Ainsi donc, les familles sont souvent désorganisées. À la dernière minute pour leurs soupers. On manque d'organisation, de planification, bref, de temps. Du coup, les soupers sont souvent bâclés, réalisés à la va-vite, pas nécessairement santé et, surtout, se déroulent dans une ambiance finalement tout sauf relaxante. Pire: dans le tiers des cas, ce souper se déroule... devant la télé!

Sylvie Galipeau LA PRESSE

Pas glorieux, glorieux, comme portrait...

Vous reconnaissez-vous? Vous devriez. Car c'est ce portrait qui ressort des conclusions de la plus vaste enquête jamais réalisée au Québec à ce sujet, portant exclusivement non pas sur le contenu de nos assiettes, mais bien sur nos comportements alimentaires. Réalisée à l'initiative des nutritionnistes d'Extenso, de l'Université de Montréal, l'enquête baptisée Tout le monde à table (www.toutlemondeatable.org) s'est étendue sur 15 mois, 72 villes, rejoignant pas moins de 32 000 répondants aux quatre coins de la province, dont 11 500 parents et 5000 enfants.

En gros, on y apprend que 44% des parents ne savent pas encore, à 17h, ce qu'ils mangeront ce soir-là. Vrai, les parents de jeunes enfants sont les plus organisés du lot. Les couples sans enfant, les moins. «Je n'irais pas jusqu'à dire que c'est alarmant, mais c'est une problématique sur laquelle nous allons avoir à travailler», a souligné cette semaine Nathalie Jobin, fondatrice d'Extenso, lors du dévoilement des résultats.

Que font les familles ainsi mal prises? Dans l'ordre: elles improvisent avec ce qu'elles ont sous la main, sortent au resto ou, une fois sur cinq, passent à l'épicerie puis cuisinent. Seules 12% d'entre elles optent pour des repas tout simples (une omelette, des tartines, etc.).

Ce qui surprend ici le plus les analystes, c'est que les parents ne voient pas le manque d'organisation comme un obstacle à manger en famille. Au contraire. À titre d'obstacles, on cite ici davantage le manque de temps, le coût, le manque d'idées ou les caprices des enfants. «Les parents ne font pas le lien. Mais s'ils réalisaient à quel point la planification pourrait les aider!»

En ce qui a trait au partage des repas, même si la quasi-totalité des familles (82%) affirme qu'il est important de manger ensemble, une famille sur trois avoue tout de même manger régulièrement devant la télévision. Les enfants, de leur côté, sont encore plus nombreux (à 45%) à dire manger devant le petit écran. «C'est un constat assez désolant, il faut l'avouer», a dit la nutritionniste.

Fait encourageant, les familles ont toutes le même souper idéal en tête: dans l'harmonie, avec tous les membres à table, sans être pressés et, surtout, sans télé.

Est-ce possible? L'équipe de Tout le monde à table a quelques pistes de solutions en tête, qu'elle souhaite mettre de l'avant dans une campagne de sensibilisation ultérieure. Objectif: ramener les familles autour de la table (autour de repas simples, à démystifier), sans téléviseur, pour retrouver le plaisir et tous les bienfaits de se réunir. Des bienfaits qui, faut-il le rappeler, n'ont souvent rien à voir avec le contenu de l'assiette, mais plutôt tout à voir avec le fait d'être ensemble, d'échanger, de parler. En un mot: de se retrouver.