Tenez-vous bien: je vous écris ce matin de «sur mon portable», de «dedans l'avion». À 4000 mètres dans les airs! Big deal, M. Blanchet. Qu'est-ce qu'on s'en branle... Je comprends, mais aujourd'hui, c'est pour moi une grande première: le texte de La Presse, la photo qui l'illustre et l'émission 3600 secondes d'extase sont en simultané; en effet, pendant que l'on survole le grand projet immobilier The Palms, au large de Dubaï, je tape et je clique et je filme en même temps! Excitant, non? «Bof.»

Bruno Blanchet COLLABORATION SPéCIALE

Moi, je trouve ça tripant.

Vous vous doutez sûrement que ce nouveau chapitre du voyage «dont vous êtes le héros» est entièrement effectué sous le couvert de l'anonymat; j'écris pour La Presse depuis quatre ans, mais partout j'indique sur le questionnaire d'entrée que je suis un touriste et non un «reporter»: ça évite la paperasse et l'expulsion. Et puis, je suis si inoffensif... Un Tite-Dent, c'est pas fort fort en politique et en constitution! Or, le premier problème créé par mon absence de bagages (NDLR: Bruno a en effet jeté son sac à dos à la poubelle, pour «s'alléger» ...) est sorti un peu de nulle part. Je savais très bien que j'allais m'ennuyer de mon filet à moustiques, de ma crème antirides et de mon atlas. Mais ce que j'ignorais, c'est que le fait que je ne possède pas de bobettes de rechange allait éveiller des soupçons...

Après que je fus passé par la station de rayons X à l'aéroport, à la sortie du Yémen, il y a deux jours, pour un vol en direction de l'Inde, on m'a poliment tassé sur le côté.

«S'il vous plaît, videz votre sac.»

Ce que j'ai fait. Et j'en ai extirpé un appareil photo numérique, une caméra vidéo, des batteries, plein de cassettes, un ordinateur et, finalement, un t-shirt mouillé (c'est aussi ma serviette de bain!) et ma tuque du Canadien...

«Journaliste?»

Oups.

«Non, non, je... j'aime voyager léger!» En disant cela, je sors mon passeport de ma pochette, et paf! , une carte professionnelle tombe sur le comptoir; une carte que m'avait remise mon ami Roger Frappier, rencontré par hasard à l'aéroport Trudeau, le jour de mon départ de Montréal en novembre dernier; une carte de sa compagnie de production, Max Films, avec un le mot FILMS écrit en trop gros caractères.

«...»

Ai-je besoin de vous dire que le visage du douanier s'est un peu durci? Ici, les gens des médias, on les cuit à feu doux et on les mange avec de la sauce piquante.

Les menteurs aussi.

Heureusement, il était tôt le matin, il y avait file derrière et j'ai une solide tête de crétin... Alors, on ne m'a pas torturé, et on n'a pas saisi mes cassettes, et je n'ai même pas raté l'avion. Sauf que j'ai eu chaud.

Note à Roger Frappier: mon beau Roger, y'a un douanier en possession de ta carte professionnelle qui va peut-être t'appeler du Yémen. Et rien que pour aligner nos histoires, je lui ai dit que tu étais mon voisin.

Pratique ton arabe.

Alors que je me croyais sain et sauf, de l'autre côté, un musulman avec une tête de taliban m'a demandé si je pouvais surveiller sa valise pendant qu'il allait aux toilettes.

«Pardon?»

J'ai pas eu le temps de dire non. Comment peut-on refuser sèchement cette faveur sans avoir l'air religiously incorrect...

Pouvez-vous le croire – et traitez-moi de parano! –, mais je me suis éloigné et je l'ai surveillée à distance, blotti derrière une poutre. Comme un beau sans-dessein.

Propagande des médias, quand tu nous tiens...

Enfin arrivé au guichet de la compagnie aérienne Yemenia, j'allais crier : «Je suis le maître du monde!», quand la madame m'a annoncé la bonne nouvelle.

«Votre billet n'est pas valide sur ce vol, monsieur Blanchet, vous auriez dû réserver votre siège, car l'avion est plein maintenant.»

J'ai cru à une blague.

Mais ça n'en était pas une. Le pire, c'est que j'ai en ce moment une fenêtre d'à peu près 72 heures pour envoyer mon prochain reportage. C'est-à-dire: trouver le sujet, m'entendre avec les autorités concernées, tourner, monter, mettre le tout sur DVD et l'envoyer au Canada. Ha! Comme j'avais prévu tourner un truc à Kolkota, je suis foutu. Je vais maintenant passer la journée à Sanaa, à chercher de nouveaux billets d'avion, et Dieu sait quand je pourrai repartir, et dans quelle direction.

C'est ce que vous découvrirez ce soir, inch Allah...