La semaine dernière, la planète entière a appris le nom de la 15lettre de l’alphabet grec. Le variant Omicron suscite l’inquiétude dans l’industrie du voyage, qui commence tout juste à reprendre son envol. Se fera-t-elle couper les ailes par l’arrivée de ce nouvel acteur ?

Publié le 1er déc. 2021
Sophie Ouimet
Sophie Ouimet La Presse

Chez Voyages Gendron, on sent déjà l’effet d’Omicron, la nouvelle mutation de la COVID-19 découverte en Afrique du Sud. En effet, l’agence de voyages a commencé à recevoir beaucoup d’appels de clients préoccupés, affirme le porte-parole Marc-Olivier Gagné. « Ce qu’on remarque, c’est qu’ils ne sont pas tant inquiets du virus en soi, mais plutôt que le voyage ne puisse pas avoir lieu, précise-t-il. C’est là que les gens doivent décider s’ils prennent le risque ou pas. Ça devient le casse-tête habituel… et personne n’a la réponse. »

Pourtant, la relance était bel et bien là, poursuit le porte-parole. « Il y a vraiment eu une grosse croissance dans les deux derniers mois, avec la clientèle internationale qui était très ouverte à voyager. Mais là, on se retrouve avec une nouvelle vague d’annulations, notre quatrième ou notre cinquième. Ça vient par vagues en fonction de celles du virus, malheureusement. »

Partir ou rester ?

Les experts consultés s’entendent sur le fait que ceux qui décident de voyager sont conscients de prendre un risque. « Ça fait bientôt deux ans qu’on est en pandémie, donc les gens savent dans quoi ils s’embarquent quand ils choisissent de partir », lance Nicolas Ryan, directeur des affaires publiques par intérim chez CAA-Québec, qui offre aussi des services d’agence de voyages. « Cela dit, ce nouveau variant, on ne le connaît pas encore. Donc ça vient rajouter une couche de prudence supplémentaire. »

Puisque voyager est une décision bien personnelle, c’est la responsabilité du voyageur de s’informer de la situation dans le pays visité et, surtout, de choisir la bonne assurance en cas de maladie ou bien d’annulation.

« En ce moment, il n’y a pas vraiment d’excuse : après deux ans, je pense que les gens commencent à comprendre que la COVID, c’est imprévisible, poursuit Nicolas Ryan. Ce qu’on conseillait déjà, par exemple à quelqu’un qui voulait partir dans le Sud avec sa petite famille, c’était de choisir des conditions flexibles pour pouvoir prendre une décision éclairée si jamais on décidait de reporter ou d’annuler le voyage. »

Selon un vox pop réalisé lundi soir à l’aéroport Pierre-Elliott-Trudeau, plusieurs voyageurs sur le point de partir à l’étranger semblaient avoir fait leurs devoirs.

PHOTO PHILIPPE BOIVIN, COLLABORATION SPÉCIALE

Rencontré à l’aéroport, Vincent Borgeat s’en allait à Toulouse pour deux semaines.

J’ai pris, sur le conseil d’un ami qui se rendait en Martinique, une assurance spécifique pour la COVID.

Vincent Borgeat, voyageur

La compagnie d’assurances Manuvie utilisée par Vincent Borgeat offre un régime spécialement adapté à la pandémie de COVID-19. La couverture comprend notamment des frais médicaux d’urgence, et prévoit des coûts si une quarantaine devait être faite pendant le séjour.

En ce qui a trait à l’annulation du voyage, c’est surtout avec les compagnies aériennes que les clients doivent faire affaire, par exemple en se munissant de billets dont les conditions d’annulation sont flexibles. C’est ce qu’a fait Gabrielle Tougas, rencontrée à l’aéroport alors qu’elle se rendait à Paris pour le travail. « Je n’ai pas pris d’assurances, mais les billets sont assurés. On peut faire un changement auprès de la compagnie aérienne. »

Depuis mars 2020, plusieurs compagnies d’assurances ne prennent plus en compte le coronavirus comme raison d’annuler un voyage, comme il ne s’agit plus d’un évènement imprévu. C’est le cas de Croix-Bleue du Québec, qui a déclaré quelques semaines après le début de la pandémie que la COVID-19 n’était plus une condition d’annulation, explique Josiane Cousineau, vice-présidente marketing et expérience client. « Quelqu’un qui prévoit faire un voyage ne pourra pas annuler à cause de la COVID, parce que c’est clair qu’il y a un risque qu’on connaît déjà. » L’arrivée d’un nouveau variant ne devrait rien changer à cette consigne.

Des frontières qui ferment

L’Organisation mondiale de la santé juge le variant Omicron « préoccupant ». L’organisation a recommandé aux gens vulnérables à la COVID-19, y compris ceux âgés de 60 ans et plus, d’éviter les voyages. La semaine dernière, le Canada avait resserré les contrôles frontaliers pour sept pays d’Afrique ; mardi, il en a ajouté trois, pour un total de dix.

D’autres pays ont commencé à fermer leurs frontières ou reporter l’ouverture de celles-ci, dont le Japon, Israël et l’Australie.

Le Canada a d’ailleurs récemment levé son avertissement au sujet des voyages non essentiels. Selon les experts consultés, le site du gouvernement est vraiment la référence pour connaître la situation actuelle. C’est là qu’il faudra suivre l’évolution du variant Omicron et voir l’impact qu’il aura – ou pas – sur les voyageurs.

« On va devoir attendre pour savoir comment ce variant-là va changer les choses, conclut Nicolas Ryan. Le Delta aussi, au début, on disait qu’il était très contagieux. Mais au bout du compte, avec la campagne de vaccination notamment, il a été assez contenu. »

Avec Alice Girard-Bossé

Consultez le site du gouvernement du Canada