres

L'arrondissement de Montréal-Nord a constaté hier avoir fait une erreur en transmettant à La Presse des données partielles au sujet de ses licences pour chiens. Selon les données complètes, les chiens de type pitbulls (1) sont officiellement près de 300 et arrivent au 3e rang des chiens les plus populaires dans le secteur, et non au premier rang, dit-elle.

Ces molosses représentent plus précisément de 7 % de tous les chiens y ayant été enregistrés en 2015-2016, contre 6 % en 2013 - soit la plus grande concentration de chiens du genre à Montréal.  

À titre de comparaison, les pitbulls représentent 5,5 % et 4,2 % des chiens enregistrés Dans Mercier-Hochelaga-Maisonneuve et dans Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension - où ils se classent aussi au 3e rang en terme de popularité.

« La confusion vient du fait exceptionnel que l'arrondissement de Montréal-Nord a émis en 2015 des licences valides pour deux ans, soit les années 2015 et 2016, et que le système recense les licences en fonction de la date d'expiration qui est le 31 décembre 2016 pour toutes les licences émises à Montréal-Nord en 2015 », nous a écrit un responsable de l'accès à l'information.            

« Depuis 2014,  les licences pour chiens et chats sont gratuites à Montréal-Nord. Il y a donc, en 2015, plus de 4 000 chiens avec permis à Montréal-Nord sur les 16 000 chiens avec permis pour tout Montréal, soit 25 %. »

(1) American pitbull terriers, pitbulls et Staffordshire terriers.

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