À la maternelle, si beaucoup d'enseignants favorisent une période de détente après le dîner, il n'y a aucune règle concernant ce moment. Et pas d'obligation de faire de sieste.

Publié le 24 août 2018
Nadielle Kutlu LA PRESSE

«Il n'y a absolument rien dans le programme d'éducation préscolaire qui nous dit exactement le temps prescrit pour la détente», confirme Michelle Girardin, conseillère pédagogique à l'éducation préscolaire à la Commission scolaire de Montréal. «On parle plutôt de moment de détente, et non de sieste. Habituellement, ce moment est de 15 à 30 minutes, généralement en début d'après-midi», précise-t-elle.

En fait, tout dépend de l'enseignant. D'une classe à l'autre, au Québec, ce moment de détente est donc complètement différent. Et au sein de la même école, on ne retrouve pas forcément d'uniformité. Certains éducateurs favorisent une détente de 30 à 40 minutes sur des matelas, d'autres racontent des histoires ou font de la méditation, d'autres, encore, demandent aux élèves de croiser leurs bras sur leur pupitre pour y déposer leur tête durant 15 minutes.

Selon le programme d'éducation préscolaire, en ce qui concerne la détente, la seule recommandation est que «l'enseignant(e) doit apprendre aux enfants à reconnaître quand ils ont besoin de se détendre et de trouver des moyens pour y parvenir», indique Mme Girardin.

«Donc, l'enseignant(e) doit observer son groupe et répondre aux besoins de son groupe. Si les enfants ont besoin de 30 minutes de détente, il va donner 30 minutes, si c'est 15 minutes, il va donner 15 minutes», ajoute-t-elle.

«J'ai trop de choses à faire avec eux!»

Catherine Cyr est enseignante en maternelle à l'école Hélène-Boullé, dans le quartier Villeray à Montréal. Elle accorde de 10 à 12 minutes de détente par jour. Durant cette période, ses élèves s'allongent sur une serviette ou une couverture et les rideaux sont fermés. Si elle constate que les enfants sont fatigués, elle prolonge ce moment jusqu'à 15 minutes en tout.

Après avoir dîné et joué dehors, l'enseignante explique que les enfants «sont assez surexcités, et il y en a qui ont vraiment besoin d'un moment pour se poser».

«J'ai plusieurs formules: je mets de la musique douce, de la détente guidée, je joue du ukulélé, je chante des chansons ou je fais un massage à ceux qui en ont envie.»

Et certains enfants s'endorment. Pour les réveiller, des élèves désignés les flattent doucement. «J'ai trop de choses à faire avec eux pour les faire dormir 45 minutes! Alors j'ai trouvé un compromis», lance Catherine Cyr, qui souligne que tous n'ont pas besoin de dormir.

Peu de formation

Les enseignants reçoivent-ils une formation sur les façons de faire cette détente ou sur les bienfaits d'une sieste? «Non, il n'y a pas de formation précise sur les siestes», répond Michelle Girardin. «Il y a une formation où on parle de l'importance d'amener les enfants à se détendre. Mais cette formation est offerte plus officiellement aux nouveaux enseignants. Ceux qui sont là depuis longtemps ont leurs propres pratiques», ajoute-t-elle. Sur une base volontaire, ces derniers peuvent aussi assister aux formations.

La conseillère pédagogique reconnaît que ce n'est pas évident pour l'enseignant(e) de faire relaxer 19 enfants. «Mais ça se fait à petits pas. Il y a des enseignantes qui ont de bons succès, souvent parce qu'elles ont elles-mêmes des pratiques en ce sens qu'elles transmettent en classe. Il faut plutôt habiliter les enseignants à bien observer les enfants», avance-t-elle.

Une formule universelle?

Devrait-il y avoir une certaine uniformité dans les classes de maternelle pour ces moments de détente? Le hic, c'est qu'à cet âge-là, les besoins de sommeil diffèrent beaucoup d'un enfant à l'autre, souligne Dominique Petit, coordonnatrice du Canadian Sleep and Circadian Network et agente de recherche au Centre d'études avancées en médecine du sommeil de l'hôpital du Sacré-Coeur de Montréal.

Elle explique que les siestes sont primordiales avant l'entrée à l'école, «mais à 4 ou 5 ans, beaucoup d'enfants n'en ont plus besoin». Selon une étude américaine menée en 2013 à l'Université du Massachusetts auprès d'enfants de 3 à 5 ans, «les enfants qui n'ont pas besoin de siestes sont capables de soutenir une longue période d'éveil sans avoir à dormir pour consolider tout ce qu'ils ont appris durant la journée. Il y a une maturation de leur cerveau qui fait en sorte qu'il n'y a pas de perte d'information sans la sieste, contrairement à ceux qui ont encore besoin de la faire», explique Dominique Petit.

UN âge charnière

Mais il faut savoir que chez les enfants de 5 ans, d'après les études, de 25 à 50 % d'entre eux ont encore besoin de faire une sieste, souligne l'experte.

«C'est difficile à la maternelle de faire une règle pour tout le monde parce que c'est un âge charnière», indique Dominique Petit, coordonnatrice du Canadian Sleep and Circadian Network et agente de recherche au Centre d'études avancées en médecine du sommeil de l'hôpital du Sacré-Coeur de Montréal.

D'autant que certains élèves ont encore 4 ans en début d'année scolaire ou viennent d'avoir 5 ans, alors que d'autres fêtent leurs 6 ans. Sans parler des classes de maternelle à 4 ans.

Quelle serait la formule gagnante pour toutes les classes de maternelle? «Il faudrait une pause d'au moins 30 minutes pour créer une occasion de sieste pour ceux qui en ont encore besoin. Il est important que les enfants qui en ont besoin aient la possibilité de faire la sieste pour se revigorer, mais aussi pour favoriser un meilleur apprentissage scolaire. Et pour ceux qui n'ont plus besoin de sieste, cette occasion devient une période de détente», suggère Dominique Petit.

Un nouveau programme d'éducation préscolaire sera mis en place en 2019-2020, rappelle Michelle Girardin. Faudrait-il y inscrire une mention plus élaborée sur la période de détente ou sur les bienfaits d'une sieste? «C'est quelque chose à travailler parce que ça va se répercuter sur toutes les sphères. Il y a toute la philosophie dans le programme au niveau de l'accompagnement qui est à retravailler», répond-elle.