Kendall Coyne Schofield a réagi avec beaucoup de doigté au triste épisode dans lequel l'analyste Pierre McGuire l'a plongée mercredi soir.

Mathias Brunet LA PRESSE

Coyne Schofield, 26 ans, est l'une des meilleures hockeyeuses de la planète. Elle a remporté cinq médailles d'or au Championnat mondial et une médaille d'or olympique.

Invitée vendredi au concours d'habiletés des Étoiles de la LNH, une belle initiative de la part de la Ligue pour reconnaître le hockey féminin, Coyne Schofield a terminé au septième rang à l'épreuve de vitesse, devant Clayton Keller, des Coyotes de l'Arizona, et à une fraction de seconde de Cam Atkinson, des Blue Jackets de Columbus.

Les choses se sont gâtées mercredi. Tout s'annonçait pourtant agréable. La tournée de Coyne Schofield se poursuivait avec une participation à l'analyse entre les deux bancs des joueurs lors du match entre les Penguins de Pittsburgh et le Lightning de Tampa Bay sur les ondes de NBC.

«Tampa sera à ta gauche, Pittsburgh à ta droite, on te paye pour être analyste, pas une fan ce soir», lui a lancé McGuire, enjoué, mais très malhabile, comme s'il s'adressait à un gamin de cinq ans.

La scène, malaisante, a choqué bien des gens, avec raison. McGuire a été torpillé depuis deux jours sur les médias sociaux. Il a offert ses excuses par l'entremise d'un communiqué de NBC hier.

Coincée entre son amitié pour McGuire et l'affront subi, Coyne Schofield a réussi à rester diplomate dans une déclaration sur Twitter. «Je connais Pierre depuis des années. Je sais qu'il me respecte comme hockeyeuse, comme femme et comme amie. Je n'ai pas réagi sur le coup, mais seulement après avoir pris connaissance des nombreux commentaires. J'ai revu la vidéo. Je comprends pourquoi les gens ont été offensés. Je l'aurais été moi aussi si j'avais assisté à la maison à un homme s'adresser ainsi à une athlète féminine. Mais je sais aussi à quel point Pierre était excité pour moi. J'aurais souhaité que ça ne "sorte" pas ainsi, mais je sais que Pierre ne remet pas en question mes connaissances.»

L'élément le plus important de son message allait suivre. «L'essentiel, c'est que chaque jeune fille qui me lit actuellement réalise que la perception des autres sur mes connaissances de hockey importe peu. Je ne doute pas de moi-même et je n'avais pas besoin d'une médaille d'or olympique pour en arriver à cette conclusion. J'ai mis beaucoup de temps à les bâtir et je ne laisserai jamais personne, ni sur la glace, ni à l'extérieur, sous-estimer mes connaissances.»

Des épisodes désolants comme celui-là peuvent parfois se transformer en grands moments. La réaction du public prouve que la société, du moins une frange importante de la société, ne tolère plus ce type de comportement. Pierre McGuire n'était peut-être pas de mauvaise foi, mais sa façon condescendante de traiter cette athlète n'était pas acceptable.

La réaction de la principale intéressée, sobre, mais ferme, pourrait en inspirer plusieurs et aussi, surtout, éveiller des consciences peut-être encore assoupies.

La présence des femmes dans le monde encore très masculin du hockey est appelée à croitre sans cesse. L'été dernier, l'ancienne gloire du hockey féminin Hayley Wickenheiser a été embauchée par les Maple Leafs de Toronto à titre de directrice adjointe au développement des joueurs. Simultanément, Noelle Needham était nommée dans un rôle de recruteur par les Leafs.

Le probable premier choix de la LNH en 2020, Alexis Lafrenière, est représenté par une femme, la Montréalaise Émilie Castonguay.

Cassie Campbell agit à titre d'analyste depuis de nombreuses années, après une brillante carrière avec l'équipe olympique canadienne.

Plusieurs l'ont défendue avec vigueur lorsqu'un chroniqueur au magazine Hockey News, Ken Campbell, a suggéré que CBC ne devrait pas la laisser travailler lors des matchs des Flames de Calgary, où son mari agit à titre d'adjoint au directeur général.

De nombreuses voix, masculines et féminines, ont accusé Campbell de tenir des doubles standards. L'analyste de TSN, Craig Button lui-même s'est demandé pourquoi le chroniqueur ne remettait pas en question sa présence lors des matchs des Flames puisqu'il a déjà été DG là-bas et que son frère y occupe toujours un poste de directeur du recrutement amateur.

Malgré les apparences de cette bourde majeure de McGuire, cette semaine pourrait bien marquer une autre étape dans l'évolution des moeurs au hockey. Il s'agit d'être vigilant et intolérant à ce type de réaction condescendante.

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Andrew Shaw se rapprocherait d'un retour au jeu. Avec autant de commotions cérébrales ces dernières années (même si on évoque ici des douleurs cervicales qui provoquent des maux de tête), je suis inquiet pour la suite dans le cas de ce brave jeune homme. Je lui souhaite d'être totalement rétabli avant de disputer un autre match, mais j'ai toujours un doute en pareilles circonstances.