Il y a deux semaines, ma chronique portait sur le sentiment de culpabilité que ressentent facilement certaines mères. Certains pères peuvent également vivre ce sentiment, mais dans ma chronique, j'avouais que mon impression était que ce sentiment était surtout vécu par les membres de la gent féminine! Ce sujet a fait réagir certaines éducatrices en CPE ou en milieu familial, qui m'ont écrit pour me décrire le comportement de certains parents qui «étirent» les adieux à leurs enfants avant de quitter la garderie pour le travail, par sentiment de culpabilité selon elles.

Nadia Gagnier LA PRESSE

La scène est classique pour les éducatrices : les premières semaines où le parent vient reconduire l'enfant à la garderie, il est ému de le confier à quelqu'un d'autre. L'enfant perçoit son émotivité et se met à pleurer, ce qui fait augmenter davantage l'anxiété du parent, qui n'ose pas quitter son enfant en pleine crise de larmes. Il reste donc quelques minutes pour le consoler, ce qui confirme à l'enfant qu'il n'est pas à l'aise de le laisser à cet endroit et ce qui l'angoisse encore plus... Voyez-vous le cercle vicieux qui s'installe? Dans certains cas, les parents peuvent même se mettre à croire (à tort) que si l'enfant pleure ainsi, c'est parce qu'il n'aime pas la garderie ou l'éducatrice et qu'il ne se sent pas en sécurité!

Certaines éducatrices me disent qu'après quelques années d'expérience avec ce phénomène, elles n'hésitent plus à dire au parent de partir le plus rapidement possible, afin de briser ce cercle. Elles expliquent aux parents qu'habituellement, il ne faut que quelques minutes après leur départ pour que l'enfant se calme et accepte ensuite de jouer avec ses amis. C'est justement le fait de ne plus avoir un parent anxieux autour de lui qui l'aide à se calmer et à s'orienter vers le jeu. D'autres éducatrices ne sont pas à l'aise d'interrompre les adieux interminables entre un parent et son enfant. Elles laissent donc une période d'adaptation à ces derniers afin qu'ils apprivoisent graduellement la séparation du matin. Toutefois, ces éducatrices avouent qu'habituellement, ces longues séances de pleurs, de bisous et de câlins leur demandent beaucoup d'énergie, car elles désorganisent l'horaire de la journée et le comportement des autres enfants.

Souvent, je recommande aux éducatrices de filmer les minutes qui suivent le départ du parent afin de prouver à ce dernier que l'enfant redevient rapidement en confiance et de bonne humeur lorsqu'il est parti. Il s'agit d'une bonne façon de rassurer le parent, de diminuer son anxiété et, par le fait même, de sécuriser l'enfant. Cela a pour effet de renverser le cercle vicieux qui aurait pu s'installer, et le rendre positif: le parent devient confiant et l'enfant aussi!

Évidemment, il existe des cas réels d'enfants qui souffrent d'anxiété de séparation et qui demeurent anxieux et repliés sur eux-mêmes toute la journée, malgré tous les efforts déployés par l'éducatrice pour les rassurer. Mais ces cas sont plus rares que les cas de «fausse» anxiété décrits plus haut. Habituellement, ces enfants et leurs parents ont besoin de consulter afin de mieux gérer cette anxiété. Il leur sera souvent demandé de faire une intégration graduelle à la garderie, lorsque l'horaire des parents le permet.

Malheureusement, il existe aussi des situations où l'enfant ne voudra pas que son parent le quitte parce le milieu de la garderie est réellement insécurisant : instabilité dans la routine, agressivité mal gérée entre les enfants, stimulation insuffisante, mauvais traitements, etc. Évidemment, les parents doivent demeurer vigilants et s'abstenir de confier leur enfant à une personne en qui ils n'ont pas confiance. Si l'éducatrice refuse de collaborer en répondant aux questions des parents inquiets, de fournir des indices démontrant que l'enfant se calme après le départ du parent, cela peut être un signe qu'il y a quelque chose qui cloche.

Heureusement, ces situations sont rares, et la plupart des personnes qui choisissent de faire carrière dans le milieu des garderies adorent les enfants et souhaitent leur bien-être. Ce sont des personnes dévouées qui feront tout pour que l'enfant et son parent se sentent rapidement à l'aise dans leurs milieux. De plus, tous les CPE et les garderies en milieu familial accréditées par les CPE doivent se soumettre à des normes rigoureuses en matière de sécurité, de qualité de soins et d'éducation offerts aux tout-petits.

Chers parents, ne croyez surtout pas que je suis insensible à vos inquiétudes et à l'émotivité que vous pouvez ressentir les premières fois que vous laissez votre petit paquet d'amour à la garderie. En tant que maman qui achève son congé de maternité, c'est exactement ce que je vis ces jours-ci! Mais tentez de vous raisonner en vous disant que votre enfant doit pouvoir foncer dans la vie, prendre de l'autonomie et socialiser avec des amis, sans que votre trop-plein d'émotion ne fasse obstacle à cette belle évolution! Si vous avez pris le temps de bien choisir le milieu de garde de votre enfant, en prenant soin de rencontrer l'éducatrice et de lui poser vos questions et que malgré tout, vous sentez votre gorge se serrer et les larmes vous monter aux yeux au moment de quitter votre enfant, fuyez dans votre voiture!

Ensuite, sur le chemin du travail, prenez le temps de pleurer doucement en vous disant fièrement que votre enfant devient grand! Confiez vos émotions à vos collègues, à vos amis, à votre conjoint, mais tentez de ne pas les laisser trop paraître aux yeux de fiston ou de fillette. Cela lui permettra de vivre ses premiers jours de garderie dans le plaisir de se faire de nouveaux copains, plutôt que dans la détresse de vous avoir vu dans tous vos états!