Chutes Dorwin: se baigner au péril de sa vie

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Depuis deux ans, la moitié des noyades ont lieu dans des rivières, soit davantage que la moyenne historique de 40%.

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(Rawdon) «Il y a des morts chaque année ici, il y en a eu des dizaines! C'est incroyable, ça n'a pas de sens, c'est débile!» Christian, un pompier chevronné, est exaspéré. Il fréquente depuis longtemps le bucolique parc des Chutes-Dorwin, à Rawdon. Mais année après année, bien que la baignade y soit interdite, les eaux imprévisibles de la rivière Ouareau fauchent la vie des téméraires et des malchanceux. «C'est connu, connu, connu», lance Christian. La Presse a visité le parc.

Un drame, un autre, est survenu il y a trois semaines dans ce magnifique parc traversé par un cours d'eau avec son impressionnante chute. Deux hommes d'une cinquantaine d'années se sont noyés en tentant de secourir un enfant de 5 ans en détresse, qui a miraculeusement survécu. Il y a trois ans, c'était la noyade tragique d'une nouvelle mariée emportée par les flots lors d'une séance photo qui a fait les manchettes.

«Danger, défense de se baigner!» Sur place, impossible de ne pas voir les immenses panneaux d'avertissement. Pourtant, quelques dizaines de mètres plus loin, une bande de jeunes adultes se moquent de l'interdiction. Juste à côté, un adolescent à peine sorti de l'enfance s'élance d'une petite falaise et saute dans le bassin, non loin des énormes chutes. En deux heures, La Presse a facilement repéré ces jeunes baigneurs sans jamais croiser de patrouilles de surveillance. Un constat qui fait sortir de ses gonds le maire de Rawdon, Bruno Guilbault. «Je suis hors de moi! En principe, il y a une surveillance continuelle. Est-ce qu'il y avait un autre événement dans un autre parc qui a nécessité notre sécurité ailleurs?», s'interroge le maire, qui promet toutefois de faire la lumière sur les lacunes rapportées par La Presse.

Ignorer le danger

Torse nu et canette de bière à la main, Orlando Vargas et ses trois amis se prélassent sur un rocher surplombant la rivière de quelques mètres. Chaque été, ils viennent se rafraîchir au parc des Chutes-Dorwin. Leur lieu de baignade de prédilection n'est absolument pas dangereux, jurent-ils avec aplomb. L'un des grands gaillards descend alors avec précaution l'amas rocheux et se glisse dans l'eau. «On a déjà nagé à contre-courant la rivière et, arrivé au bout, j'ai vu la plaque d'un gars noyé en 1995. C'était assez traumatisant», se targue Orlando, fier de son exploit. Craignent-ils d'être expulsés des lieux? «Des fois, ils nous crient de sortir de l'eau, mais ça s'arrête là», répond André Lachaîne.

«Les jeunes plongent là, dans le bassin des chutes. Il y en a une dizaine qui s'y sont noyés», se désole Christian, en montrant du doigt une section de la rivière Ouareau. «Tu ne peux pas te baigner ici! Manque pas ta shot, parce que si tu tombes dans les chutes, c'est direct sur la roche. Il n'y a pas de chances à prendre là!», s'exclame le personnage haut en couleur, qui désirait garder l'anonymat.

Malgré le soleil de plomb en ce samedi de mois d'août, quasiment tous les marcheurs rencontrés par La Presse n'avaient pas l'intention de se baigner. «C'est une rivière qui a un débit important, ce serait imprudent de se baigner», estime Karoline Thériault. «Tu ne te baignes pas là!», renchérit son amie Manon Cossette. Même si elle porte un maillot de bain, Nathalie Wall est catégorique: pas question de se baigner ici. Pourtant, l'eau semble bien calme dans le bassin où elle trempe ses pieds. «C'est trop dangereux, il y a trop de courant. C'est traître. Un coup que tu es dans l'eau, tu sens le courant qui t'aspire», explique-t-elle.

Peu d'amendes

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Les panneaux d'avertissement sont loin d'être suffisants, selon la Montréalaise. «Il n'y a pas assez de sécurité sur le site. Peut-être que si les gens avaient une amende, moins de baigneurs se noieraient.» Le maire Guilbaut concède que peu d'amendes sont imposées, mais il promet d'accélérer la cadence. «On en a donné, des sanctions, l'an passé. Ça fait une histoire de fou! [...] [Les contrevenants] vont en avoir d'autres, compte sur moi.» Toutefois, impossible de rendre le site plus sécuritaire qu'il ne l'est déjà, affirme-t-il. Après la mort des deux hommes d'origine algérienne, plus tôt ce mois-ci, il a visité les lieux avec le coroner et des agents de la Sûreté du Québec. «Ils ont dit: "Vous ne pouvez pas en faire plus. [...] Même si vous fermiez le parc, les gens viendraient quand même."»

Rivières sournoises

Le directeur général de la Société de sauvetage du Québec, Raynald Hawkins, le répète sur toutes les tribunes depuis des années: il ne faut pas se baigner dans une rivière qui n'est pas spécifiquement aménagée à cette fin. «Les coroners nous démontrent que les rivières au Québec sont sournoises et dangereuses. Parfois, ça paraît calme à la surface, mais en dessous, il y a des vortex, des sables mouvants et des rapides», explique-t-il.

La rivière Ouareau en est un exemple probant, selon le maire de Rawdon. «À l'endroit où les deux hommes se sont noyés, ça tombe à 20 pieds de creux à deux pieds du bord. Ça ne se voit pas!», raconte Bruno Guilbault, qui a déjà fait de l'apnée à cet endroit.

Depuis deux ans, la moitié des noyades ont lieu dans des rivières, soit davantage que la moyenne historique de 40%. Comment expliquer le phénomène? «Les rivières sont de plus en plus prisées. Des fois, on les emménage avec des tables de pique-nique. Même si c'est écrit "Baignade interdite", les gens sont portés à aller se rafraîchir là», affirme Raynald Hawkins.

Quoi qu'on puisse croire, il n'y a pas eu davantage de noyades que l'an passé à pareille date, selon les données compilées par la Société de sauvetage. «La bonne nouvelle, c'est que nos chiffres vont en diminuant. Dans les années 80, on parlait de 200 noyades. L'année dernière, c'était une cinquantaine. Plus de gens suivent notre conseil de sécurité.»

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