À son 467e match dans la Ligue nationale, Brendan Gallagher a finalement obtenu son premier match de trois buts, hier soir contre les Flyers.

Mathias Brunet LA PRESSE

Personne ne lui aurait reproché une carrière sans tour du chapeau, puisque Gallagher, un modeste choix de cinquième ronde, ne devait même pas atteindre la Ligue nationale de hockey aux dires d'une majorité d'observateurs.

Pourtant, avec 144 buts, il se situe au cinquième rang des buteurs de tous les joueurs repêchés en 2010, derrière Tyler Seguin, Jeff Skinner, Vladimir Tarasenko et Taylor Hall.

Il a plus de buts que Ryan Johansen, Nino Niederreiter et Mikael Granlund, Brett Connolly et Alexander Burmistrov, tous repêchés dans le top 10.

J'ai replongé dans mes souvenirs ce matin. Et retrouvé mon premier texte sur Gallagher, le 16 septembre 2010, quelques mois après le repêchage.

Gallagher avait admis, au camp des recrues du Canadien, ne s'être même pas déplacé à Los Angeles pour le repêchage. «J'ai suivi le repêchage à la maison avec ma famille sur NHL Network, avait-il expliqué après le match simulé des espoirs, au Complexe sportif Bell de Brossard. Mais le réseau de télévision a arrêté la retransmission après la quatrième ronde alors j'ai appris que j'avais été repêché par le Canadien en recevant l'appel de mon agent. C'était un moment très excitant quand même !»

Le jeune homme avait pourtant connu une saison de 81 points, dont 41 buts, en seulement 72 matchs. Mais il n'était ni très grand, ni très gros, pas très rapide, et pratiquait un style de jeu un peu trop robuste pour sa charpente, estimaient plusieurs recruteurs.

Cette année-là, le Canadien a repêché le gros défenseur Jarred Tinordi en première ronde. Le CH a tellement craint de le perdre qu'il a offert un choix de deuxième ronde aux Coyotes de l'Arizona pour passer du 27e au 22e rang.

Montréal avait eu vent de l'intérêt des Canucks de Vancouver pour Tinordi. Les Canucks repêchaient au 26e rang, une place devant le CH.

Mais fallait-il se fier sur le flair des recruteurs des Canucks ? Ironiquement, la liste des espoirs des recruteurs de Vancouver a été dévoilée quelques années plus tard.

Tinordi figurait bel et bien avantageusement sur leur liste, au 18e rang. Mais le plus surprenant, c'est que Brendan Gallagher, même s'il jouait dans leur cour, avec les Giants de Vancouver, dans la Ligue junior de l'Ouest, ne figurait pas parmi leurs 120 espoirs pressentis.

Quelques instants après avoir vu le Canadien repêcher Tinordi, ils ont échangé leur choix de première ronde pour obtenir le vétéran défenseur Keith Ballard.

Ils ont repêché à compter de la quatrième ronde seulement. Patrick McNally, leur choix de quatrième ronde, et Adam Polasek, repêché deux rangs avant Gallagher, n'ont jamais atteint la LNH. Ils ont même eu peine à conserver un poste dans la Ligue américaine.

Ce furent des années noires pour Vancouver au repêchage. Depuis, on a remplacé la majorité des recruteurs amateurs de l'époque et les Canucks sont en voie de reconstruire leur organisation de façon épatante.

Mais les Canucks ne sont évidemment pas les seuls à blâmer. Milan Lucic, le grand copain de Gallagher et son ancien coéquipier chez les Giants, avait supplié les Bruins de Boston de le repêcher. Sans succès.

Le Canadien a repêché deux autres joueurs avant Gallagher, Mark MacMillan et Morgan Ellis. Ils auront au moins eu le flair de donner une chance à ce petit joueur mésestimé, comme Trevor Timmins aimait souvent le faire. Tenter un coup de circuit, même en cinquième ronde, quand on compte seulement cinq choix dans tout le repêchage, mérite quand même d'être souligné.

Dès son deuxième camp d'entraînement en 2011, Gallagher laissait entrevoir de l'espoir. Au grand dam de tous ceux qui l'avaient boudé.

Pour la petite histoire, Tinordi, 27 ans, est toujours dans la Ligue américaine, cette fois dans l'organisation des Predators de Nashville, sa quatrième. MacMillan joue dans la Ligue de la Côte Est, après des saisons en Suède et en Allemagne. Morgan Ellis joue en Allemagne. Il a néanmoins réussi à disputer trois matchs à Montréal il y quelques années. Gallagher, 26 ans, est en route vers une saison de 35 buts, sa deuxième consécutive de plus de 30 buts.

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