• Accueil > 
  • Techno > 
  • Internet 
  • > Les défis sur internet, la version narcissique de l'initiation 
Source ID:; App Source:

Les défis sur internet, la version narcissique de l'initiation

«Quand vous voyez une bande de jeunes qui... (Photo d'archives)

Agrandir

«Quand vous voyez une bande de jeunes qui sautent dans un lac, vous remarquerez, ils ne sautent jamais en même temps. Il y a toujours un groupe témoin et celui qui passe à l'acte [...] Chercher le regard, ça a toujours existé. La différence c'est que l'interlocuteur, maintenant, il est sur internet», souligne Jocelyn Lachance, socio-anthropologue.

Photo d'archives

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Laurence BENHAMOU, Tupac POINTU
Agence France-Presse
PARIS

Immolation par le feu, cannelle vomitive, compétition d'ivresse: loin des vedettes qui s'aspergent d'eau glacée pour la bonne cause, les jeunes se lancent sur la toile des défis de plus en plus dangereux, entre rite de passage et exhibitionnisme, soulignent les experts.

L'exemple cet été du défi du seau d'eau glacé entre célébrités - un seau d'eau glacée sur la tête pour une association caritative - en est une version bon enfant. Mais depuis quelques années, des milliers de jeunes de tous pays, pour la plupart des garçons, se filment en train de répondre crânement à des bravades de plus en plus dangereuses et publient leur exploit sur la toile.

Il s'agissait tout d'abord de simples paris de cours de récrés, comme prononcer «Chubby Bunny» en se fourrant le plus possible de guimauves dans la bouche ou se planter le plus vite possible un couteau entre les phalanges, test qui a révélé sur Internet des virtuoses du genre.

La grande mode a ensuite consisté à avaler des produits qui font vomir: une cuillère à soupe de cannelle («Cinnamon Challenge»), un régime de bananes arrosé de soda, un mélange de cola et de lait, ou de bicarbonate de vinaigre, en se filmant dans les nausées les plus violentes.

Ces défis sont popularisés par les utilisateurs de YouTube les plus connus, et les vidéos les plus vues sont souvent celles où le défi tourne mal.

«Chercher le regard, ça a toujours existé. La différence c'est que l'interlocuteur, maintenant, il est sur internet»

Jocelyn Lachance, socio-anthropologue

Début 2014, la mode était à la «neknomination»: se filmer en buvant de l'alcool cul-sec, un jeu qui a gagné de nombreux pays et qui serait à l'origine de plusieurs morts en Grande-Bretagne et en Irlande. Les participants mettaient au défi leurs amis de les imiter en les désignant publiquement.

Chercher le regard

«Dans les sociétés traditionnelles, on faisait passer des rites ou des épreuves aux jeunes pour les faire devenir adultes. Moins les sociétés occidentales ont de rites de passage, plus les jeunes s'inventent des épreuves afin d'interpeller le regard», commente Jocelyn Lachance, socio-anthropologue de l'université de Pau (sud-ouest de la France), spécialiste des pratiques numériques des jeunes.

«Quand vous voyez une bande de jeunes qui sautent dans un lac, vous remarquerez, ils ne sautent jamais en même temps. Il y a toujours un groupe témoin et celui qui passe à l'acte», souligne-t-il. «Les adolescents d'aujourd'hui peuvent se mettre en danger dans leur coin, se filmer, et ensuite aller chercher le regard qui va les valider. Chercher le regard, ça a toujours existé. La différence c'est que l'interlocuteur, maintenant, il est sur internet».

Pour «À l'eau ou au resto», un défi devenu viral cette année, qui exige de se jeter à l'eau n'importe où, un jeune homme s'est noyé dans l'ouest de la France mi-juin en voulant plonger à vélo pour une vidéo-choc, entraîné par le fond par le vélo attaché à sa jambe.

Pour prouver leur courage, des internautes se font passer un courant électrique dans le corps en résistant le plus longtemps possible ou encore, dernier défi du moment, se mettent le feu sur une partie du corps, au risque de graves brûlures. Fin juillet, les médias américains ont rapporté le cas d'un adolescent brûlé au deuxième degré après s'être aspergé d'alcool.

«Les ados se réinventent des rites qui passent par se marquer le corps», estime le psychanalyste Michael Stora, fondateur de l'Observatoire français des Mondes Numériques en Sciences Humaines.

«Avant il y avait le «happy slapping», où ils se filmaient en train de gifler quelqu'un, ou bien en train de frapper un prof. Ici la nouveauté est l'auto-agressivité, assortie d'une recherche du scoop, de l'image-choc, pour obtenir un moment de gloire. C'est une manière d'exister, au prix de leur corps. Le marquage du corps est le dernier stade de l'expression. D'ailleurs on voit une recrudescence des scarifications» souligne-t-il.

«Sur internet, ceux qui font ces mises en scène de soi mortifères trouvent là une manière d'enfin exister», conclut le psychanalyste.




la boite: 4391933:box; tpl: 300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Techno

Tous les plus populaires de la section Techno
sur Lapresse.ca
»

Autres contenus populaires

La liste:-1:liste; la boite:219:box; tpl:html.tpl:file
image title
Fermer