Un jeune Montréalais radicalisé devant la justice

La grand-mère de Jeffrey Labelle, Sylvie Labelle, est... (PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE)

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La grand-mère de Jeffrey Labelle, Sylvie Labelle, est persuadée que son petit-fils n'est pas un terroriste et ne comprend toujours pas pourquoi sa fille, la mère de l'accusé, l'a dénoncé aux autorités.

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Un jeune homme converti à l'Islam a été arrêté de façon préventive vendredi soir, à Montréal, pour des menaces terroristes envers les forces de l'ordre. Les autorités n'ont couru aucun risque, puisque c'est sa mère qui a dénoncé Jeffrey Labelle, 21 ans.

L'arrestation est exagérée selon des proches. Son père viendra notamment témoigner ce matin pour sa remise en liberté.

La grand-mère de Jeffrey Labelle défend aussi le jeune Montréalais.

«Mon petit-fils n'est pas terroriste!», insiste Sylvie Labelle.

La dame est en train de passer l'aspirateur lorsque La Presse frappe à la porte de son deux-pièces et demie du boulevard Pie-IX, dans le quartier Saint-Michel. C'est ici que les policiers ont arrêté son petit-fils et perquisitionné dans l'appartement, il y a trois jours. Un grand désordre règne toujours depuis leur passage. La dame est toujours sous le choc.

«Je suis encore bouleversée! Je n'en reviens pas! Et je ne comprends pas pourquoi ma fille a dénoncé son fils!», dit-elle avec émotion.

Les policiers sont notamment repartis avec une carte de la ville de Montréal sur laquelle quatre postes de quartier étaient identifiés. Les endroits visés sont les PDQ 9 (Côte Saint-Luc, Hampstead, Montréal-Ouest), 11 (Notre-Dame-de-Grâce), 39 (Montréal-Nord) et 42 (Saint-Léonard). «L'information s'est répandue comme une traînée de poudre chez les policiers des PDQ concernés. Tous les autres ont tous été avisés dimanche», indique le président de la Fraternité des policiers de Montréal, Yves Francoeur.

L'accusé, qui n'a pas d'antécédents, a été arrêté de manière préventive à cause d'une récente radicalisation à la violence et non à la religion, précise de son côté le commandant Ian Lafrenière, du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). «Les événements récents font qu'on est plus vigilants. Ce sont les proches [qui sont] les mieux placés pour témoigner de cette radicalisation. Les gens ne se radicalisent plus dans des églises ou des mosquées, mais plutôt devant un ordinateur.»

On retrouve cependant peu d'activités sur la page Facebook que le jeune homme a créée sous son nom de converti, Jeffrey Zakir Mohammed Labelle. Dans une publication, qui remonte à décembre 2013, il participe à une discussion sur le site Je me marierais avec un(e) musulman(e) insha'ALLAH (une rencontre hlel). «Allah a promis a l'enfer qu'il allais le remplir d'homme et de djin cela metonne pas!, écrit-il. Allah respecte toujours Ses promesse, Qu'Allah nous protege du chemin de l'enfer et qu'ils nous permet de nous reprocher de sa science avec la plus grande de vitesse amine».

Comparution au palais de justice

Jeffrey Labelle est apparu en fin de journée, hier, dans le box des accusés au palais de justice de Montréal. Les yeux mi-clos, la barbichette foncée, le regard perdu, il semblait chercher un visage familier dans la salle. Dans la dénonciation, on lui reproche des actes permettant de craindre des activités terroristes. «Entre le 1 septembre et le 190 décembre 2014, à Montréal, district de Montréal, commet des actes qui compte tenu du contexte sont susceptible de faire raisonnablement craindre que des activités terroristes sont ou seront menées sans être convaincu de leur véracité.»

Son enquête sur le cautionnement a été remise à ce matin. Son avocate, Me Julie Bernier, souhaite faire témoigner le père de l'accusé sur les garanties qu'il pourrait offrir au tribunal en échange de sa libération. Une évaluation psychiatrique sera aussi réclamée. «Il est stressé, confus. C'est quand même la première fois qu'il est arrêté», note l'avocate.

«Il ne ferait pas de mal à personne»

La grand-mère de Jeffrey Labelle assure pour sa part que le garçon qu'elle a élevé et qui vit chez elle depuis l'enfance n'est pas un musulman radical. Au contraire. Le jeune homme, converti depuis trois ans, a eu un parcours difficile et aurait même trouvé la paix intérieure grâce à cette religion.

«Jeffrey n'est pas un garçon violent. Il ne ferait pas de mal à personne, sauf à lui-même.»

L'appartement de Sylvie Labelle est modeste. Ils étaient cinq à y vivre, dit-elle, dont Jeffrey, sa mère, son frère et sa soeur plus jeune. La dame de 56 ans porte à notre attention la table de chevet dans sa chambre. Avant le passage des policiers, elle soutient qu'il y avait à cet endroit une machette, un couteau de chasse et des cartouches de fusil de calibre 12. Les policiers seraient repartis avec les armes. Une information que le SPVM n'a pu confirmer. Selon Mme Labelle, les armes n'appartenaient pas au prévenu, mais plutôt au conjoint de la mère.

La grand-mère affirme que son petit-fils a subi les contrecoups de la violence conjugale, en plus de souffrir de l'alcoolisme de sa mère, qui l'a mis au monde à l'âge de 16 ans. À trois reprises, Jeffrey Labelle aurait tenté de se suicider. Selon nos sources, il y a deux mois, il a lui-même alerté la police pour demander de l'aide, car il avait des idées suicidaires. Des policiers l'ont conduit à l'hôpital Maisonneuve-Rosemont, dit-elle.

C'est un ami qui aurait conseillé au jeune homme de se tourner vers l'islam pour trouver des réponses à sa souffrance. «Il a fait deux fois le ramadan, il prie, ici, dans la maison et va à la mosquée, mais pas très souvent. Il met des tuniques noires ou grises pour y aller. Ça lui va bien, décrit Mme Labelle avec beaucoup d'amour et de douceur. L'islam lui a permis de pardonner beaucoup de choses à sa mère.»

Selon elle, son petit-fils n'aurait ni passeport, ni même de carte d'assurance maladie. Il aurait aussi partagé une opinion tranchée sur les attentats de Saint-Jean-sur-Richelieu et d'Ottawa.

«Quand c'est arrivé, il a dit que ce n'était pas des bons musulmans, des bons convertis», lance-t-elle, convaincue que sa fille a inventé toute cette histoire.

Des jeunes en perte de repères

Jeffrey Labelle, qui s'était converti à l'islam il y a quelques années, selon ses proches, a été arrêté hier, les policiers ayant été informés de sa radicalisation ces derniers temps. Pourquoi tous ces casrécemment? Entrevue avec le Dr Paul-André Lafleur, psychiatre à l'Institut Philippe-Pinel.

Q Y a-t-il un effet d'entraînement? Pourquoi tant de cas en si peu de temps?

R Un peu comme pour les sectes, il y a une trentaine d'années, les appels à la violence, tels que ceux lancés par [le groupe] État islamique, peuvent attirer des jeunes fragiles en perte de repères, qui se sentent inférieurs ou isolés parce qu'ils ne sont ni aux études ni en emploi, ou qui ont une vie familiale douloureuse. La religion, quelle qu'elle soit, peut être bénéfique à quelqu'un en quête d'un sentiment d'appartenance, mais elle peut faire perdre pied à quelqu'un qui l'interprète de façon très manichéenne, qui cherche à se faire dire qu'il est supérieur et qui se cherche une cause.

Q La médiatisation y est-elle pour quelque chose?

R Je ne crois pas que les médias doivent cacher des informations. S'ils le faisaient, ils laisseraient toute la place à la propagande de médias autoproclamés et à leurs sites habiles et accrocheurs. Les médias traditionnels savent mettre les choses en perspective, dire par exemple que les convertis qui se rendent en Syrie ne sont pas accueillis en héros et en frères, mais qu'ils sont souvent utilisés comme chair à canon. [...] Je crois donc au journalisme lorsqu'il est exercé de façon responsable, lorsqu'il se garde bien de présenter les personnes en cause de façon presque romantique. Il ne faut ni les dépeindre comme des «loups solitaires» ni les présenter comme les plus grands monstres que la terre ait portés: cela pourrait attirer des personnes qui ont des troubles de la personnalité et qui ont soif de reconnaissance.

Q Que faire si quelqu'un de notre entourage semble se radicaliser?

R La loi prévoit que des policiers peuvent emmener des gens contre leur gré à l'hôpital s'ils deviennent très dangereux pour eux ou pour autrui. Un membre de la famille, un voisin, donc, peut appeler la police. La personne ne sera pas arrêtée, mais elle devra se soumettre à un examen. Certaines personnes ont besoin de médicaments ou de soins. D'autres ont plutôt besoin d'écoute, qu'on leur apprenne de bonnes façons de se valoriser.

- Louise Leduc

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